Le défilé – Christian Satgé

Petite fable affable

Un jour d’été où il faisait bon mourir d’ennui,
Où nul n’était enclin à partir à la recherche
Du temps perdu, on ouït au pavé un bruit
Cadencé qui fit accourir et les grandes perches
Et les minus des deux sexes, de tout âge aussi,
Qui n’avaient, las, rien de mieux à faire ici.
Emboutonné jusqu’au col, fier, en pleine forme.
Là, par la grand rue du village cavalcadait
Et paradait un trio d’oreillards, uniforme
Passementé, galons et fourragère. Fadets
Apparus n’auraient pas fait impression plus forte
Sur les esprits qui béaient devant cette cohorte.

Prou laborieux mais laissés à leur nudité ,
À tous ces ballots emballés par ce ballet vinrent
Se joindre les équidés de la petite cité,
Excités qu’on rendît hommage à moins pulmonaires
Qu’eux ayant tout l’air de revenir victorieux
De quelque guerre les ayant rendus glorieux.

Devant ces ébahis qui bavaient un brin, trois mules
Donc déambulaient : menant sa troupe, oreille au vent,
Venait la commandante, benête sans émule ;
Venait ensuite une grosse bête s’activant,
Médiocre en tout et moyenne pour tout le reste,
Mais qui avait le pas fort preste et la jambe leste,
Obéissante en tout. Enfin, la suivait une tête
De lard qui ne sut jamais ni pour qui ni pourquoi
Elle a couru les champs de bataille en simple thète,
Affronté le feu des combats, portefaix toujours coi,
Par sa naissance destinée au grand sacrifice
Sur l’autel d’intérêts pour elle sans bénéfice

Alors que là poulains et gamins s’ébaudissaient
Le vieux chat lança : « Combien de cicatrices,
Se nichent sous ces décorations et sous ces saies ?
Combien d’humiliations et de varices,
De privations et de souffrances en escadrilles
Se cachent donc sous ce qui, là, sous vos yeux brille ? »
© Christian Satgé – janvier 2020
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Christian Satgé

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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