Traque d’hier (chapitre 2) – Christian Satgé

« On serait mieux à biscotter les coureuses
De remparts à la bordellerie  de la Magne
Tour au lieu de là courir par les aventureuses
Frondaisons après ce bougre. C’est un vrai bagne
Que ce boulot qui fait de nous de vils coquards.
 
– Ne parles pas cotes, cotillons ou cotelles,
Foutredieu ! En servantaille, Mon Lascar, 
Des étuves, une godinette aimant coutelle
Entrée jusqu’à la garde m’attend. Elle fait
Ma jouvence et mon plaisement, cette mignotte !
C’est pas loudière culetant tout son faix
Pour paillarder à tout va, Mordiable ! 
Je note !
 
– Et ce grippeminaud, ce pendard prou pitable,
Qui nous embrenne tant, dès que je te le vois,
 Si, par malaventure, ce punais rat d’étable,
Je le clouficherai au grand arbre sur la voie
Qui mène au castel comme on le fait d’une louve.
Laisse-moi l’esmoignoner avant, Mon ami,
À cet houlier, pleutre putie. S’il le trouve
Mon mâtin sa ventraille s’offrira, vrami !
– Cessez avec vos ribaudes et pucelles !
Vos vanteries et maldisances,  Mordieu, 
Donnent mal de cabaret comme chant de sarcelles
À vous ouïr, lacrimables marauds !… L’odieux
Rapineur va s’esbigner. Cinglez de la langue
Moins que d’escorgne ou la mienne va licher
Votre dos esnué ! » fit lors dans sa harangue
Le Châtelain juste arrivé pour s’afficher
Avec cette cohorte de vains chasseurs d’homme
Devenue, ainsi, ost pour une seule proie !
En mantel et juché sur sa roncine, Pomme,
Qu’il toquait des éperons, riflant son flanc droit,
Il voulait aller à la curée. Il ajoute :
« Mortissons ce musardeau, s’il nous advient
Malencontre, et comme au temps de nos grandes joutes
Nous ripaillerons, en preux hommes de bien,
Sur les os de ce nuisant. Mais là, pour l’heure,
Ce vil valdenier vivrait en tapinois 
Dans ces bois sombres ou viron. Mes Gens, qu’il pleure
Faim ou soit en auguste vêture j’entrevois
Sa fin. Rien ne nous fera pitoyer !… En selle »
Mais le luron réussit à tous les lober
Les laissant tous chapons maubec, universelle
Malechance, valant poix de poisse. Dauber
Ou être moqués tel est le notre sort en ce monde.
Les poursuivants plutôt que de s’avouer
Bredouilles dirent, en chœur, avoir vu la dépouille
Du caïman croquée à demi par quelque loup
Et, pis, mangée à vers sa tête de fripouille

En fourrés ombreux Ainsi finit ce filou…

Fin (provisoire ?)
© Christian Satgé – novembre 2020
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Christian Satgé

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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