Paulette dite Tata Popo : Un coeur, des sous et des soucis (seconde partie) – Autobio Tome XLIII – Jean-Marie Audrain

  XLIII – Paulette dite Tata Popo : Un coeur, des sous et des soucis (seconde partie)

Quelques années plus tard, au moment où la situation était redevenue florissante, un homme endimanché sonna à sa porte. Il se présenta comme porteur d’une excellente nouvelle sous forme d’une proposition dont elle ne reviendra pas. Il était mandaté par le richissime Philippe Timsit, actuellement en croisière sur son yacht, qui avait repéré son bureau d’intérim comme le plus prometteur et lui proposait de le lui racheter à prix d’or tout en faisant d’elle la directrice à vie et en conservant le même personnel. Cela la déchargerait juste de la gestion financière de l’affaire.

Mon oncle Claude, mes parents et ma grand-mère se montraient très méfiants. Plusieurs repas bien arrosés de bons alcools, de claques dans le dos et de franches poignées de mains eurent raison des réticences premières de Paulette. Ayant depuis une décennie l’âge de raison j’ai demandé à ma tata Popo le détail du deal. Ce monsieur lui avait fait une proposition qui n’avait que des avantages pour elle : au lieu d’acheter cash Intérim Sud et de lui faire ainsi payer des plus-values aux impôts, il allait lui verser le prix convenu sous forme de salaire de directrice réparti sur 10 ans avec d’une part un virement d’un dixième du salaire mensuel et neuf dixièmes versés de la main à la main sans laisser de trace pour un éventuel contrôle. Quand je demandais quelle preuve de toute cela tata Popo avait elle me répondait « Juste ses paroles dont je ne peux pas douter vu que nous sommes devenus amis ». Ce mandataire lui demanda un mois après l’acte de cession (et non de vente) de son bureau d’intérim pour tout estampiller à l’effigie de son patron qu’elle rencontrerait le jour de l’inauguration dont elle serait prévenue par appel téléphonique.

Un semaine passa, puis deux. Aucun appel. Ma tante Paulette se rendit alors de son propre chef à son agence. Elle y sonna et un inconnu lui ouvrit la porte lui demandant qui elle était. Elle se présenta comme la patronne. Cet inconnu lui dit qu’elle devait faire erreur car lui et son équipe avaient été engagés par le nouveau patron de l’agence monsieur Frémont. Sur ces paroles il lui claqua la porte au nez. Paulette revient avec un huissier qui la connaissait comme patronne et fondatrice d’Intérim Sud. On lui tint le même discours : ma tante était une totale inconnue dans cette agence. L’huissier fit donc monter l’affaire au tribunal qui mandata un expert pour mener une enquête approfondie avec l’acte de cession signé des deux partis. Le verdict tomba comme un couperet : ce monsieur Frémont était inconnu de monsieur Timsit qui ne l’avait jamais mandaté. Ce dernier avait donc signé en son propre nom et l’acte de cession le rendait légalement propriétaire de son agence. Certes ses paroles n’étaient que mensonge, mais cela n’avait aucune incidence sur la validité de l’acte et il n’existait aucun recours après signature. Et la cerise sur le gâteau fut la goutte d’eau de trop pour le moral de ma pauvre tata Popo : la superficie cédée sur l’acte signé représentait et l’appartement devenu Intérim Sud et l’appartement de résidence de Paulette et Claude qui se retrouvaient à la rue sans un centime.

Paulette n’eut d’autre issue que de retourner pleurer chez sa pauvre mère lui demandant un autre million de francs cars ses banquiers ne voulaient lui accorder aucun délai pour solder son compte. Elle avait en sus comme projet de créer une nouvelle société et pour ce faire elle devait louer un fond de commerce avec l’appartement résidentiel situé juste au-dessus. C’est pour satisfaire à cette ultimatum que ma grand-mère dut vendre la collection de timbres de mon grand-père, en toute urgence, un dixième de sa valeur réelle.

Pour tata Popo une nouvelle vie commençait. Elle était devenue la patronne d’un magasin de déguisements et de farces et attrapes qui louait aussi de la vaisselle et des costumes. Elle avait appelé son enseigne Réception services et elle était fière de l’avoir ouvert presque en face de son bureau d’intérim à la Croix de Berny. Elle vécut ce nouveau départ comme une revanche sur la vie, mais cette dernière n’avait pas dit son dernier mot comme le révélera la suite de cette biographie.

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Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (327)

Né d'un père musicien et d'une mère poètesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique. D’ailleurs, il reçut de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France) un grand diplôme d’honneur en ces deux catégories.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Lors de la naissance du net, il se prit à aimer relever les défis avec le site Fulgures : il s’agissait de créer et publier au quotidien un texte sur un thème imposé, extrêmement limité en nombre de caractères. Par la suite il participa à quelques concours, souvent internationaux, et fut élu Grand Auteur par les plumes du site WorldWordWoo ! .
Il aime également tous les partenariats, composant des musiques sur des textes d’amis ou des paroles sur des musiques orphelines. Ses œuvres se déclinent sur une douzaine de blogs répartis par thème : poésie, philosophie, humour, spiritualité…sans oublier les Ebulitions de Jeanmarime (son nom de plume). Un autre pseudo donna le nom à son blog de poésies illustrées : http://jm-petit-prince.over-blog.com/
Pendant longtemps il a refusé de graver des CD et d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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Invité
29 décembre 2020 16 h 37 min

BONJOUR JE DECOUVRE CETTE PLATE FORME

Marie Grant
Membre
22 décembre 2020 13 h 38 min

Je ne peux que sympathiser avec cette adorable et touchante Tata Popo: une personne déterminée mais hélas victime de la fourberie de tant de gens!