
J’ai chaussé mes souliers vernis
Pour aller voir ma mie
Mais un télégramme anodin
M’apprends qu’elle est chez son cousin
J’ai remis mes gros sabots gris
En me disant ” tant pis ” !
J’ai étrenné mon patchouli
Pour aller voir ma mie
Mais en achetant ma gazette
On me prévient d’une tempête
Je me suis dit, sous mon abri
” Partie remise, pardi ” !
J’ai loué un noir queue de pie
Pour aller voir ma mie
Mais un coup de fil opportun
M’annonce qu’il n’y a plus de train
J’ai dû repasser mon habit
Maudissant ce sursis.
J’ai coupé mes roses rubis
Pour aller voir ma mie
Mais la visite d’un voisin
Me flanqua son rhume des foins
J’ai jeté mes fleurs et ce cri
” Me voilà mal parti ” !
Tout ruinant mes projets mûris
Pour aller voir ma mie
J’ai ressorti ma vieille pétoire
Pour me faire sauter le ciboire
Puisque le ciel le veut ainsi,
Adieu donc à la vie !
C’est juste alors que j’entendis,
Que je pus voir ma mie
Venue à pied malgré l’ondée
La goutte à l’œil, la larme au nez.
M’aim’ t-elle tant pour braver ici
Les dangers que j’ai fuis ?
J’n’écouterai que mon cœur, promis,
Pour aller voir ma mie
Ignorant temps et contretemps
Même nu j’irai, suant, mouchant,
Heureux qu’elle ait sauvé ma vie
Et notre hymen aussi !
Ecouter ici en chanson :