Pour aller voir ma mie – Jean-Marie Audrain

 

J’ai chaussé mes souliers vernis

Pour aller voir ma mie

Mais un télégramme anodin

M’apprends qu’elle est chez son cousin

J’ai remis mes gros sabots gris

En me disant ” tant pis ” !

 

J’ai étrenné mon patchouli

Pour aller voir ma mie

Mais en achetant ma gazette

On me prévient d’une tempête

Je me suis dit, sous mon abri

” Partie remise, pardi ” !

 

J’ai loué un noir queue de pie

Pour aller voir ma mie

Mais un coup de fil opportun

M’annonce qu’il n’y a plus de train

J’ai dû repasser mon habit

Maudissant ce sursis.

 

J’ai coupé mes roses rubis

Pour aller voir ma mie

Mais la visite d’un voisin

Me flanqua son rhume des foins

J’ai jeté mes fleurs et ce cri

” Me voilà mal parti ” !

 

Tout ruinant mes projets mûris

Pour aller voir ma mie

J’ai ressorti ma vieille pétoire

Pour me faire sauter le ciboire

Puisque le ciel le veut ainsi,

Adieu donc à la vie !

 

C’est juste alors que j’entendis,

Que je pus voir ma mie

Venue à pied malgré l’ondée

La goutte à l’œil, la larme au nez.

M’aim’ t-elle tant pour braver ici

Les dangers que j’ai fuis ?

 

J’n’écouterai que mon cœur, promis,

Pour aller voir ma mie

Ignorant temps et contretemps

Même nu j’irai, suant, mouchant,

Heureux qu’elle ait sauvé ma vie

Et notre hymen aussi !

 

Ecouter ici en chanson :

 

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (1)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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