Les larmes sèches – Philippe Dutailly

Les larmes sèches

N’as-tu jamais pleuré
De larmes qui font mal,
De larmes intérieures ?
Quand devant ta télé
Des innocents s’effondrent
Au moment du dessert ?
Quand une guerre atroce
Nommée ” chirurgicale ”
Te tient par épisodes,
Que les présentateurs
Te jouent de la cravate…
Quand de jeunes enfants
Marchent les pieds en sang
Sur les sentiers minés
Qui ne mènent à rien
Où alors à si peu !
Les happant au hasard
D’un conflit de barbares
N’ayant eu de défense
Dans leurs vies misérables
Qu’en leurs jeux innocents
Et leurs rêves joyeux……

N’as-tu jamais vomi
Devant l’insoutenable ?
Ces enfants domestiques
Déguisés en squelette
Qui, n’étant pas même juif,
Voudraient s’appeler panda
Ou, encore, baleine !
Qui sauvera les hommes
De la haine des hommes ?

Où est la différence
Entre l’homme de Dachau
Et celui du tiers-monde ?
Ils étaient affamés
Au nom d’un idéal,
Ils le sont maintenant
Par des choix politiques.
Les voilà en Afrique
En Asie ou ailleurs
N’accusant même pas
Les peuples opulents
Protégés par la chance
L’argent et la mitraille.

N’as-tu jamais hurlé
Du cri de tes entrailles
De honte et de colère
Sur les ” Grands ” de ce siècle,
Aux sourires enjôleurs
Qui disposent des hommes
Et des biens de la terre
Consommant les richesses
Et des uns et de l’autre
Jusqu’à saturation.

Tout est bien codifié :
Rentabilité, bénéfices,
Impôts sur le revenu
Salaires, TVA, RDS,
CRS, CAC 40 et G 9.

Leurs discours amicaux
Ou hâbleurs ou vengeurs
Hantent bien des mémoires
Peuplent des cimetières.
Comme un cancer verbal,
Chaque mot à son mort !
Tous les hommes pourtant
Respirent le même air,
Voient le même soleil,
Grattent la même terre,
Souffrent des mêmes maux !

Mais les gens bien nourris
Sont pansus et pensants
Et jugent que leur diabète
Est une souffrance terrible
Comparée au tiers-monde.
Et puis, il fallait naitre ici !

N’as-tu jamais pleuré
De larmes qui font mal,
De larmes intérieures ?
Les enfants de ces mondes
N’ont qu’un pauvre sourire…

27 02 1992

5 1 vote
NOTER LE TEXTE

Nombre de Vues:

19 vues
Philippe DUTAILLY

Philippe DUTAILLY (53)

Tombé amoureux de "L'albatros" de Charles Baudelaire, poème appris lorsque j'étais 'écolier et nourri au hasard de Victor Hugo, Georges Brassens, Léo Ferré, Lamartine et beaucoup d'autres, j'ai commencé à faire rimer les mots vers l'âge de 18 ans. D'abord très inspiré par Brassens, j'ai pris, au fil du temps, mon autonomie pour en venir à des textes plus intimes qui, pour certains, servirent d'exutoire à des émotions mal vécues.

S'abonner
Me notifier pour :
guest
1 Commentaire
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
Alain Salvador
Membre
9 novembre 2020 13 h 26 min

Tellement vrai
tellement dur
insoutenable pour certains
Tellement beau poème, mais ce n’est pas l’essentiel