La petite poule qui se trouvait moche – Sylvie Badi

poule

La petite poule qui se trouvait moche

Il était une fois une petite poule qui se trouvait moche et qui avec le temps était devenue muette.

Elle vivait tant bien que mal, avec un coq bourru et aigri dans sa campagne. Ses petits poussins devenus grands étaient partis à la ville pour les études, d’architecte pour nid de poule, de docteur en psy de coq, et de comédienne spécialisée dans le chant au poulailler.

La petite poule aimait ses poussins, même grands, ils restaient ses petits. Combien de fois elle pensait à eux, surtout lorsque son coq hurlait de son gosier sa haine de la vie et son dégoût envers elle. Elle y perdait des plumes parfois, tellement les cris de son coq étaient forts. Alors elle se renfermait sur elle-même et attendait sur la paille en silence, qu’un nouveau jour se lève.
Mais à chaque fois au premier rayon du soleil, le chant de ce fichu coq balayait tous ses espoirs d’une belle journée.

Un soir, alors que celui-ci s’était déchaîné sur elle, lui vint l’idée de se réveiller avant lui et de partir se promener seule pour démarrer une bonne journée.
La petite poule, qui se trouvait moche, à peine réveillée, traversa le poulailler sans bruit et sortit par la petite trappe. Soulagée d’avoir réussi son escapade matinale, elle s’éloigna toute guillerette de savoir que le chant du coq ne lui donnerait pas la nausée de poule ce jour-là. Elle traversa la cour puis s’engagea sur le chemin qui menait à la clairière. Elle ne craignait rien la petite poule, et surtout pas les amis coquelets de son cruel coq. Ils étaient là, endormis sur un nid géant. Elle passa sans bruit et continua son chemin. Le cri d’une chouette la fit sursauter, comme à chaque cri du coq qu’elle devait supporter. Mais ce cri de chouette était plus agréable, comme une douce mélodie nocturne qui pourrait accompagner les rêves. Tout en continuant son chemin, elle rêvait d’un bonheur sans fin, auprès d’un coq qui l’aimerait sans crier, sans la détruire, sans la rabaisser, sans la blesser.

Sur le chemin, la nuit l’accompagnait et malgré la vue limitée du paysage, elle rencontra une faisane. La petite poule fut surprise de son extrême beauté, elle, la poule qui se trouvait si moche et lui demanda ce qu’elle faisait à cette heure-ci dans cette nuit noire. La belle faisane lui sourit et lui répondit qu’elle aimait bien marcher la nuit jusqu’au petit matin en attendant le chant mélodieux de son faisan chéri. Elle en a bien de la chance celle-ci, d’avoir un faisan qui lui fait des courbettes en chantant doucement plutôt qu’un rustre qui hurle sa fierté, se dit la petite poule qui se trouvait moche.

Plus loin, elle aperçut une famille de lapins qui s’activait à rentrer dans leur terrier. Ils semblaient effrayés de voir cette poule tout près d’eux, ils échappaient nerveusement des petits cris aigus de terreur. La petite poule les rassura en leur confiant qu’elle ne faisait que passer pour se promener et que jamais elle n’aurait idée de leur faire du mal.

Rassurés, les lapins continuèrent tranquillement leur chemin.

La petite poule malgré la nuit aperçut des mouvements au loin. Sa chair de poule lui rappela le sentiment de peur qu’elle avait chaque jour avec son sombre coq hurlant sa supériorité de mâle.

Décidément dès qu’elle faisait un pas, tout lui rappelait ce fou de coq.

Mais elle continua sa balade et atteint la clairière avant le lever du soleil. Elle se posa quelques minutes sur un tas de foin abandonné par un fermier. Elle y était bien, au calme et pouvait ainsi apprécier ce moment de solitude. Le calme l’enveloppa et elle s’endormit sans même s’en apercevoir.

Plus tard, un souffle chaud fit trembler ses plumes et sans ouvrir les yeux, elle trouva cela très agréable. Cet air chaud la faisait trembler de bien-être et dans son sommeil elle se voyait avec une bouche et un beau sourire à la place de son bec pointu et moche. Et la voilà qui émit un son de cocotte pour confirmer qu’elle se sentait bien. C’était la première fois qu’elle s’entendait ainsi. Elle ouvrit les yeux par réflexe en se demandant si c’était bien elle qui émettait ce son de poule. Mais quand elle vit d’où venait ce souffle chaud, elle retint sa respiration. Un nuage avança et laissa place à un croissant de lune. Elle vit un énorme museau et deux narines qui lui soufflaient de l’air chaud. Elle crut avoir peur mais devant cette jolie vache, elle se mit à gazouiller comme une petite poule heureuse. Elle qui depuis toujours croyait qu’elle était muette. Elle pensa alors à ses enfants, ses petits poussins devenus grands. Son cœur allait bientôt lâcher. Voyant une étoile filante et devant ce clair de lune, sous le regard attendri de la vache, la petite poule fit un vœu.

Elle souhaitait que chaque matin avant l’aube, elle se lève et parcourt les chemins jusqu’à cette clairière, en attendant sa fin. Il lui en fallait peu pour être bien. Ce moment simple était ce qu’elle attendait depuis longtemps. Même son bourru de coq n’avait pas cherché à la rendre heureuse. Trop occupé à se pavaner devant sa cour de fans soumis à ses caprices de coq.

Cet instant magique prit fin quand elle entendit le chant de son coq. Il semblait différent se dit-elle; peut-être parce qu’elle était plus loin qu’à l’habitude. Il devenait presque supportable, à son ouïe. Fallait-il donc qu’elle s’en éloigne pour l’apprécier?

Quittant son nid de fortune au petit matin, la petite poule rentra tranquillement dans son logis. Le coq la vit arriver de loin et hurla plus que jamais. Elle ne savait même plus interpréter ses cris tant ils étaient horriblement forts. La poule se garda bien de chantonner et fit la muette jusqu’à la nuit suivante où elle reprit son chemin d’une balade solitaire au clair de lune.

 @Sylvie Badi

 

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Véronique Monsigny
Membre
26 janvier 2016 9 h 44 min

J’ai lu et beaucoup aimé votre conte, cette petite poule est attachante parce qu’elle nous ressemble un peu … merci et au plaisir de vous lire encore Sylvie !

Plume de Poète
Administrateur
24 janvier 2016 17 h 58 min

Belle introduction avec ce joli conte Sylvie !
Merci pour ce partage et nous avons hâte de découvrir la suite . . .
Amitiés,
ALain