Une aire nouvelle – Christian Satgé

Petite fable affable

 

Un aigle de haute volée qui vivait de vols et de voleries
À l’envie est devenu le seul roi des montagnes.
Les oiseaux du lieu, qu’importent leurs chamailleries
Ou différends, saluaient ce grand rapace à poigne,
Une fois par an, en gage de leur soumission.
Seul le vautour s’évite cette humiliation.

 

Le suzerain envoie un de ses vassaux à l’autre
Félon qui répond, crânement, au féal surpris :
« Le ridicule des autres nous console du nôtre :
Ta veulerie est donc vilenie et l’ahuri
Chez toi cache un abruti !… Je suis un être libre
Et refuse de m’incliner face à ce félibre.

 

– Mais il est notre souverain, maître de nos monts
Et de leurs vaux : on lui doit respectueux hommage !

– Je n’ai pas souvenance que ce sombre démon
Ait été élu, ou désigné, par quelque plumage
Que ce soit. Votre obéissance est donc superflue :
Il ne serait rien et vous, idiot, guère plus !

C’est métier chaque instant d’être courtisan.
N’espérant de personne don, place, faveur, grâces
Ni gain, je me veux déplaisant plus que complaisant
Et peux ainsi me regarder dans la glace… en face ! »

 

© Christian Satgé – juillet 2015

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Invité
28 décembre 2018 18 h 18 min

J’arrive de Corse où on m’a parlé d’un rapace un tantinet nocif à ses sujets et voilà que Christian Satgé me parle d’aigle… Me chercherait-il des poux dans la tonsure impériale ? Heureusement, arrive une conclusion qui me correspond plus. Je redeviendrai donc complaisant et vous dirait que malgré la césure j’aime toujours !

Philippe X
Membre
27 décembre 2018 7 h 41 min

L’aigle emblème des Puissants qu’ils soient Gendarmes du monde affiché en vert ou sur la boucle des ceinturons “le Goot mit uns” sert d’oiseau de mauvaise augure pour ces proies.
En compagnie de vos mots c’est vers un ciel d’espérance qu’il prend son envol.

O Delloly
Membre
26 décembre 2018 18 h 36 min

l’aigle me fascine toujours
il a ce côté selblant libertin, que j’aspire par moment de ce côté libre
merci pour l’écrit…
O