L’escargot pressé – christian Satgé

 Petite fable affable

« Tiens donc, il ne peut plus :… Ça s’arrose ! »
Dit l’escargot qui en bave à se traîner
Comme une vraie limace parmi les roses.
Il faisait haut le pied pour se débiner
Avant la nuit et ses dangers qui vous guettent :
Il voulait prendre ses distances et du champ,
Quitter ce jardin tout plein de gariguettes
Et de granulés bleus qu’il sait fort méchants.
Étant de ces petites bêtes qui aiment
À s’écarter loin, quoique, déjà, à part,
Il fuyait donc à son train… plus vite même,
Mais courir n’était point facile au poupard !

Le cornu a bien vu qu’un marlou, merle
De son état, l’a repéré. Sale temps
Pour les pieds-plats qu’un enfileur de perles,
Moche comme un pou, et fier tout autant,
En noire livrée, à l’œil et au bec jaunes !
L’oiseau avait l’humeur et le crâne douchés,
Il s’en prit à notre paisible mollusque
Comme, à la curée, le ferait un boucher,…
Quand tu es à terre, plus d’un couard, brusque,
Trouve le courage de t’humilier :
Chevauchant et prenant de haut sa victime
Patte deça, patte delà, delié
De la langue, il lui fit un sermon ultime.

L’amour propre souillé, le pauvre l’escargot,
Bloqué à dextre et, pis, coincé à senestre,
Se recroqueville à se faire sorgho
En sa coquille. L’autre le raille en mestre
Car il lui semble ainsi donner plus de prix
Aux choses qu’il obtient, jaseur, sans bourse
Délier !… C’est un jeu d’une drôlerie
Bien piètre mais qui se joue de la course
Du temps, un bref instant : la joie de moquer
Préfaçant le plaisir de becqueter l’autre !
Enfin, il goba l’emberlificoté,
Tapi en la coque où ce malin se vautre.

Le repli sur soi, quand le danger vient,
Ne nous protège en rien… ni de rien !

© Christian Satgé – avril 2015

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Christian Satgé

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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