Le serpentaire vexé – Christian Satgé

Petite fable affable

Que l’on veuille excuser ce petit prologue,
Mais avant que mon encre ne soit déplumée,
Je tiens à vou conter un apologue
Que la divine Afrique aurait parfumé…

Un serpentaire était fier du massacre
Qu’il faisait de tous les reptiles rampants
Et des autres bestioles pouacres,
Crête haute, droit sur ses pattes et œil fat
Il hantait les marigots de la Savane,
Se prenait, las, par devers soi pour l’alpha
Et l’omega de la longue caravane
Des fauves et rapaces trompe-la-mort,
Mais lui, en sus, étant, à tous, fort utile.
La vanité chez les bêtes est tant futile…

 

Or, une cigogne ayant fort voyagé
Sous ces cieux azuréens, et sous d’autres,
Lui assura, sans sa fierté ménager,
Que la mangouste dévorait, l’un dans l’autre,
Deux serpents quand notre oiseau, las, n’en tuait
Qu’un. Jaleux comme pas deux, ce sagittaire,
Fut piqué : il affirma s’habituer
À tripler, tant tôt, le tribut qu’à la Terre
Désormais il arracherait. Ah, non mais !
« Ce saltarin va en rabattre son plumet ! »

Hélas, à courir trop vite l’ophidien
Il fut mordu par un de ces sournois, vipère
Plus prompte ce jour-là qu’en son quotidien,
Et l’oiseau mourut à se vouloir plus prospère
Que Dame Nature le voulait en ce monde.
Depuis, aux enfants des hautes herbes on dit
Cette histoire, avec plus ou moins de faconde,
Avec toujours la même vérité pardi :
« Si, ailleurs, quelque talent brille chez d’autres
Sache que ce n’est pas aux dépens du      nôtre ! »

.

© Christian Satgé – juillet 2018

0 0 votes
NOTER LE TEXTE

Nombre de Vues:

31 vues
Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

S'abonner
Me notifier pour :
guest
3 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
Invité
26 juillet 2018 6 h 15 min

Merci pour cette petite fable .En dehors j’ai déjà vu cet oiseau en Alsace à la Volerie des Aigles. bonne journée Christian, c’est torride chez nous