Le rossignol en geôle – Christian Satgé

Petite fable affable

Sous des ciels délavés par l’orage,
Dont le bleu lavé paraît un outrage
À l’été, auprès d’un ru cristallin
Et limpide murmurant sa charmeuse
Chanson, arrosant terres brumeuses
Et fumeuses forêts, dans l’opalin
Matin, oiseaux se disputent la gloire
Du chant le plus beau sur leurs brandilloires.

La respiration du vent, au ras
Du sol se fige alors que rais de Râ,
Jusque dans les trous d’ombre, s’enquièrent
Des besoins de chacun. Alors dans l’air
S’élèvent plaintes et complaintes, sons clairs,
Pour célébrer le jour, l’âme fière.
Seul l’ami rossignol manque à l’appel
Lui dont le chant provoque rappels.

Corneilles sont allées le quérir à l’aube
Sur ordre des corbeaux, oiseaux de robe :
Il fut décrété d’arrestation
Pour tapage. Et à répétition.
Ce héraut de l’Hérault, devenu chantre
Des haies vives et félibre de nos champs
Est aux arrêts à cause de Méchants.
« Qu’ai-je donc fait pour mériter cet antre
Plutôt qu’air libre, et leur haine, Dieu ?
Quel noir forfait ? Quel méfait odieux ?

– Vous n’avez que bien fait ! D’ordinaire
Cela suffit à courroucer lunaires
Et médiocres. Et s’ils ont du pouvoir…
Fit le chat-huant pour qui jour est nuit.
Votre malheur vient qu’en ce bas-monde

On n’est satisfait que quelques secondes
De ce qu’on a. L’Envie, voilà l’ennui ;
On veut mieux. Si d’aucuns le possèdent,
Jalousie pousse à des choses fort laides ! »

© Christian Satgé – mars 2021

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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