La mouette muette – Christian Satgé

Petite fable affable
Écharpes échappées voguant au vent
Qui en fait chiffe et charpie trop souvent,
Les nuages habillent le ciel  triste.
Et là, sous un arbre échenillé, bistre,
L’auteur prolixe peine, fabulant
Très à rebrousse-plume. Virulent.

Avec l’arrogance de l’ignorance,
La mouette se pose en l’occurence.
Déranger ce dérangé, c’est risqué !
Surtout qu’il est venu à manquer
D’inspiration : un rien le trouble,
Bruit ou mot. Tout est, hélas, encouble
Au chant de ses Muses parfois lassées
D’un rimailleur n’aimant point ces placets
Aidant à se bien placer au monde
Des lettres qui tant de talents émonde.

Mais cette mouette à peine posée
Se tait. Le prolifique, teint rosé
Par l’ire, prou surpris, en suspend son encre
Aux nues qui, ou ici, ou là, s’échancrent
Sur un azur pâli. Il sent, il sait
Que cette insensée-là va l’encenser…

Ce plumitif n’aime pas plus l’éloge
Qu’il ne goûte à la critique, l’horloge,
Comme le goût, allant vite à son gré.
Aussi il grogne fort, râle et maugrée
S’apprêtant à semoncer notre intruse,
À la sermonner sans user de ruse.
Mais son silence obtus le laisse coi.
Cette importune, elle lui veut quoi ?
Ça lui perdre son fil mais ça l’inspire,
Il n’aura pas perdu son temps au pire !

Cet oiseau immobile, auprès de lui,
Devient objet de fable et la pluie
S’annonce. Mais, pourtant, les vers s’enchaînent
Et un conte naît, là, dessous le chêne.
Le plus beau qu’il ait composé, dit-on,
Sa morale en devint même dicton.
Au point final, la mouette muette
Prit son envol laissant cette bluette…

Elle nous enseigne en sa moralité,
Du lointain Soleil Levant héritée,
Que l’homme silencieux, vérité !,
Est toujours le plus beau à écouter.

© Christian Satgé – avril 2020
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Christian Satgé

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Brahim Boumedien
Membre
30 avril 2020 0 h 38 min

Merci, Christian, pour ce partage sur les vertus du silence dont on n’ a pas souvent conscience ! (“Si la parole est d’argent, le silence est d’or”).