Un campagnol tartignole ? – Christian Satgé

        

Petite fable affable

Vivant comme un moine escouillé en sa cellule,
Un rat des moissons fuyait la compagnie
Des siens, préférant le vol des libellules
À la saillie de ses pareilles. Donc, haï
De sa race, il vivait au loin de celle-ci,
Versatile engeance, veule et vindicative,
Vénérant le premier veau d’or survenu si
Celui-ci était grains en provende hâtive.

Pourtant on le craignait car ce sage était mots
À double – mais bon – sens ; aussi devint-il juge
De nos prés et des champs, résolut bien des maux,
Tranchant les différends, évitant le grabuge,…
On s’étonnait qu’un être, ma foi, aveuglé
Au point de refuser, au grand jour, la Croyance
Permît à la vie de tous d’être bien réglée
Et que Dieu lui donnât pareille clairvoyance.

Un jour, on apporta devant son tribunal
Un beau cas d’école : une jeune musaraigne,
Contre la Tradition et, bien moins banal,
Contre ce que les lois de la Nature enseignent,
Aima un vieux mulot et fugua avec lui
Pour vivre leur amour interdit aux estives.
On les reprit. D’aucuns voulaient qu’avant la nuit,
On les pendît tous deux. Justice expéditive.

Notre campagnol, lui, écouta les amants.
Rien ne le choqua : ils étaient de deux races
Mais de la même espèce et rien d’infamant
Non plus à leurs âges différents, car la grâce
De l’Amour n’y voit pas malice ou perversion ;
Quant à leur fuite, elle était compréhensible
Et, face aux us du temps, fort sage solution
Qui évitait rancœurs et ragots impossibles.

Le jour où il rendit, devant tous, son arrêt
Il dit qu’eurent tort le vieillard et la jeunette
Autant que ceux qui les avaient contrecarrés.
Il les gracia disant que : « Sur cette planète,
Si les vérités du cœur sont plus intangibles
Que celles nées de la Raison, tout bien compris,
Les faiblesses du cœur doivent être admissibles
Et plus pardonnables que celles de l’Esprit ! »

© Christian Satgé – novembre 2014

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Invité
22 novembre 2018 13 h 35 min

Je croyais qu’il n’y avait que Brassens pour oser penser qu’un juge pût être escouillé ! J’avais oublié votre oeil malin mais si amical ! Quant au jugement, il fallait plutôt en avoir pour le prononcer. Je vote donc pour le juge moinillon escouillé et pour les fables de Christian Satgé ! Amicalement. Serge

Anne Cailloux
Membre
21 novembre 2018 20 h 40 min

Oh les mauvais penseurs qui méditent ,elle est trop jeune, il est trop vieux et vis versa
cela est encore bien vrai. changeons les mentalités..
Merci
Anne

Hubert-Tadéo Félizé
Membre
21 novembre 2018 10 h 24 min

Magnifique fable affable qui transmet de belles pensées et d’ondes positives dans ce monde lugubre de l’indifférence et de l’intransigeance.

Merci pour ce partage. Amitiés.

Hubert-Tadéo.