Supporter le pire – Anne Cailloux

Le colosse de Rhodes

C’était un appel indirect, comme à la belote, un mot glissé dans un SMS.

Insignifiant, qui aurait pu passer inaperçu. Un mot, plus un autre, sur un ton détaché…

Lui répondre, mais non et passer à autre chose.

Seulement, mon 6ème sens m’envoie un tout autre son, un doute, puis, vouloir en savoir plus, le cœur qui se serre, une angoisse transmise par SMS.

 C’est vrai, que c’est un colosse aux pieds d’argile, moi seule le sais. Pour tous les autres et encore plus pour ses proches,  

     il offre un magnifique sourire et son insouciance éternelle, en apparence, le Saint-Bernard, le gentleman…

Le colosse dans toute sa magnificence, comme vous pouvez en croiser dans votre entourage, ou vous-même peut-être !

Destin pesant qu’il traîne comme un boulet. Comme un funambule sur le fil de sa vie, il joue parfois le déséquilibre et oscille entre un :

  • j’y vais ou un j’y vais pas, regardant l’enfer de Dante à ses pieds ou défile l’histoire de sa vie.
  • Va-t-il se laisser chuter et s’écraser aux milieux de rien, n’étant rien, n’offrant rien.

Il pleuviote, j’ai froid, mais je ne sens plus rien, je me suis arrêté voulant comprendre jusqu’à quel point et je ne veux pas passer à côté.

Il m’offre ses états d’âme, pour moi toute seule, elles seront exposées et décortiquées par mes soins, mais sans aucun jugement de valeur,

     ayant parfois prêché dans cette paroisse que je connais bien et qui sent le souffre et le tourment.

 

Les mots suivent, s’échangent comme les cartes au poker.

Puis un : Je décide d’arrêter quand je veux, tu m’a donné du rab, puis un, je t’aimerai au Paradis toi..

je sors au milieu des embouteillages, aux milieux d’une faune que je ne vois plus, le monde s’est arrêté à ses derniers mots.

L’angoisse, les larmes montent. Trouver les mots, comprendre et changer la donne.

J’appelle, il décroche, des mots que personne d’autres n’entendra jamais, même pas Dieu.

Privilège au combien lourd qu’il faut gérer, qui restera encré à jamais comme une blessure de plus,

   avec cette éternelle question qui demeurera sans réponse et qui reviendra sans cesse ;

  • va t-il  de nouveau jongler avec sa vie.. IL m’a promis que je serais la seule et la première à le savoir avant…

La mort ne le prendra pas, il prendra la route avant, avec sa moto qu’il aime tant et puis.. The end.

Je savais que son année avait été l’enfer. Le malheur pour tout les siens.. Tous sans exception. Aucun humain n’aurait pu accepter cela.

Dis-moi Dieu, tu es où, j’ai besoin que tu m’expliques le pourquoi ! Tu ne pousses pas le bouchon un peu loin là ?

 

Je n’aurais pas supporté la moitié du tiers de ce qu’il a vécu. Je sais aussi que les plus forts, ont une hypersensibilité cachée parfois.

Aujourd’hui, je devine, que ses résultats médicaux sont dans le rouge le plus complet. Il me dit que cela va allé et que ses résultats sont bons…

Il souffre le martyre, je le sens malgré sa relativité dans ses mots.

Qu’il ne décroche pas quand il à trop mal, que je suis très loin de lui et que je suis désarmée, que j’ai mal..

Alors, si lui est fort, qu’il ne montre rien, s’il garde le sourire, je dois l’être et garder mes états d’âmes, mes larmes, mon désespoir pour plus tard….

Lui offrir mes rires, mes bêtises, mes délires mon écoute et tout ce que je peux.

Pourtant je suis soignante de métier, j’ai l’habitude d’accompagner les malades dans la dernière ligne droite, d’aller parfois,

jusque devant Saint-Pierre, mais pas quand les sentiments sont aussi forts..

 

Mettre ce putain de masque de clown que j’ai tant porté..

Ne pas se fier aux apparences, écouter les oui qu’ils veulent dire non, les rires qui cachent des larmes et ne pas prendre à la farce,

les appels qui parfois résonnent comme une fin, lire entre les lignes.

Garder ses états d’âme, apporter la maximum et accompagner ces êtres que l’on aime jusqu’au bout quel que soit le prix à payer

C’est plus dur que si j’étais malade moi même….

Aimez, dites-le, montrez-le, hurlez-le, crachez le  et surtout, entendez, écoutez et gardez le sourire à n’importe quel prix.

 

Souviens toi de cette nuit, c’est la promesse de l’infini.

C’est une promesse qui vient récompenser le courage de ceux qui ont affronté seuls tant d’années.

C’est la preuve de la confiance entre deux êtres qui est le fondement même de l’amour.

C’est un effort de volonté pour oublier et s’affranchir des peines du passé.

C’est un serment qui lie deux âmes à l’exclusion de toute autre.

C’est le symbole d’un risque assumé et la reconnaissance des défis à venir,  

      car à deux on n’est plus fort, comme un équipage soudé pour surmonter les tempêtes du destin.

 L’amour sera toujours la raison d’être des humains et la force qui guide leurs vies…Dante Alighieri

 

©Anne Cailloux

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Anne Cailloux

Anne Cailloux (304)

Depuis ma naissance, je fus autodidacte et trop rêveuse.
Spécialiste dans l'art thérapie et les maladies neurodégénératives, j’essaie de retenir le temps des autres et du mien.. Quelques diplômes, une passion pour l'art et les poètes. J'ose dormir avec Baudelaire.
Je suis une obsédée textuelle . Je peins, je crée et maintenant j’écris. Je remets cent fois mon ouvrage pour me corriger. De quinze fautes par lignes je suis passée à quinze lignes pour une faute... Deux livres en préparation et peut-être un recueil de poèmes, si Dieu veut.Anne

Je suis une junky des mots..

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10 Commentaires
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Fattoum Abidi
Membre
21 janvier 2019 19 h 50 min

Bonsoir Anne
Bravo très beau et touchant texte

J’ai beaucoup aimé ces expressions:

‘Les mots suivent, s’échangent comme les cartes au poker.’

‘Ne pas se fier aux apparences, écouter les oui qu’ils veulent dire non, les rires qui cachent des larmes et ne pas prendre à la farce,

les appels qui parfois résonnent comme une fin, lire entre les lignes.’

L’amour sera toujours la raison d’être des humains et la force qui guide leurs vies…Dante Alighieri

Anne ça dénote une telle sensibilité et un généreux sens humain de votre part , puis votre travail comme infirmière exige cette sensibilité et cette intention particulière vis à vis les patients bravo encore une fois. ravie de vous lire de nouveau ; bonne continuation .

Mes amitiés
Belle soirée
Bises.
Fattoum.

Philippe X
Membre
21 janvier 2019 6 h 39 min

” Chaque homme est une histoire chaque femme porte en elle une épopée.” songez au bien que vous faites ” réellement ” aux candidats du grand départ vers l’Inconnu…..puisque pour eux l’éternité vient de commencer, ils emportent avec eux votre souvenir pour toujours.

Invité
19 janvier 2019 21 h 51 min

Juste magnifique, avec les mots forts, merci Anne, bonne soirée.Nous sommes tous des clowns à certains moments.

Christian Satgé
Membre
19 janvier 2019 20 h 53 min

Un texte fort par une âme forte pour un cœur fort, ou du moins qui le croyait. Car on ne l’est jamais assez quand la vie se charge de vous affaiblir bien que les autres vous serinent, sûrs d’eux : “Toi , c’est pas pareil : Toi, t’es fort !”… Et on aimerait tellement que cela soit vrai à cet instant là. Merci et bravo pour ce partage qui met le doigt là où ça fait doublement mal parfois.

O Delloly
Membre
19 janvier 2019 20 h 36 min

puissant texte… rempli de l’émotion qui tangue l’âme humaine, et du respect
merci