Avant l’hiver – Christian Satgé

Comme pour un peu s’assouplir,
Les vieux arbres étirent leurs bras,
Pointent leur doigts vers l’embarras
Du ciel avant de s’assoupir,
Leurs pieds cachés sous le tapis 
Épais ici, là décrépi,
Collant et luisant, mordoré,
Dans leur chevelure tombée
Au gré de vents, soudain plombés,
Venus, matin, les perforer.

 
L’hiver prévient, il approche
Pas à pas, de proche en proche.
 

Le ciel noueux a pris le deuil.
Il est la tombe du soleil
Et les nues cachant son sommeil
Couverclent le triste cercueil.
L’été, avec lui, enterré
Emporte nos joies altérées
Vers une toute autre saison
Qui éteint les cœurs à l’excès,
Étreint les corps soudain glacés,
Ternissent, ombrent ma raison.

 
L’hiver s’en vient, il approche,
Pas à pas, de proche en proche.
 

Parapluies et parkas pressés
Colonisent rues et trottoirs.
Le vent du Nord s’y fait battoir,
Couteau inca, lame stressée
Transperçant tous les cache-nez,
les visages enchifrenés,
Et les pulls grossis, remaillés,…
La pluie s’invite à ce ballet,
Glaçant sourires en allés
Et yeux à peine entrebâillés.

 
L’hiver advient, il approche
Pas à pas, de proche en proche.
 

Tout transi, j’erre dans le froid,
La tête vide, l’esprit las,
Rôdant ici, m’égarant là.
Et sans envie, et sans émoi,
Privé d’âme, déambulant,
Bout de chair dérivant
En quête d’un port, d’un espoir,
Je vais, le jour virant au soir,
Et vis comme un vrai survivant

 
L’hiver revient, il approche,
Pas à pas, de proche en proche.
© Christian Satgé – avril 2015
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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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10 Commentaires
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Simone Gibert
Membre
5 décembre 2018 13 h 26 min

Eh ! C’est unanime et j’y souscris aussi. Ces vers sont beaux et vous vont bien. Le sujet est triste, je vous l’ai écrit.
Mais, pourquoi ne pas plonger dans cette poésie ?

Anne Cailloux
Membre
4 décembre 2018 22 h 11 min

Oh, magnifique écrit. J’aime énormément.
je ne connaissait pas ce genre chez vous
cela vous va à la perfection.
Encore..
Anne

Invité
4 décembre 2018 20 h 25 min

Brrr ! Dans ce registre aussi vous êtes très agréable à lire. Merci pour ce partage. Amicalemetn.

Maryse
Maryse
Invité
4 décembre 2018 16 h 17 min

L’hiver si joliment conté .merci Christian

Invité
4 décembre 2018 13 h 40 min

Merci Christian, l’hiver n’est pas ma saison préférée, mais vos vers sont si beaux, que je vais l’aimer.Amitiés