Elle brûle les yeux, arrache la rétine, dissout d’un œil l’infini confort des repus roupillant. Elle déferle ses hanches en roulis attachant qui crucifient la peau des mondains glauques et ternes. Ses mains chiffonnent l’oxygène alentour en roulement de lave, assoiffant les benêts qui osent s’imaginer les scories de ses rêves. Ses doigts dissèquent les âmes de ces revenants que la réalité bafoue. Elle s’égosille d’un bruissement de vent qui pilonne les tympans, détruisant le marteau, explosant l’enclume, laissant un étrier inutile, imposant une brise sans voix à ces marauds penauds. Elle asphyxie l’éther des ondes chatoyantes que propage l’orteil qui fleurte sa sandale. Ce millième de seconde, elle vainc, sans coup férir, l’Olympe réprobateur des bipèdes bien-pensants. Fière des rides de sa jeunesse, enluminée d’une crinière conquérante, elle plane, nimbée de lustre, méprisant l’au-delà de deux joues souriantes.
Chaque atome de ce continuum absorbe séparément le reflet de sa force, invisible autrement. Elle parfume l’aurore des mille injonctions que sa nuit nous partage. Elle déroule l’ingratitude ronflante, le mépris bienveillant de son port innocent, glaçant les hématies des valves environnantes.
Pas de fierté, pas de mollesse, pas d’arrogance ou de sagesse, elle fige les reflets des similis tendresses que s’empressent les juges de plaquer sur ses fesses.
Le millième écoulé, le mouvement s’ébroue, décochant aux badauds des éclairs de tristesses. Une éternité de regrets d’avoir collaboré à leur instant funeste.
Elle songe, elle est maîtresse, ce millième passé, l’univers la connaît, ce millième passé, les millions l’envieront, ce millième passé, je ne suis plus le même.
Il est 5h, la salle d’attente se comble, l’avion nous tend les bras.
L’ordre éventre le brouhaha infame que divulgue la masse. Le mollusque se lève sur mille semelles bancales. Il s’étire, s’allonge, serpente, gravit, s’insère, bouscule, se place, se pâme et se rendort. Seuls deux pieds vivent encore. Elle a gardé pour elle sa pesante insouciance et j’ai gardé pour moi la date du millième. Elle jouxte ma chaussure de sa choisie sandale. Elle pèse nonchalamment sur le même accoudoir.
Elle jette ses épaules sous sa noble tignasse, recroqueville son cou dans l’interstice béant, casant ainsi la mutine expression qu’on ne peut deviner. En tailleur, ses mollets se chatouillent pour laisser s’exprimer une sauvage fougue. Elle exhale un relent de mythique déesse, et les gueux endormis sentent le kérosène.
Elle glisse sur ses lèvres deux rides volontaires, deux bulles, deux vibrations, deux extraits de bonheur. Ça gagne un pavillon, un neurone, des millions. Ça reçoit, ça classe, ça traite, miracle de son son habilement modulé.
Ça bombarde mon cortex, ébranle chaque certitude coincée sous mon ego, je vacille, je titube, je stresse. Je sais depuis toujours qu’un instant mémoriel agraferait ma vie à un flot de lumière. Maintenant, tout a basculé et j’annone bêtement un bonjour répondant à ce flux virevoltant.
La vie a fait le reste pendant plus de vingt ans et ces micro-moments ont « symbiosé » deux fous pour en faire des amants.

L’avion tend déjà chez ailes vers Bertrand et vers elle…