Célérité immobile – Bertrand 2508

 

Un bagage, deux, on peut glisser.

Les phalanges crispées sur ce foutu chariot,

J’ouvre ces jambes rebelles aux premières avancées,

J’enterre de mes pieds une longue virée.

 

Orly ne saisit pas mon dernier postulat :

Je ne reviendrai pas.

 

Instant fêlé où se brise le temps.

J’y ai vécu, aimé, élevé un demi-siècle.

J’ai choisi un ailleurs qu’elle avait glorifié.

Ses petits sont partis et j’approuve, navré,

Qu’elle préfère les avoir avec sa destinée.

 

Elle reviendra de plus en plus longtemps,

Laissant ce vieil amant à ses propres enfants.

 

Je ne reviendrai pas.

 

Je vais aller m’éteindre, déjà au paradis,

Je m’horrifie à un simple soupçon

De la voir dans mes bras, là où elle ne veut pas.

Va, vole où te mènent tes combats,

Où le bonheur de cajoler un ange

Ne se compare pas à un amant déchu.

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