Poeticoli – Bernard Saulgeot

1
Air de fête

Ce petit air de rien
Qui vous trotte dans la tête
Ce petit air de fête
Qui vous fait tant de bien
Souvenir de la danse
Où vous eûtes la chance
De tenir en vos bras
Pour de tendres émois
Juste une fois
Cette fille-la
Qui était si légère légère
Bonheur éphémère
Qui vous laissa seul avec en tête
Ce petit air de fête.
2
Adèle

C’est su l’chemin d’Compostelle
Que j’ai rencontré Adèle
Vile vole la vilaine
Sa vie n’était pas facile
Elle n’était pas très gracile
Vile vole la vilaine
N’avait pas connu l’école
Etait plutôt genre frivole
Vile vole la vilaine
Elle avait mauvaise haleine
Et portait des bas de laine
Vile vole la vilaine
Tenait des propos débiles
S’en moquer était facile
Vile vole la vilaine
3
Elle vivait de nos oboles
Parfois de ses cabrioles
Vile vole la vilaine
Ça fait vraiment de la peine
Comment vivre dans la gêne
Vile vole la vilaine
Mais me suis épris d’Adèle
Ne saurais me passer d’elle
Vile vole la vilaine
4
A quoi ça sert ?

Le certificat d’études ne sert à rien
La plume sergent-major ne sert plus
Mais les vêtements, ça sert d’autos.
L’anniversaire ne se fête plus
Le nécessaire est superflu
Le service sert le vice
Le serpent siffle sur nos têtes.
Les serments sont faux
Les séraphins sont au ciel
Les sermons sont sur la montagne.
Les cercueils sont en terre
C’est la seule certitude.
5
Alfred

Ami Alfred qu’as-tu fait
Je te croyais plus sociable
Reviens vite s’il te plait
En partant tu m’as défait
Je ne t’en croyais capable
Ami Alfred qu’as-tu fait
Mais le mal que tu m’as fait
Est un affront pardonnable
Reviens vite s’il te plait
Notre amour sera parfait
Je saurai me rendre aimable
Ami Alfred qu’as-tu fait
Reviens vite s’il te plait
6
Amours passés

Ne sont plus que souvenirs
Les amours de mon passé
Ne saurais pour eux gémir
Ne sont plus que souvenirs
Je les vois parfois surgir
Ils sont vite repoussés
Ne sont plus que souvenirs
Les amours de mon passé
7
Baisers

Ce soir
J’ai l’espoir
De voir ton corps
Et de l’embrasser encore et encore
Demain soir
Si je broie du noir
Je le ferais dans le noir
Et après-demain si je suis serein
Je prendrais ta main
Et par les chemins
Nous irons mener
Dans la volupté
Des baisers
Echangés
8
Baptiste

Dans la chambre de Baptiste
Le lit d’un mètre quatre-vingt
Grâce à ses draps en batiste
Laissait prévoir ce qu’il advint
Dans la douceur du lin
Baptiste et Amélie
Ne pensaient plus à rien
Et surtout pas au train
Il faut souvent choisir
Rester ou partir
Si l’on reste on peut jouir
Si l’on part on peut périr
Si l’on reste on peut moisir
Si l’on part on peut guérir
Heureux celui qui choisit
Le bon si
9
Bijoux

Pour la beauté de votre femme
Nombreux bijoux saurez offrir
Façon pour vous de montrer flamme
Pour la beauté de votre femme
A faire sinon elle le réclame
Elle est experte pour l’obtenir
Pour la beauté de votre femme
Nombreux bijoux saurez offrir
10
Cancer

Chercheur impénitent de terres à découvrir
Habitant fortuné à la vie si facile
Tu parcourais la terre mais étais en exil
Autour de toi les biens ne savaient te suffire
Personne de l’entourage qui aurait pu prédire
Que tu serais atteint par ce mal imbécile
Ce mal qui tant de fois met la vie en péril
Et va faire que pour toi le destin va sévir
La prolifération de cellules cancéreuses
Sonne pour toi la fin de tes journées heureuses
Restent les souvenirs auxquels tu peux songer
Il faut t’attendre à vivre tes dernières secondes
Comme tu dois regretter de voir le temps manquer
Il faudrait plusieurs vies pour explorer le monde
11
Cavalcade d’Arles

Le défilé de chars
Au carnaval d’Arles
Une simple promenade.
Mais un taon piqua
Un cheval qui rua
Finie la cavalcade
Ce fut la galopade
Et le cheval de tête
Dans sa furie
Fonçant à l’écurie
Mit fin à la fête
Taon pis !
12
Charlot Charlotte

La cocotte

Jusqu’à la nuit
Tricote
C’est l’antidote
A son ennui.
La mine pâlotte
Elle tricote
La dot
De Charlotte.
Elle n’aime pas son pote
A Charlotte
Il pue, il pète et rote.
Pourquoi Charlotte s’est-elle éprise
De ce Charlot
Quelle méprise !
13
Oui, mais Charlot aime Charlotte
Et Charlotte aime Charlot
Y’a rien à faire
Et pour leur plaire
La mère cocotte
Tricote
La dot.
14
Chimère

Dans la brume matinale
De cette journée d’automne
Tu m’es apparue
Nue
Tenue peu banale
Mais de toi, rien n’étonne
Tu crains la pudeur
Leurre
Je cours vers toi
Pour serrer dans mes bras
Ton corps qui m’affole
Folle
15
Tu es sans loi
Vierge aux appâts
Qui vous enflamment
L’âme
Et c’est pourquoi
Tu disparus
Aux premiers rais du soleil
Qui dissipèrent
Cette chimère
Me laissant coi
A mon réveil
Quelle déconvenue
16
Colombe

La blanche colombe
Posée sur ta tombe
Est témoin vivant
Que ta vie durant
Tu menas combat
Toi jeune soldat
Un combat sanglant
Pour la paix des temps
Car ici repose
Sous la dalle en pierre
Le brave aspirant
Qui s’appelait Pierre
Offrez-lui une rose
C’était mon amant
17
Confiance

Faites confiance en l’avenir
Pense le savant que rien n’étonne
Sceptiques cessez donc de gémir
Faites confiance en l’avenir
Un peuple sous les bombes expire
Hélas c’est chose monotone
Faites confiance en l’avenir
Pense le savant que rien n’étonne
18
La contrefaçon

Il faut être contre la contrefaçon
Voyons, ce n’est pas des façons
Deux négations valant une affirmation
Etre contre la contrefaçon
C’est façon de dire
Qu’on est pour la façon
Il n’y a rien de pire
Que dire de quelqu’un
Qu’il manque de façons
Faire et défaire, c’est toujours faire
Peut-on décontrefaire ?
Je sais, vous n’en avez rien à faire
De toute façon.
19
Coq et poule

Un jour un coq dans la basse-cour
Auprès des poules faisait sa cour
Sur ses ergots fièrement dressé
Il jetait regard appuyé
Sur une poulette grassouillette
A attirer pour faire la fête
Mais en voyant sa crête rouge
Notre poulette avait vu rouge
Et de le voir si maigrelet
Saurait-il faire ce qu’elle aimait
Et notre coq un peu vexé
De ce voir ainsi repoussé
Avait donc dû se contenter
D’une vieille poule maintes fois troussée
20
Coup de balais

File
Du balais
Dit-il
L’air mauvais.
Mais je n’ai rien fait !
Tu fais surtout ce qu’il te plait
Quand sur les roses
Tu te complais
Prenant la pause
A faire ce que tu sais
Avant d’aller tirer les merles
Avec ton lance-pierre.
Les merles t’emmerlent
Répondit Pierre
Qui s’enfuit en courant.
21
Descendance

Le singe est père de l’homme
Qui a créé la femme
En lui donnant une côte
Mais en croquant la pomme
Il a perdu son âme
En commettant la faute
Et maintenant s’empiffre
Et maintenant fornique
Et maintenant guerroie
A toi singe grand merci
22
Crédule

Je suis bien trop crédule
Je gobe ce qu’on me dit
C’est vraiment ridicule
On me dore la pilule
Je serais un génie
Je suis bien trop crédule
Et l’on me congratule
Mon visage rougit
C’est vraiment ridicule
Et mon coeur s’embrûle
Me voilà réjoui
Je suis bien trop crédule
23
Comment mon opuscule
Pourrait changer la vie
C’est vraiment ridicule
Mais bon je capitule
De la gloire j’ai envie
Je suis bien trop crédule
Je n’ai plus de scrupule
A croire ce qu’on me dit
Je suis bien trop crédule
C’est vraiment ridicule
24
Depuis que tu es partie.

La fenêtre entre-ouverte
Sur la pelouse verte
Laisse entrer les senteurs
De la première heure.
Je suis seul à les apprécier
Seul à boire mon thé
J’ai l’esprit chagrin
Son goût est passé
Je n’ai plus l’entrain
Que tu savais donner
Toi, mon aimée.
Le chant du rouge gorge, ce matin,
Me semble plus lointain.
Une corneille s’est posée en haut du pin
Elle me donne le cafard
Je broie du noir
Il me faut tenir jusqu’au soir.
25
Distraite est mon oreille
Qui écoute les nouvelles
Encore un attentat
Il a tiré dans le tas.
Ah, il va faire beau
Dixit la météo
Il me faut partir
Cesser de gémir
Aller gagner mon pain
Comme tous les matins.
26
Dorades

Dans la rade
Deux dorades
Devisaient.
L’une disait :
Comme j’aimerais me la couler douce
Dans de l’eau douce.
L’autre :
Ma chère, si tu savais
Comme ils sont laids
Les poissons là ;
Tu n’as pas peur des poissons chats ?
Moi, si j’avais des ailes !
Quel plaisir ce serait de voler dans le ciel !
Prendre de la hauteur,
Quitter les profondeurs.
27
Oui, mais battre des ailes
Ne se fait pas sans peine
Tandis que dans la flotte
L’eau nous porte.
Alors passa un poisson scie
Qui ne supportait pas les si
Et mit fin à leur rêverie
D’un coup de scie.
Leur histoire se finit ainsi.
28
Du bon usage des fruits

Avoir le goût de la mangue
Sur la langue
Sucer un citron
C’est si bon
Manger la mandarine
Donne bonne mine
Croquer la pomme
Avant un petit somme
Goûter au raisin
Plutôt que boire du vin
Couper la poire en deux
Pour ne pas faire d’envieux
Enlever le noyau
Et manger l’abricot
Déguster un coing
Dans un coin
Eviter la châtaigne
Et la beigne
29
Dire oui
Au kiwi
Savourer une clémentine
Ou une nectarine
Manger un melon
En chapeau …
Attendre que la mûre
Soit mûre
Mordre à l’hameçon
Du fruit de la passion
Partager l’ananas
Avec votre nana
Casser des noisettes
Avec Marisette
Casser les noix
En une seule fois
Eplucher la rhubarbe
C’est la barbe
Distinguer l’amande
De l’amende
30
Des meilleurs jours

Des meilleurs jours de notre vie
Il faut savoir garder mémoire
Notre âme se doit d’être remplie
Des meilleurs jours de notre vie
Quand le mal nous a envahi
Qu’il n’y a plus beaucoup d’espoir
Des meilleurs jours de notre vie
Il faut savoir garder mémoire
31
Eau de pluie

L’eau de la fontaine ne coulait plus
Les oiseaux du ciel ne chantaient plus.
Les nuages tant attendus s’amoncelèrent
Et bientôt quelques gouttes tombèrent.
Sur le pas de sa porte
Nanette
En jupette
Tendait les paumes jointes,
Réceptacle qu’un passant assoiffé
S’en vint de sa langue assécher.
Ce fut le plus doux des baisers
Qui lui permit d’entrer
Dans la chambre à coucher
Où Nanette, tombant jupon, jupette
S’offrit la partie de galipettes
Dont rêvent les soubrettes.
Et le passant s’en fut, comblé,
Se promettant, un jour, de repasser.
32
En toute simplicité.

Elle était bien frêle,
Elle regardait la Seine
Et paraissait si triste.
Mademoiselle,
Si vous le désirez
Venez donc chez moi
Prendre une tasse de thé,
En toute simplicité.
La nuit était tombée.
Les paroles échangées
Lui avaient redonné
Toute sa sérénité.
33
Sans se faire prier
Elle avait laissé sur le sol
Tomber sa robe corolle,
En toute simplicité.
Il l’avait embrassée
De la tête aux pieds
Et l’avait pénétrée
En toute simplicité.
Il s’était endormi
Et pendant son sommeil
Elle s’était sauvée
Emportant avec elle
Sa bourse bien garnie,
En toute simplicité.
34
Envie

J’ai souvent regretté
Que mes années passées
N’aient pas assez connu
Le goût de l’imprévu.
Un passé formaté
Par l’impératif
De devoir éviter
Les récifs.
Tu es apparue
Et quand je t’ai vu nue
Avec quel délice
J’ai goûté la saveur
De tes rondeurs
Toi ma complice.
Et en plongeant en toi
J’ai libéré en moi
Mon envie
Pour la vie.
35
Epoque

Il y eut une époque
Où s’aimer pour la vie
N’avait rien de loufoque
Où la fidélité
Etait vertu maîtresse
Gage de sérénité
Il faut maintenant assouvir
Le moindre de nos désirs
Le premier homme qui passe
Il est bien qu’on l’enlace
Pourquoi se priver
De la diversité
Des corps à consommer
Et si un jour l’envie nous prend
Il sera toujours temps
De penser
A la maternité
36
Faribole

Le maître de l’école
Trouvait Nicole
Vraiment frivole
Qui en classe rigole
Voire se gondole
Prend toujours la parole
Se pousse du col
Fait le guignol
Des gaudrioles
Il faut la mettre en colle
Dans la cour elle cabriole
Prend son envol
Retombe au sol
Faudrait lui mettre la camisole
Ou l’endormir au formol
Elle est vraiment trop folle
37
F comme fée

Il était une fois une fée
Ou il était une fée une fois
Ou la fois où la fée était
Bref la fois où la fée avait perdu la foi
En sa baguette magique
La fée fut affolée
Ce fut logique
Quand le fou furieux que la fée
Avait voulu en lion transformer
S’était de la fée en fol amant révélé
Le félin voulant sa fringale apaiser
Excité par le froufroutement des vêtements
De la fée s’enfuyant porta l’assaut final
En la dévorant tout crûment
Ma foi c’était fatal
38
Femmes de marin

J’irai chanter pour vous oh marins naufragés
Laissant vos femmes à quai vous partîtes en mer
N’êtes point revenus la chose est trop amère
Mes couplets les plus tristes vous seront destinés
J’irai chanter pour vous oh femmes isolées
Un air qui sera doux un air à écouter
Que vous répéterez le matin au lever
Pour oublier enfin vos bien tristes pensées
J’irai chanter pour vous il faut vous ressaisir
Retrouver de la vie les plus ardents plaisirs
Allez voir sur le port un marin vous attend
Faites-vous la plus belle mettez vos beaux atours
Vous pouvez le séduire il en est encore temps
Que serait donc la vie sans les plaisirs d’amour
39
Fesses

Fort de son savoir
L’étudiant des beaux-arts
Dans le marbre de Carrare
Donnait des coups aléatoires.
Mais bientôt apparut nue
Une forme inconnue :
Ni homme, ni femme
Ni déesse,
Ni tigresse.
De bras, point. Etait-ce une trace
De la victoire de Samothrace ?
Non, elle n’était pas ailée
Comme la déesse Niké.
Par sa chevelure
Elle avait belle allure.
Ses seins, les caresser
Point question d’y songer.
Mais alors, qu’avait-elle pour nous mettre en liesse ?
Une belle paire de fesses.
40
Femmes

Femme épouse
Souvent jalouse
Mère fidèle
Universelle
Femme pensive
Un peu lascive
Dans mes bras
Te blottiras
Femme douce
Rien ne courrouce
Ton front lisse
Que rien ne plisse
Femme fière
Allure altière
Repoussant
Le prétendant
41
Femme d’un jour
Pour un détour
Affaire sans suite
Que rien n’ébruite
Femme fatale
Sentimentale
Vraie bombe
Je succombe
Femme d’aujourd’hui
Tu vis sans lui
Pour t’épanouir
Et mieux jouir
Femme idéale
Rêve du mâle
Tu n’es pas
D’ici-bas
42
Fil

La vie ne tient qu’à un fil.
Ainsi pense le funambule
Qui sur son fil déambule
Ou le maçon
Avec son fil à plomb
Ou l’indien qui dans la file
Se faufile
Sans parler du resquilleur
Jamais à l’heure
avec son coupe-file
Du mauvais coton que l’on file
Et surtout soyez sans hâte
Pour le fil à la patte
Qui fait l’époux
Filer doux
43
Fleurs tragiques.

Il lui offrait des fleurs
Elle lui offrit sa fleur
Il la quitta
Elle se tua.
Promenade
Sur le chemin il est des fleurs
Qui vous enchantent par leur couleur
Et vous parfument de leur odeur
Le gazouillis des oisillons
Que l’on entend dans les sillons
Vous invite à leur audition
Il faut stopper la promenade
Le temps d’écouter leur aubade
Voici que vos soucis s’évadent
Dans le silence retrouvé
Les pas reprennent reste à cueillir
Ces quelques fleurs pour les offrir
A celle que vous savez aimer
44
Foi, fois, loi, bois

C’était un homme de loi
Qui n’était pas sans foi
Sur son chemin
Il rencontra
Une putain
Qui le tenta
Il résista
Pour cette fois
Elle n’avait pas le droit
De faire payer ses appas.
Le lendemain
Jour des chrétiens
A la sortie de l’office
Elle était là
Tendant la main
Quel supplice !
Le jour d’après
Un fait exprès
Au coin de rue
45
Comme une grue
Elle était là
Et il monta
On peut être de loi
De foi
Et pas de bois.
46
Galéjade

Quand vous étiez bien jeune, le matin, au réveil
Encore somnolente, vous étirant mollement
Disiez, prenant un verre et vous rinçant les dents
Gaspar m’épousera si je lui suis fidèle.
Lors vous n’aviez en tête, pour la journée nouvelle
Que de mettre sur vous des habits peu seyants
Pour éloigner de vous le regard des passants
Tentés de vous séduire, oh piètre jouvencelle.
Je vous suivais partout, et fantôme sans os
Par les chemins tortueux, vous m’aviez sur le dos
Pour pousser dans vos bras un amant engourdi
Demoiselle, fautez, fautez dès ce matin
Soyez-en certaine, je n’en serai chagrin
Votre départ ne peut que me redonner vie.
47
Gauche, droite

Garde à vous
Repos
Garde à vous
Repos.
Demi-tour droite
Droite
Marcher en rang
Au commandement
En avant marche
Une deux
Une deux
Gauche
Droite
Gauche
Droite
Son calot dissimulait
Une tête de mule
Il ne marcha jamais au pas
Et l’armée le réforma.
48
Histoire de pots

Pot, de son vrai nom Pocasse
Etait tourneur de pots
Un jour en son atelier
Soulevant un pot de fleur
Il découvrit un billet doux à sa femme adressé
C’était le pot aux roses
La dite épouse convoquée
Comme il se doit sourde comme un pot
Eut bien du mal à s’expliquer
Elle tournait autour du pot
C’était la dernière fois, au bal
Mais n’y voyez pas de mal
Un jeune homme impossible
Qui la voyait faire le pot de fleur
L’avait prise pour cible
Avait cru bon de l’inviter
Mais manque de pot
Ne sachant pas danser
49
Elle avait refusé
Et maintenant cette lettre, ah quel pot d’colle !
Pot, n’en croyant pas un mot
Sortit son chassepot
Mais ne voulant lui faire la peau
Tira dans le tas des pots laissés en dépôt
L’histoire ne dit pas qui paya les pots cassés
50
Germaine et Julien

Bonjour Germaine,
Bonne semaine ?
Non Julien
Rien de bien.
Veux-tu faire un bout de chemin ?
Je connais un petit jardin
Où nous serions si bien
A l’ombre d’un grand pin.
Ce ne serait pas sage,
J’ai trop peur des voisins
Et de leur persiflage.
Si ma mère l’apprenait
Elle en prendrait ombrage
Et me rouspéterait.
Eh bien, tant pis pour toi.
Je me fais fort, ma foi
De trouver une fille qui voudra bien de moi.
51
Insomnie

Ils s’étaient disputés, étaient pleins de rancoeur,
Finis les mots d’amour qu’à l’oreille on susurre.
De son amour pour lui, elle n’en était plus sûre,
S’engager pour toujours, cela lui faisait peur
Et elle était partie chercher bonheur ailleurs.
Mais comment pardonner, à cette fleur parjure,
D’avoir permis pour lui que le bonheur ne dure ?
Elle l’avait quitté et maintenant il pleure,
Il repense à son corps, à ses yeux, à sa bouche
Et une fois encore se retourne sur sa couche.
Essayer d’oublier, il le fallait encore,
Le sommeil se refuse, il n’y a rien à faire,
Que rester éveillé en attendant l’aurore.
Les heures paraissent longues au dormeur solitaire.
52
Ique

Authentique
Aux temps en tiques.
Sous le portique
En briques
Un mousse famélique
Regardait Angélique.
Pas de panique
Rien d’érotique
Ne se passera avec Angélique.
Car ce mousse ascétique
A ses tics,
Là est le hic,
Il ne parle qu’en rimes en ique.
53
Ne soyez pas ironiques
Les rimes en ique
C’est classique :
Le moustique pique le mousse qui tique
Le picador pique le taureau qui n’adore pas la pique
Le pique-assiette, dans le plat du pic-nic,
Pique le pâté, c’est pathétique
Même le faux nez est phonétique
Comme l’adjectif par ici la bique.
Me traiter de bique
Dit la belle Angélique
Vas-t-en au diable, en Amérique.
54
Joséphine

Au pied de la colline
La chaumière où habite
Mon amie Joséphine
Là son coeur y palpite.
La fumée en volutes
Qui monte dans le ciel
Fait que mon âme exulte
Quand je monte vers elle
Pour la conversation
Près de la cheminée
Purs moments d’émotion
De notre intimité.
Dans la nuit profonde
Je repartirai seul
Laissant sa tête blonde
M’accompagner du seuil.
Je reviendrai demain
Au pied de la colline
Et demanderai sa main
Car je l’aime Joséphine.
55
La Bonne nouvelle

Je veux vous dire la Bonne nouvelle
Vous irez tous au paradis
Ouvrez-les grandes vos oreilles
Je veux vous dire la Bonne nouvelle
Vous aurez la vie éternelle
Si dans la vie m’avez suivi
Je veux vous dire la Bonne nouvelle
Vous irez tous au paradis
56
Jour de liesse

Jour de liesse
Jour de paresse
Jour de caresses
Rien ne presse
Par la fenêtre ouverte
On entend les oiseaux qui volètent
Leurs pépiements
Ne semblent pas troubler
Les baisers des amants
Enlacés
Une petite brise
Exquise
Caresse la nudité
De leurs corps assoiffés
De tendresse
Rien ne presse
57
Une douce torpeur
Presque langueur
A envahi la pièce
Rien ne presse
Et soudain le réveil a sonné
Ramenant les amants à la réalité
58
La déclaration

C’est à une oie sauvage
Partie de mes rivages
Que j’ai confié les mots
Qui vous diront l’amour
Que j’éprouve pour vous
Depuis le premier jour
Et il n’est pas trop tôt
Pour vous dire que toujours
Le bonheur qui s’invite
A une union future
Exige qu’on fasse vite
Si l’on veut qu’il perdure
J’attends donc en retour
Par le courrier des ailes
Votre oui sans détour
J’attends votre hirondelle
59
La faute

C’est la faute à Adam,
Il peut s’en mordre les doigts
D’avoir donné une côte à soi
D’où naquit Eve, la tentatrice.
Tout le monde connait la pomme d’Adam,
Avait-il besoin de la pomme d’Eve ?
Il nous a mis tous au supplice,
Toutes les nuits les hommes rêvent
D’embrasser Eve avec délice.
Mais c’est la faute originelle
Qui rend l’amour coupable ;
Dès qu’on déflore une pucelle
Il faut aller se confesser
Pour avouer ce péché,
C’est inacceptable.
Mangez, buvez
Et surtout baisez.
Mes frères, ne vous laissez pas faire
Tralalalalalère.
60
La goutte

La goutte qui fait déborder le vase
N’a pas moins de vertu que celles qui la précèdent
Elle a le seul défaut d’être de trop
Tel sur le ring l’uppercut qui vous envoie enfin au tapis
Tel l’agacement qui vous prend face à celui qui toujours a le dernier mot
Tel le retard de trop
Tel le juron de trop
Tel le mensonge de trop
Telle la fausse excuse de trop
Telle la mauvaise note de trop
Telle la bouchée de trop
Tel le pas de trop
Tel le verre de trop
Tel le vers de trop
Quand trop c’est trop
61
La jalouse

Elle regardait avec envie mes perles
Qui étaient fausses
Mes dents
Qui l’étaient tout autant
Elle aurait voulu ma sérénité
Qui était feinte
Mon caractère
Qu’elle croyait bon
Ma réussite
Due au piston
Ma générosité
Pourtant intéressée
M’aurait volontiers pris mon mari
Je n’en aurais pas été marrie
M’enviait mes enfants
Qu’elle croyait charmants
Elle aurait voulu être moi
Il n’y avait vraiment pas de quoi.
62
La lettre d’amour

Une lettre d’amour
Façon de faire la cour
A l’être désiré
Dont on a tant rêvé
Faire pour toujours
La compagne de ses jours
Et les mots qui le disent
Seront comme papillons
Qui viendront se poser
Sur les lèvres de l’aimée
De bien jolie façon
De la façon exquise
Dont les amants novices
En leur amour naissant
Oh délicieux supplice
Vont remettre à plus tard
Des ébats plus pressants
Mais parfois c’est trop tard
Car trop d’hésitation
Peut faire fuir Cupidon
63
La main

Je ne peux plus attendre
Et partirai demain
Car ta main est à prendre
Je ne peux plus attendre
Tu sauras bien apprendre
A me tendre la main
Je ne peux plus attendre
Et partirai demain
64
La maréchaussée

e soleil de l’été
Caressait dans le pré
Leurs deux corps enlacés.
La maréchaussée
Passant par là
Les reluqua
Emoustillée.
Procès-verbal leur fut dressé
Il leur fallut se rhabiller
Sous le regard moqueur
De ces voyeurs sans coeur.
Il faut payer pour s’aimer.
65
La montre connectée

Allumez votre portable
Sélectionnez la favorite
De la voir ça vous excite
C’est un moment inoubliable
Sa voix vous ensorcelle
Ah mademoiselle
Quels sont vos tarifs
Ils ne sont excessifs
Convenons de l’heure
Je serai à l’heure
On ne voit plus midi à son clocher
Mais à sa montre connectée
Qui peut aussi de votre coeur
Des battements vous dire l’ardeur
Et saura bien vous rappeler
Par son vibreur incorporé
Que vous allez bientôt manquer
Le rendez-vous tant désiré
66
La mort

Les heures s’envolent
A tire d’ailes
Ailes du temps qui m’emportent
Loin de celles
Combien frivoles
Qui le plaisir m’apportaient
Quand sur le pas de la porte
Je t’attendais
Et j’ai encore plaisir
A me souvenir
De ce qui se passait
Quand tu franchissais
Le pas de ma porte
Mais la mort emporte
Loin des siens
Ceux qui leur ont fait tant de bien
67
La musique

Quel étonnant miracle que naisse la musique
Par la simple écriture de notes sur la portée
Dans l’harmonie des sons à l’oreille destinée
En respectant les clés de la forme classique
L’écriture peut parfois se faire romantique
Arracher quelques larmes à l’âme fragilisée
Qui vers des hauts sublimes se sera envolée
Pour retomber sur terre en chute pathétique
Se retrouver chez soi après de tels émois
Attendre en impatience une prochaine fois
Qui nous réunira afin de partager
Des morceaux qui sauront susciter l’émotion
Se retrouver ensemble afin de supporter
De notre humanité la triste condition
68
La passante

Sa chevelure en abondance
Tombait sur ses épaules
Blonde
Une bouche aux lèvres peintes
De rouge carmin
Goulue
Deux yeux amande inexpressifs
Ostensiblement
Fixes
Un chemisier largement entrouvert
Suggérait des seins
De rêve
La taille ne pouvait être
Qu’étonnamment
Fine
En deux plis parfaits
Son pantalon
Tombait
69
Ses talons hauts
Sur le sol
Martelaient
Et elle passait
Près de vous
Sans vous voir
70
La patineuse

Hier dans la froidure
Une triste figure
D’une jeune patineuse
Un peu trop plantureuse
A ses pieds les patins
Enfilés avec soin
Entrainent en tour de piste
La piètre équilibriste
Qui tentant un piqué
Evidemment loupé
Sur les fesses se retrouve
Et la douleur éprouve
Sur la glace damnée
La voilà condamnée
A rentrer au vestiaire
Ça au moins elle sait faire
71
La patrouille

Cet individu en vadrouille
Pour la patrouille
Ça sent l’arsouille
Il a vraiment une drôle de bouille
On dirait une citrouille
De couleur rouille
Même pas bonne pour la tambouille
A vous faire l’estomac qui gargouille
Il bafouille
On le fouille
Ça le chatouille
Il a la trouille
Ouille ouille ouille
Allez, au poste, fais pas l’andouille
Voilà comment une patrouille
Ne rentra pas bredouille
72
La pluie

Prenez donc tous vos parapluies
Mettez vos bottes vive la pluie
Sur les chemins par l’eau trempés
Regardez passer les limaces
S’il en est une d’écrasée
Vous devrez faire la grimace
Si l’escargot montre ses cornes
C’est bien grâce à votre chanson
Quittez vite cet air trop morne
Toujours tristes les jours ne sont
Pour sûr demain il fera beau
Après la pluie le soleil luit
Demain ne verra tomber l’eau
Rangez donc tous vos parapluies
73
La presse

Ah qu’il est loin le temps de l’enfant nonchalant
Qui près du radiateur dans la classe se prélasse
En se rongeant les ongles attends que le temps passe
Que les paroles du maître laissent toujours soupirant
Embauché dans la presse le voilà recherchant Le dernier fait divers la nouvelle cocasse
Pour que demain matin tout un chacun jacasse
Autour de l’anecdote dont le monde est friand
Mais à peine rédigée Il faut fournir encore
Pour la presse du coeur que le public adore
Mariages divorces décès et autres informations
Pour plaire à son patron qui sans cesse le stresse
Et remplir sa fonction avoir sa promotion
Il court après le temps qui le presse et l’oppresse
74
La rousse

La lune était rousse
Elle aussi
Perdue dans la brousse
Moi aussi
J’ai vu son ombre
Dans la pénombre
Et nous fûmes deux au nombre
Je l’ai couchée
Et l’ai troussée
S’est laissé faire
Et quand l’affaire
Fut consommée
M’a remercié
Rassasiée
Puis elle s’est rhabillée
Et s’est soudain sauvée
La lune était rousse
Elle aussi.
75
La Seine

Ils s’étaient rencontrés
A Saint-Germain des prés
Avaient rejoint la Seine
Par la rue de Seine
Et pris le quai
Malaquais.
Sur le quai Voltaire
Elle s’était laissé faire
Main dans la main
Pour la suite du chemin.
La Concorde fut l’endroit
Où sous le comble de l’émoi
Ils s’étaient embrassés
Elle n’avait pas senti ses doigts
Dans son sac farfouiller
Et soudain prétextant
Un rendez-vous urgent
Partir en courant
La plaquant là.
Mais son portable n’était plus là.
76
L’accordéoniste

Elle était chanteuse d’opérette
Il jouait de l’accordéon
Elle adorait le bal musette
Lui c’était un joyeux luron
Ça se voyait dans ses mirettes
Il la r’gardait d’un air fripon
Elle semblait prête pour l’amourette
Il la prendrait bien sans façon
Mais un jour un gars du village
A la crinière couleur de lion
Invita à danser la p’tite
Qui succomba à la passion
Et quitta avec lui la piste
Ce fut la fin réellement triste
Des rêves d’un accordéoniste
77
Laisser venir en soi

Laisser venir en soi
Pour ce lever du jour
Ce qui donne l’émoi
Quand on regarde autour
Et qu’on est bien chez soi
Les gauras sont en fleur
Comme les roses d’ailleurs
C’est vraiment le bonheur
Les abeilles butinent
C’est pour elles routine
Leur ballet fascine
Sur la pelouse deux grives
En sautillant se suivent
Et picorant s’activent
78
Dans le ciel deux trainées
Par les avions laissées
Semblent s’être croisées
Le beurre sur la tartine
Fait lécher les babines
On ne crie pas famine
La lecture du journal
N’est pas trop cérébrale
Et n’offre que du banal
Ce qu’on fera après
N’est pas digne d’intérêt
On est encore en vie
Depuis le premier cri
Et c’est très bien ainsi
79
L’automne

De la portée
En clef de sol
Une voix s’envole
C’est la voix d’un enfant
Qui regarde tomber
Les feuilles de l’automne
Sur le sol
Et ces feuilles de l’automne
Qui jonchent le sol
Cachent l’affreux bitume
De nos sols.
Do, si, la, sol.
80
L’âme

Je l’avais perdue de vue depuis la fois
Où nous nous querellâmes
A propos de je ne sais plus quoi
Si, je sais, avant que l’on ne baise
Elle avait voulu
Curieux désir
Avant le plaisir
Pour le moins incongru
Philosopher sur l’âme
Qu’elle croyait immortelle
Je pensais que c’était foutaise
Ce fut là notre querelle
Et nous nous quittâmes
Je l’ai revue un soir
Au bal de l’Alcazar
Vêtue de noire
Nous sommes restés tard
Pourquoi ce noir
J’ai perdu mon mari
81
Il vient de rendre l’âme
Et contre toute attente
Se pressant contre moi
Elle me sourit
Et sa bouche m’offrit
Ah femme surprenante
Enfin entreprenante
Tu viens soudain à moi
Allons vite chez moi
Assouvir nos cinq sens
Ta voix pour mon ouïr
Mon odeur pour ton sentir
Mes yeux pour te voir
Le toucher pour tes seins
Ton sexe pour le goûter
L’amour dans tous les sens
En la vie il nous faut croire
Sinon nous guette le désespoir.
82
L’aveu

— Je vais l’avouer à confesse.
— Ce serait une sottise.
— Mais ça m’enlèverait un poids.
— N’oublie pas ta promesse.
— Promesse, promesse, toi, la dernière fois…
— La dernière fois, c’était différent.
— Différent, parce que c’était toi.
— Je ne pouvais pas faire autrement.
— Il y a toujours moyen.
— Cessons cette discussion, si tu veux bien.
— Comme d’habitude, tu veux avoir le dernier mot.
— Ce que tu peux être complexée !
— Et voilà, c’est ma faute ! Eh bien, j’irai l’avouer, ma faute.
— Ce serait une sottise…
83
Le premier cri

Le premier cri du nouveau-né
Première souffrance qu’il faut subir
Et pourtant nous avons souhaité
Le premier cri du nouveau-né
Dans nos bras nous l’avons serré
Et fûmes heureux de pouvoir ouïr
Le premier cri du nouveau-né
Première souffrance de l’existence

Le bébé dort

Dans son berceau le bébé dort
Ce n’est pas l’heure de l’éveiller
Il ne faut pas parler trop fort
Dans son berceau le bébé dort
Mais vous pouvez rester encore
Telle une fée à le veiller
Dans son berceau le bébé dort
Ce n’est pas l’heure de l’éveiller
84
Le bâton

Dès la maternelle
C’était merveille
De le voir faire ses bâtons
Avec tant d’application.
Dans la cour de récréation
Il avait toujours un bâton
Dont il donnait des coups sans façon.
Tête de classe
Un brin fanfaron
Pas poltron.
L’école Saint-Cyr
Ne le vit jamais rire.
Aux exercices de tir
Visait pile dans la cible.
Il gagna bien des batailles
Depuis son QG de campagne
Responsable de morts innombrables
Lors de victoires mémorables.
A sa mort déclaré maréchal.
85
Dans son cercueil

Droit comme un i
Son bâton contre lui.
Personne n’eut la larme à l’oeil
Il tomba dans un profond oubli.
Sic transit gloria mundi.
86
Le cochon

C’est l’histoire d’un petit cochon
Qu’était bien rose comme il faut
On attendit qu’il fût bien gros
Pour lui jouer un tour de cochon
Un jour qu’y f’sait un temps d’cochon
On l’emmena sous le préau
Et le tueur avec son couteau
Fit passer de vie à trépas
Notre cochon Dieu qu’il saigna
Et du sang de cet animal
Les femmes firent le bon boudin
On attendit le lendemain
Pour faire ensemble n’y voyez mal
Force ripaille
Furent découpés les bons morceaux
Furent remplis tous les boyaux
Furent salés les bons jambons
Au troisième jour on fit saucisses
Avec les restes quel délice
Bon appétit
87
Le corsage

Dans la douceur du soir de cette journée d’été
Les deux corps allongés restés seuls sur la plage
Du bonheur partagé voulaient être l’image
On eut bien voulu croire à leur félicité
Quand soudain le jeune homme dans sa témérité
Dévoré par l’envie fatal libertinage
Crut bon de s’attaquer à défaire le corsage
Qu’elle portait alors fort bien mal ajusté
Mais enfin Célestin quelle mouche vous pique
Dit en se dégageant notre belle Angélique
Et le voyant soudain malheureux rougissant
Sur sa joue déposa un baiser vertueux
Vous êtes bien trop jeune pour être mon amant
Donnez le temps au temps et vous serez heureux
88
Le corps

On peut sauter à deux pieds
A pieds joints à cloche-pied
Le pied de nez sert à moquer
Mais le nez sert à respirer
Les grandes oreilles
Vous surveillent
Les cheveux se hérissent
Les paupières se plissent
On se prend la tête
Qui peut être bien faite
La main porte à la bouche
Si elle était cousue
Vous trouveriez ça louche
Et seriez bien déçus
Le coude se lève pour faire la bombe
Les bras vous en tombent
L’estomac va dans les talons
Et gargouille dans les salons
89
La jambe on se la tient
Et sans en avoir l’air
Le genou sert à en faire
Les filles elles aiment bien
Le derrière
Est bien derrière
Et devant
C’est bien tentant
Dans la vie faut pas s’en faire
Le corps ne s’use que si l’on s’en sert.
90
Le dormeur

Il est des jours où l’amertume
N’est pas celle de la coutume
Le lever du soleil ce matin
Dans le ciel rose bien féminin
Entrouvre les yeux du dormeur
Qui sort de sa torpeur
Avec douceur
Il ouvre grand la fenêtre
Et bientôt pénètre
Un air frais
A souhait
Pour éloigner tout importun
Un rossignol lance son chant quotidien
Le lit est resté chaud
Il est encore trop tôt
La vie est si brève
Il se recouche et rêve
91
Le fanfaron
Le fanfaron

Gonfle ses poumons
Ses paroles
Ephémères
S’envolent
Dans les airs
Gobées par l’auditoire
A l’air béat
Avide d’exploits
Qui veut les croire.
Mais à trop se vanter
On installe le doute
Sur la véracité
Et c’est la déroute
Qui le voit seul sur le pavé
Condamné à inventer
Des histoires
Pour un prochain auditoire.
92
Le doudou

C’est le printemps
Voici le temps
Du redoux
Doux
Sur l’esplanade
En promenade
Deux amoureux
Se font des yeux
Doux
Un enfant
Cherche en pleurant
Son doudou
Doux
93
Un mendiant
Très très méchant
Voit le gendarme
Et file
Doux
Car il emporte
Ce cloporte
Ce vieil hibou
Le doudou
Doux
Les amoureux n’ont pas cherché
Le gendarme n’a pas trouvé
Mais le mendiant a échangé
Pour quelques sous
Le doudou
Doux
94
Le football

Oh vous les spectateurs de ce sport si prisé
Je parle du football et de son ballon rond
Ecoutez cette histoire c’est vraiment arrivé
Une carrière brisée à cause d’un talon
Le match avait pourtant commencé comme d’usage
Par coups dans les tibias arrachage de maillot
Tous propices à ne pas se frayer un passage
En direction du but à atteindre au plus tôt
Balancées des tribunes des grenades fumigènes
Joliment colorées et toutes interdites
Arrivaient dans les pieds et provoquaient la gêne
Des joueurs s’étripant avec tant de mérite
C’est alors que soudain lors d’une interception
Pour prendre le ballon tactique bien classique
Le pied du capitaine se bloqua le talon
Provoquant dans la foule des sourires ironiques
95
On peut même dire cyniques car on dut évacuer
Sur civière apportée dans la consternation
Le pauvre capitaine qui se faisait huer
Car il avait faire perdre le Tournoi des nations
Suite à cet incident il ne fut plus question
D’être sélectionné vue sa fragilité
Furieux d’avoir subi l’élimination
Les membres de l’équipe l’ont alors renié
96
L’artiste

’artiste
Qui entre en piste
Ne croise pas les regards
Des spectateurs à l’affût
D’une erreur de sa part.
Il sait dès le début
Que la tâche est ardue
Alors il se concentre
Avance un pied puis l’autre
Funambule sur le fil
Il oscille
Le voilà au milieu
Il attaque la montée
Il a l’air radieux
Avance un pied
Mais l’autre glisse
Il tombe sur la piste
Et s’enfuit en coulisse
C’est bien triste.
97
Le furet

En ce premier jour du printemps
Vers toi j’irai tout guilleret
Donne-moi seulement le temps
En ce premier jour du printemps
Nous allons prendre du bon temps
Pour toi je serai le furet
En ce premier jour du printemps
Vers toi j’irai tout guilleret
98
Le héron

La rivière en poissons
Abonde
Pour le héron
Qui fait sa ronde
Il n’est pas encore prêt
Pour la carpe ou le brochet
Une tanche passe
Mais de sa chair, on se lasse
Ah non, pas de goujon
Resta un limaçon
Qu’il avala tout cru
Il en fut bien repu.
Résumé de la fable Le Héron de Jean de La Fontaine.
99
Le matin libertin

Je le sais c’est certain
Se lever le matin
Est un art quotidien
Et chacun a le sien
Moi qui suis du midi
Volontiers reste au lit
La grasse matinée
L’ai souvent pratiquée
Au risque de choquer
Me faire excommunier
Entendre au loin les cloches
Pendant que je fornique
Même si ça choque mes proches
M’est toujours sympathique
Et sans faire de mousse
Moi je me la coule douce
100
Le misanthrope

Ah laissez-le aimer son plaisir solitaire
Levé de bon matin il achète le journal
Ses actions sont en hausse c’est déjà pas si mal
Le métier de rentier il sait comment le faire
Point de femme à qui dire sans cesse de se taire
Un petit tour au parc puis va monter cheval
Rien de tel que l’air pur pour bien soigner son hâle
Dieu que la vie est belle quand on n’a rien à faire
Restent encore quelques courses il faut bien se nourrir
Ne comptez pas sur lui pour s’aller dépérir
Il choisit goulûment ses nourritures de bouche
Chez lui seul à dîner pour fuir la foule immonde
Se revêtant de soie Il se glisse dans sa couche
Que le bonheur est doux quand on est seul au monde
101
Le mot amour

Comment écrire un poème sur l’amour
En évitant le mot amour
Il y a bien le mot cour
Il a fallu la faire un jour
Et pour trouver l’âme soeur
Ce put être un labeur
La senteur d’une fleur
La moiteur la douceur
Mais aussi la vigueur
Parfois le mot pleur
Quand ce ne fut qu’un leurre
Le mot coeur
Qui peut rimer avec bonheur
Ou femme d’un jour
Ton troubadour
Pour toujours
102
Le naïf

Qu’il est bon de gober
Sans esprit critique
Les promesses politiques
Qui vous donnent à rêver !
Se bercer d’illusions
Voir l’avenir en rose
Vive la métamorphose
De l’homme soudain bon.
Mais les lendemains qui chantent
Des jours meilleurs n’enfantent.
Le naïf bientôt déchante
Jusqu’à la prochaine fois
Où, de bonne foi
Il gobera
Une promesse alléchante.
Que faire contre cela ?
103
Le père Noël

Même sans savoir écrire il lui faut une lettre
Demandez à l’aîné de bien vouloir aider
A mettre sur papier ce que vous désirez
Après mûre réflexion vouloir enfin y mettre
Difficile de savoir si c’est par la fenêtre
Ou par la cheminée qu’il va devoir passer
Pour au pied du sapin la commande déposer
Aucun de vos cadeaux il ne saurait omettre
N’écoutons pas ceux qui ne sachant tenir langue
Veulent nous faire douter par leur triste harangue
De ce vieillard barbu l’éternelle existence
Pour le petit enfant rien n’est plus essentiel
Preuve de l’innocence qui est propre à l’enfance
De croire que les cadeaux viennent du Père Noël
104
Le rendez-vous

Chère comtesse
Des cordes de ma lyre
Toute l’ivresse
Est pour vous à venir
A l’unisson
De mes cordes vocales
Mille boissons
Feront des bacchanales
Et nous tiendrons
En dansant des propos
Bien polissons
Mais fort bien à propos
105
Ce rendez-vous
Que vous m’avez donné
Sera pour vous
La fin de chasteté
Et dans l’union
De nos corps enlacés
Nous vibrerons
Sans jamais nous lasser
106
Le rire de l’employée

Ah ah ah riait
A gorge déployée
L’employée des PTT
Car elle avait décacheté
L’enveloppe qu’elle était censée
Dans la boite à lettre indiquée
Déposer sans coup férir
Ce qui la faisait rire
Je vais vous le dire
Le croirez jamais
L’enveloppe était vide
107
Le rire

Mieux vaut rire que périr
Ce qui vraiment veut dire
Que si l’on ne rit pas
On va droit au trépas
Le rire selon Bergson
A mes oreilles sonne
Comme un dérivatif
A l’ennui excessif
Messieurs les bons apôtres
Avec vos patenôtres
Ne faites que répéter
Sans même les appliquer
Des recettes éculées
Qui veulent nous extraire
A notre humanité
Il faudrait mieux vous taire
108
Le rondeau d’amour

Des mots d’amour il en semait pour elle
Dès le matin une vraie ribambelle
Perles d’un collier si aisé à porter
Perles sincères elle n’en pouvait douter
Le ciel est bleu la journée sera belle
L’heure est venue d’aller sous la tonnelle
Regarde-moi il passe une hirondelle
Je me tais et t’écoute me murmurer
Des mots d’amour
Oh toi ma tourterelle mon asphodèle
Pour qu’en amour je te reste fidèle
Que rien n’empêche notre amour de durer
Je viendrai ici tous les jours t’enlacer
Et chaque jour semer la ribambelle
Des mots d’amour
109
Le somnambule

Le somnambule qui déambule
Seul dans sa bulle
Traverse la nuit
Seulement vêtu
De sa tenue de nuit
Sous laquelle il est nu
Avançant à tâtons
Les mains devant
En protection
Et marmonnant
Et proférant
Quelqu’invective
Et sans façon il s’esquive
Et se recouche
Dans sa couche
Le lendemain, il s’éveille
Comme si de rien n’était
Gardant le secret
De ce qu’il fit la veille
110
Le tableau

La seule ombre au tableau
Est qu’il n’est pas très beau
Mais comme les critiques
Ont fait panégyrique
De l’homme représenté
Il fallut l’acheter
Et bientôt remiser
Dans un coin du grenier
Et là dans la poussière
Par les ans déposée
L’image du grand-père
Restera oubliée
111
Le temps d’agir

Oyez oyez écoutez-moi
Et n’éprouvez aucun effroi
Le temps d’agir est revenu
De par le monde la colère gronde
La misère est tout à la ronde
Le temps d’agir est revenu
Les potentats sont encore là
Il ne faut plus tolérer ça
Le temps d’agir est revenu
Et tant pis si pour faire cela
De ces impies le sang coulera
Le temps d’agir est revenu
Et c’est en entendant cela
Que l’homme commit tant d’attentats
112
Le temps passé

Ne pleurez pas le temps passé
Les meilleurs jours sont à venir
Un amour vous sera donné
Ne pleurez pas le temps passé
Un amour vous sera donné
Si vous savez le conquérir
Ne pleurez pas le temps passé
Les meilleurs jours sont à venir
Si vous savez le conquérir
Le coeur de Lise vous est donné
Vous allez être son fiancé
Ne pleurez pas le temps passé
113
Vous allez être son fiancé
Vous comblerez tous ses désirs
De beaux discours saurez offrir
Les meilleurs jours sont à venir
Vous comblerez tous ses désirs
Comme celui de vous marier
D’avoir enfants à bien aimer
Ne pleurez pas le temps passé
Ne pleurez pas le temps passé
Les meilleurs jours sont à venir
L’heure est à la félicité
Nous vous souhaitons d’en profiter
114
Le temps

Quand il fait chaud
C’est trop chaud
Quand il fait froid
C’est trop froid
S’il y a du vent
C’est navrant
S’il bruine
On fait pâle mine
S’il pleut
On est grincheux
S’il gèle
On se les gèle
S’il fait beau
C’est pas trop tôt
On est bien content
De se plaindre du temps
115
Le triolet

Le triolet c’est bien facile
Il suffit de trouver deux rimes
Pas besoin d’être volubile
Le triolet c’est bien facile
Vous qui êtes si gracile
Pour s’élever en haut des cimes
Le triolet c’est bien facile
Il suffit de trouver deux rimes
116
L’émoi

Comment décrire l’émoi qui s’empara de moi
Quand je te rencontrai pour la première fois
Un seul regard de toi avait suffi je crois
Comment décrire l’émoi qui s’empara de moi
Un seul regard de toi avait suffi je crois
Je t’emboîtai le pas n’étais déjà plus moi
Tu me pris par la main tu m’imposas ta loi
Comment décrire l’émoi qui s’empara de moi
Tu me pris par la main et m’imposas ta loi
Je te suivis chez toi tu te couchas sur moi
C’était pure folie de se donner à toi
Comment décrire l’émoi qui s’empara de moi
Il fallait bien pour moi une première fois
Béni soit cet émoi qui s’empara de moi
117
Les conquérants

Il était une fois non pas deux mais bien trois
Trois prétendants au trône qui partirent en guerre
Le premier en chemin rencontra une pierre
Qui l’envoyant par terre mit fin à ses exploits
Le deuxième en marchant rencontra dans les bois
La princesse aux yeux bleus que tout le monde espère
Mettre un jour dans son lit avoir pour soi entière
Lui faire connaitre l’amour pour la première fois
Ce qu’il fit et près d’elle de rester décida
Le dernier à la tête d’une immense armada
Sur un récif caché alla un jour échouer
Et son corps par les flots ne fut jamais rendu
Fille du roi vous dûtes rester seule à régner
L’histoire nous raconte que cela bien vous plut
118
Les doigts

On a vingt doigts
Dix de main
Dix de pied
A utiliser comme il se doit.
On ne donne pas une poignée d’orteils
On se met aisément un doigt dans le nez
On compte sur ses doigts de main pour compter
On compte sur ses doigts de pied pour marcher.
On peut faire un pied de nez
Avec les mains
Bien campé sur ses doigts de pied
On se mord les doigts de la main
Pas ceux du pied.
On se sert deux doigts de vin
Ceux de la main
On se met le doigt dans l’oeil
On montre du doigt
Toujours de la main.
119
Les pieds

Les demoiselles
Pour la rime
Deviennent gazelles
Dont on peut déguster les pieds
Le poète, pour la frime
Peut aligner jusqu’à douze pieds
Les verres à pieds
N’ont qu’un pied
Le verre à dents
N’en a pas vraiment
Adam et Eve ont pris leurs pieds
Pécher gourmand
Le pied de cochon
Est vraiment gras
Restons-en là
Je ne voudrais pas
Vous les casser
Les pieds
120
Les mots

Sur le papier les mots jetés
De la pensée sont l’expression
Parfois sordide parfois limpide
Et pouvant être aussi perfide
Si l’on n’y fait pas attention
Ils pourraient être rejetés
Les mots qui dépassent la pensée
Peuvent être mal interprétés
Les mots qui sont sous-entendus
Peuvent provoquer malentendus
Il est des mots sources de maux
Faites attention au mot de trop
Les gros mots sont à éviter
Leur seul mérite est de choquer
121
L’enfant pratique le mot à mot
Il aime avoir le dernier mot
Quand la mémoire vous fait défaut
Il faut parfois chercher ses mots
Même s’ils ne riment pas comme il faut
Les véritables mots d’amour
Ce sont des mots de tous les jours
122
Les radicalisés

Ça tombe, ça tombe, sans discontinuer
Non pas la pluie
Mais les mauvaises nouvelles
Qui n’ont plus rien de nouvelles
Et suscitent l’ennui
A perpétuité.
Elles nient notre humanité
Par le sang versé
De passants
Innocents
Dont le seul péché
Est de s’être trouvés
A proximité.
Malheur aux radicalisés !
Serait-on tenté de proférer ;
On fait trop d’honneur
A ces héros des champs d’horreur.
Il serait préférable de tenter les ramener
Dans notre humanité.
123
Les sept péchés capitaux

Il contemplait avec orgueil
Et gourmandise
Cette putain sur le seuil
Qui lui semblait exquise
Grande était sa paresse
A sortir des espèces
Car l’avarice
Etait son vice
Il aurait dû se mettre en colère
IL eut fallu qu’il libère
Son goût pour la luxure
Mais il n’était pas mûr
Il perdit son envie
Et peut-être son goût pour la vie
124
Les temps modernes

Le réveil a sonné, il leur faut se lever.
Les nouvelles n’attendent pas le petit-déjeuner,
En toute saison, la radio préférée
Diffuse les faits divers.
Un politologue averti,
Ou du moins on le dit,
A tort et à travers,
Commente l’actualité.
Entre deux bouchées
Les premiers messages
Nourrissent leur pensée.
Douché, savonné, rincé, essuyé
Délicatement parfumé
Le corps va enfin être habillé.
Un baiser vite déposé
Sur les lèvres de l’aimée
Et les voilà partis pour la journée.
A peine arrivés au bureau
Ne pas répondre aux messages
125
Ne serait pas sage.
Puis c’est la réunion, Il leur faut faire le beau,
Présenter l’avancement du dossier
Sous des jours flatteurs,
Pendant une heure.
C’est bientôt l’heure du déjeuner ;
Encore un après-midi de labeur,
C’est le retour au foyer.
Chaussons aux pieds, regarder la télé
Pendant que dans la cocotte
Mijote,
Le boeuf aux carottes.
Délicieux, ma chérie
Ce boeuf est exquis.
Allongés sur le canapé
C’est l’émission préférée
A la télé.
Le lit les attend ; juste le temps d’un baiser, et les voilà couchés.
Ah, quelle belle journée !
126
Ma femme d’intérieur

Elle se lève de bonne heure
Vive ma femme d’intérieur
Pendant que moi je traine au lit
Elle se lève de bonne heure
Part faire les courses à l’extérieur
Pour que moi je sois bien nourri
Elle se lève de bonne heure
Vive ma femme d’intérieur
Revient et passe l’aspirateur
Me lève car j’ai horreur du bruit
Elle se lève de bonne heure
Vive ma femme d’intérieur
127
Midi et soir que du bonheur
Quand on déguste ce qu’elle a cuit
Elle se lève de bonne heure
Vive ma femme d’intérieur
La nuit au lit c’est le bonheur
Elle a vraiment un bon mari
Elle se lève de bonne heure
Vive ma femme d’intérieur
128
Marguerite

A quoi ça rime
De faire des rimes
A quoi ça sert
De faire des vers
Pervers
Est celui
Qui cette nuit
Te prit
Qu’espères-tu
De ta vertu
Perdue
Lors de ce bal
Libidinal
Fatal
129
La marguerite
S’effeuille
C’est un rite
Mais un deuil
Je te quitte
130
L’espoir

Des touches du clavier s’écoulent
Ces vers que pour vous j’improvise
Parfois les touches se bousculent
Ne voulant me rester soumises
Et le désordre qui s’en suit
Ne fait que traduire l’émoi
De voir notre amour qui s’enfuit
En renvoyant chacun chez soi
Peut-être un jour nous reverrons
A l’amour rien n’est impossible
Si Cupidon vous prend pour cible
Avant de franchir l’Achéron
131
L’humanité

Il paraitrait qu’un jour à des milliards d’année
Il y eut un big-bang et la vie apparut
Descendus des singes des hommes vivant nus Qui chassaient et cueillaient véritable épopée
Que nos plus grands savants pensent avoir expliquée Par l’étude des squelettes qui nous sont parvenus
Sapiens l’on baptisa le dernier homme connu Qui sur terre installa sa supériorité
Détruisant maintes espèces pour s’assurer la vie
Capable d’imaginer qu’un Dieu lui donna vie Pensant c’est insensé qu’il en verrait la face
Echappant par ce rêve à la réalité
Connaitrons-nous un jour l’être assez perspicace
Pour percer le secret de notre humanité
132
Mauve

La lumière du matin se teinte de rose
Dans la fraicheur exquise de l’air où l’on respire
Les premières senteurs du jardin où les roses
Fourniront le bouquet que vous allez offrir
Protégés du soleil par un grand parasol
Dans la saveur exquise du menu partagé
Les amoureux devisent en sirotant l’alcool
Rien n’est plus délicieux qu’un bon verre de rosé
Allongés sur le pré dans leurs bras enlacés
Ils rêvent de lendemains où leurs frères humains
Lassés de guerroyer pour se réconcilier
Et pour sceller la paix se sont tendu la main
La lumière décline à la tombée du jour
Le soleil s’est couché voici venue l’heure mauve
Sous la voute céleste se déclarent les amours
Les persiennes se ferment sur les secrets d’alcôve
133
Quand le jour se leva après leur nuit d’amour
Rien ne laissait prévoir la bombe qui tomba
Pour les amants d’hier ce fut le dernier jour
Maudit soit le destin qui ainsi les frappa
134
Liberté de penser

Si nous voulons toujours penser en liberté
Il me faut d’abord dire en guise de préambule
Qu’il est impératif de prendre du recul
Face aux idées en cours qui ont droit de cité
Il est bon de plonger dans les écrits passés
De savoir en extraire ce qui est majuscule
Oubliant les scories qui toujours y pullulent
Avec l’ardent espoir d’y trouver vérités
Ayant par nous-mêmes découvert dans les livres
Mille et une recettes pour nous aider à vivre
Il nous sera aisé de répondre à loisir
Aux donneurs de leçons de la télévision
Ou aux autres médias qui ne savent pas quoi dire
Pour nous faire partager toutes leurs illusions
135
L’orage

Quand l’orage gronde au loin
Il faut se tenir coi
Se blottir dans son coin
Quand l’orage gronde au loin
Et il n’est pas besoin
De montrer son effroi
Quand l’orage gronde au loin
Il faut se tenir coi
136
Loufoque

Un mondain en frac
Qui n’a plus de fric
A cause du Krach
Arrêté par un flic
A le trac
On l’a pris la main dans le sac
On l’emmène au bloc
Mais la pluie fait floc
Le flic tombe dans une flaque
Le mondain le défroque
S’enfuie avec sa matraque
C’est vraiment très loufoque
Et je me réveille en entendant tic-tac
137
Le marabout

Un marabout
Pas beau du tout
Près de la mare
Etait debout.
J’en avais marre
Voire marre à bout
De son regard
De voir son cou
Si déplumé
Ses ailes noires
Donnant cafard,
Bec allongé,
Bien dressé
Tel l’échassier.
Je l’ai tué
D’un seul coup
Ce marabout
Pas beau du tout.
138
Ma famille

Mon oncle Hercule
Force tranquille
Vit somnambule
Sans s’faire de bile
Ma tante Mad’leine
Très économe
Dans son bas d’laine
Stocke ses sommes
Cousin Fernand
Un brin rusé
Est un amant
Fort distingué
139
Cousine Armèle
Trompe son mari
Jamais fidèle
Tout l’monde en rit
Mes chers petits
Ils sont charmants
Vraiment exquis
Pas dérangeants
Quant à ma femme
Mais que fait-elle
Je n’ai pas l’âme
D’moccuper d’elle
Refrain :
Ma famille elle est bien chouette
Elle ne s’fait pas trop d’soucis
Et ne pense qu’à faire la fête
Se contente de vivre ainsi
140
Mais où et donc or ni car

Mais vous pourriez me dire et vous n’auriez pas tort
Qu’en vous abandonnant pour aimer Terpsichore
J’avais choisi d’aimer pour ma félicité
L’amie des rondes la danse en toute liberté
Où trouver les raisons qui pourraient empêcher
Vers un destin si doux mes pas se diriger
Oui je vous quitte Elvire malgré tous vos soupirs
Il vous faut réagir et cesser de gémir
Et quand le temps des pleurs qui sera vite passé
Aura de votre coeur la douleur libéré
L’envie vous reprendra il n’en faut pas douter
De conquérir un coeur mieux à votre portée
Donc si m’en croyez allez par les chemins
Sur les passants croisés jetez un oeil coquin
Ils se retourneront la chose en est certaine
Avides de savoir où l’aventure les mène
141
Or vous n’aurez de cesse de les ensorceler
User de flatteries pour les amadouer
Avec parcimonie vos baisers accorder
Pour être sûre enfin de celui à aimer
Ni le doux souvenir des bons moments passés
Les baisers échangés les promesses d’avenir
Sur mon choix Elvire me feront revenir
Ma décision est prise il n’en faut pas douter
Car pour moi Terpsichore a planté le décor
Pas de bourrées de deux fouettés Jetés battus
Entrechats ballottés arabesque et fondus
Et j’en demanderai encore, encore, encore
142
Mendiant

Perdu dans la foule
Il a l’air maboul
Avec ses yeux qui roulent
Les nombreuses taloches
Données par ses proches
Lui donnent vraiment l’air moche
On dirait qu’il louche
Il se tord la bouche
C’en est même louche
Il vous tend sa sébile
Avec l’air imbécile
On dirait qu’il jubile
Donnez-lui un euro
Il ira au bistrot
C’est tout ce qu’il lui faut
143
Mensonge

Partez fuyez laissez-moi
Vous êtes vraiment sans loi
Vos propos sont si sournois
L’on ne peut y donner foi
Oser dire que c’est pour moi
Quand me vites la première fois
Que vous quittâtes Amélie
Que plus rien ne vous y lie
Pas plus tard qu’hier au soir
Vous étiez dans son plumard
C’est elle-même qui me l’a dit
Vous n’êtes qu’un malappris
Ne cherchez plus à me voir
Vous êtes mon désespoir
144
Mésange

Enfant qui ce matin a tiré
Sur la mésange envolée
Quelle funeste inconscience
Pourquoi cette souffrance
Infligée à l’innocence
N’entends-tu pas piailler
Les petits affamés
Qui ne serons plus rassasiés
Personne pour leur apprendre à voler
Les voilà condamnés
A être au nid par un rapace dévorés
Tu te sentiras bien seul demain
Dans ton jardin
145
Moeurs

Seul c’est un monologue
A deux un dialogue
A trois une querelle
A plus elle s’appelle
Vaste cacophonie
Contraire de l’harmonie
Seul c’est le célibat
A deux c’est le couple
Quant au ménage à trois
Il faut être bien souple
Au cours de ses ébats
Pour respecter ses lois
Si on dépasse trois
Dans une orgie des sens
Ne s’en prendre qu’à soi
L’amour n’a plus de sens
146
Morphée

Dans les bras de Morphée
Nos pensées s’envolent
Vers des lieux inconnus
Elles deviennent frivoles
A la vue des corps nus
Qui peuplent ces contrées
Un désir ardent
D’enlacement
Nous prend
Nos mains se tendent
Dans un rêve chimérique
Le muscle se bande
Pour un coup homérique
Mais dans un vide immense
S’écoule la semence
Et les draps souillés
Ont seuls témoigné
De ce qui s’est passé
147
Nénuphar

Le nénuphar se mire dans l’eau,
La coquette dans son miroir.
Elle touche et retouche son image
Par petites touches impressionnistes.
La risée n’impressionne pas le nénuphar,
Ce n’est qu’un trouble passager.
La coquette peut rougir
Du promeneur qui en passant, soupire.
A-t-on jamais vu un nénuphar
Piquer un fard ?
Mais quand vient le soir,
Coquette et nénuphar
Se referment dans le noir.
148
Oie

Un jour une oie
Blanche de surcroît
Dans la basse-cour
Dandelinoit.
Un jars
Fan de Béjart
Se pavanait
Le gros benêt.
Ma fois
Quelle belle proie !
Il monta sur la bestiole
Qui se croyant au Capitole
Poussa des cris trop ridicules
Pour que le jars capitule.
149
Et ce mâle fort vigoureux
Pour qui une oie
N’était qu’un jeu
Lui imposa sa loi.
La loi est dure, mais c’est la loi.
150
Optimisme

Il est aisé de voir dans notre époque actuelle
Qu’il reste encore à faire pour que tout soit parfait
Que la paix dans le monde en est au stade du souhait
Que pour beaucoup encore le peu est dans l’écuelle
Mais la science guérit la croissance est réelle
La confiance est en l’homme et en tout ce qu’il fait
Il n’est plus illusoire de penser désormais
Voir advenir le jour des êtres immortels
Vous messieurs les tenants du verre à moitié vide
Etes-vous du néant les amateurs avides
Pourquoi voir l’avenir en termes alarmistes
Etranges contempteurs de notre évolution
Cessez de proférer vos propos pessimistes
Pour nous laisser réjouir en imagination
151
Orchestre

Un jour un trombone à coulisse
S’égara dans un orchestre à cordes
Sur lesquelles l’archet frotte mais ne glisse
Aucune chance qu’ils ne s’accordent.
Mais l’instrument do ré
Se fit des amis
Il les bluffa
Avec son sol
S’accorda avec leur la
Et c’est ainsi
Que naquit le crescendo
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do.
152
Oser

Le jour nouveau commence
Parfois dans l’insouciance
Parfois dans l’ignorance
Du petit quelque chose
Du petit mot qu’on ose
Insérer dans sa prose
Mais quand le mot est mis
C’est le malheur qui fuit
Et le soleil qui luit
De ses rayons dorés
Vous voilà réchauffé
Pour toute la journée
Il ne faut pas se taire
Il faut toujours oser
153
Par la main

Ils s’aiment d’un amour si tendre
Que c’en est un enchantement
De les voir par la main se prendre
Ils s’aiment d’un amour si tendre
Il y a beaucoup à attendre
De cet amour vraiment touchant
Ils s’aiment d’un amour si tendre
Que c’en est un enchantement
154
Page

Le petit page
De sieur Cornille
Couché bien sage
Sous la charmille
Rêvait du corsage
Des filles.
Dame Cornille
Passant par là
S’approcha à petit pas
Et sur sa joue un baiser déposa.
Que pensez-vous qu’il arriva ?
Un page qui déshabille
La femme d’autrui
Sous la charmille
Et bien vite s’enfuit
A la vue de Cornille.
155
Madame Cornille
Dans vos cheveux
Ces brindilles
C’est bien curieux !
Ces brindilles
Monsieur
Ne sont que restes
De ma sieste
Sous la charmille.
156
Pectoraux

Elle avait toujours rêvé
De pectoraux développés
De biceps hors normes
De mollets énormes.
Elle épousa un vieux
A l’oeil vitreux
Un maigrichon
Au teint citron.
L’amour rend fou
157
Potache

Sa tête hoche
La mère se fâche
Sans fin rabâche
Au fils potache
Prends ta sacoche
Vaques à ta tâche
Que rien ne gâche
Pour que tu saches
J’entends la cloche
158
Poubelles

Sous l’oeil gourmand
Des goélands
Les sacs poubelles
De nos déchets
S’entassaient
L’occasion était trop belle
Ils fondirent en piqué
S’empiffrer
Il leur fallut patienter
Deux pauvres étaient sur place
Emplissant leurs besaces
Drôle de concurrence
A la recherche de sa pitance
Quignon de pain
Couenne de jambon
Tout semble bon
Quand on a faim
Dans ce monde sans amour
La pauvreté nous fait vautours
159
Pour l’amour d’une blonde

Pour l’amour d’une blonde
Que ne ferais-je point
Versez-moi une bière blonde
Venez faire la ronde
Le bonheur n’est pas loin
Pour l’amour d’une blonde
Que le liquide inonde
Les habitants du coin
Versez-moi une bière blonde
L’ivresse est mon monde
Et mon seul besoin
Pour l’amour d’une blonde
Versez-moi une bière blonde
160
Pour toujours

Ils parcourent le monde le portable à la main
Conquérants impatients d’un futur dérisoire
Ne sachant plus très bien en quoi ils doivent croire
A l’affut des nouvelles de leurs contemporains
Ils parcourent le monde le portable à la main
Sont oublieux de celle qu’ils viennent de laisser choir
Apparait sur l’écran le début d’une histoire
Avec celle qu’ils croient pouvoir aimer demain
Comme si le lendemain la nouvelle aventure
Devait offrir enfin un amour qui leur dure
Et leur faire oublier cet amour délaissé
Des je t’aime des je crois en ton amour toujours
Appartiennent déjà au langage du passé
Se profile une vie sans véritable amour.
161
Pourquoi ?

Pourquoi c’est tombé sur lui ?
Pourquoi pas sur elle
Ou sur toi
Ou sur moi
Ou sur nous
Ou sur vous
Oui, mais,
A la réflexion,
Pourquoi pas sur lui ?
162
Prends soin de …

Prends soin de toi.
De moi ?
Oui, d’abord de toi,
Puis de moi.
De nous, donc.
Oui, de nous,
Puis de tous.
Oh là là ! De tous ?
Oui, de tous.
163
Printemps

Prenant par la main
La jeune Amélie,
Par le petit chemin
Pierrot partit.
Un coucou se mit à chanter
Quelle joie de l’imiter
Coucou, coucou.
Premières senteurs
De ce mai enchanteur
Corps enlacés
Premiers baisés
Au temps volés
Mais déjà au clocher
L’angelus a sonné
Il leur fallut rentrer.
164
Promenade

Le matin enchanté où je vins te chercher,
Tu avais revêtu une robe jaune paille.
Un petit baiser et te pris par la taille,
Et nous voilà partis pour la journée mener.
Sans but précis, sans hâte, tout en douceur,
Nous devisions de tout et même de rien du tout,
Nos deux corps avançant ne semblaient faire qu’un tout
Un tout qui présageait une union de bonheur
Une brise s’est levée, je t’ai un peu serrée.
Je te voyais déjà allongée sur le dos
Et te croyais offerte, mais tu n’étais pas prête.
Timidité, pudeur, était-ce encore trop tôt ?
Tu m’as soudain habilement repoussé
Et as voulu rentrer, mettant fin à la fête.
165
Rasoir

Sur le visage du petit mousse
La crème mousse.
La lame du rasoir
Sur l’aiguisoir
Fait des allers retours
Sans détours
Puis sur la joue se balade
Jusqu’à l’estafilade.
Vite une compresse
Le temps presse
Le rendez-vous
C’est avec vous
Qui saurez sur la plaie déposer
Le plus doux des baisers
166
Questions et assertions

Jean-Sébastien Bach avait-il son bac ?
Schumann était-il homme à aimer les choux ?
Barnabé n’était pas abbé
La plume de ma tante était-elle vraiment sur le bureau de mon oncle ?
Par où commence une histoire sans queue ni tête ?
La fortune favorise les audacieux, son manque excite les envieux
La morale du plus fort est toujours la meilleure, celle du plus faible ?
Les hirondelles s’envolent, viennent les sanglots longs des violons de l’automne
L’amour donne des ailes, le désamour du fiel
L’ami qui disparait vous laisse un goût de fiel, l’amour qui renait le goût du miel
La feuille d’automne, le deuil de l’été
La neige recouvrira les feuilles mortes d’un linceul blanc
On dit d’une femme qu’elle est d’intérieur
On peut aussi l’aimer pour son postérieur
Imaginez que dans le monde
Les hommes un jour préfèrent les brunes
Quelle panique chez les blondes !
167
On peut aimer sonner les cloches
Détester de se les faire sonner
Si le trombone à coulisse
Avait le cou lisse…
La fortune favorise les audacieux
Mais l’impôt sur la fortune ?
Tomber de haut
Quel étage ?
On sort de l’ordinaire
Pour aller où ?
Un pied devant l’autre
Vive le poète
168
Le rendez-vous

Arriver en avance est risquer l’impatience
Arriver en retard est manquer trop d’égard
Arriver juste à l’heure témoigne de peu d’ardeur
Ce matin-là, Pierrot était parti bien tôt
Ne voulant point manquer l’heure du déjeuner
Adèle n’attendrait point, il en était certain
Pique-niquer sur la rive, vite, Adèle, arrive
Nous nous embrasserons, nous nous enivrerons
Et nos corps rassasiés reposeront enlacés
Quelle robe choisir je souffre, je soupire
Encore un essayage vite un autre corsage
Un bas vient de filer il me faut le changer
Où ai-je donc rangé ce rouge pour les baisers
Mais où sont mes chaussures, sous le lit j’en suis sûre
Mon Dieu, c’est déjà l’heure, en retard, j’en ai peur
169
La demi-heure passée sur le sol à piaffer
Pierrot enfin partit ; il en fut bien marri
C’était un lapin, il en était certain
Adèle enfin arrive se penche sur la rive
Se dit tout est fini, se prend pour Ophélie
Se laisse couler dans l’onde et disparait du monde
170
Revoir un jour

Pensant vous revoir un jour
Pour vous sont ces mots d’amour
Parfumés sur ce papier
Que je vais vous envoyer
Et quand vous le recevrez
J’espère que vous le lirez
Et attendrez mon retour
Pour m’aimer à votre tour
Vous n’aviez pas deviné
Quand nous nous sommes rencontrés
Mon coeur par vous chaviré
Prêt à tout abandonner
Pour partir à votre suite
Mais c’eut été une fuite
Car j’étais alors mariée
Avait deux enfants chéris
C’eut été bien malappris
De penser à les quitter
Il est loin le temps passé
171
Et les choses ont bien changé
Car mon mari m’a quitté
Les enfants ont épousé
Et au risque d’être importune
Je cherche meilleure fortune
172
Rencontre

Bel inconnu
Qui dans la rue
M’avez croisée
Hélas, hélas
A Stanislas
Suis ma-ri-ée.
Belle inconnue
Que dans la rue
J’ai pu croiser
Le temps passe
Si Stanislas
Trépasse
Il sera temps que l’on s’enlace
Hélas, hélas
Mon Stanislas
C’est la santé
Incarnée
Il vaut mieux oublier
De s’être un jour croisés
173
Rien à redire

Je n’ai rien à redire
A votre coiffure
Sauf à sa barrette
Qui vous fait soubrette.
Je n’ai rien à redire
A la couleur violette
De votre toilette
Sauf qu’à votre teint
Elle ne se prête.
Je n’ai rien à redire
Au port de bas résille
Sauf à leur couleur noire
Qui fait mon désespoir.
Je n’ai rien à redire
Au port de talons hauts
Sauf à l’air guindé
Qu’ils donnent quand vous marchez
A part cela
Je n’ai rien à redire.
174
Roman de gare

Ophélie ce matin se sent en perdition
Il y a bien longtemps qu’elle n’a pas fait la foire
Elle connait le bonheur ce bien aléatoire
Qu’elle se doit de saisir sans trop d’hésitation
De son côté Edgar sortant de déception
Persuadé qu’à l’amour il lui faut encore croire
Rencontrant Ophélie sort tout son répertoire
Et montre qu’il peut être un mari d’exception
Il lui offre des fleurs la flatte la cajole
Et ne sait pas encore que la femme est frivole
Après le mariage il y eut les enfants
Puis Ophélie partit sans même crier gare
Elle avait trop besoin de l’amour d’un amant
Une histoire bien banale digne d’un roman de gare
175
Rond

Un rond n’est pas toujours rond
A la différence d’un homme soûl
Que l’on dit complètement rond
Quand il a bu tout son soûl.
Chez le carré, tout est d’équerre
Mais celui que l’on dit carré
Ferait mieux d’arrondir les angles
Pourvu que les angles se laissent faire
Eux qui sont dans leur droit
De rester droits
Ces angles.
Quant à la sphère
Faut pas s’en faire
Qui empêchera le ballon
De tourner rond ?
176
Sans toi

La brume ce soir a recouvert la plaine
Tous mes soucis sont partis
Dans le silence je ne sens plus ma haine
La brume ce soir a recouvert la plaine
Je puis enfin me reposer sereine
Sans toi me sens épanouie
La brume ce soir a recouvert la plaine
Tous mes soucis sont partis
177
Sensations

Obscurité des sentiments cachés
Ardeur des serments échangés
Bonheur de la femme retrouvée
Pâleur des enfants affamés
Lourdeur de la charge emportée
Tiédeur de l’enfant allaité
Minceur de la taille serrée
Rondeur du sein caressé
Longueur des jambes effilées
Plaisir des baisers répétés
Saveur du plat mitonné
Couleur du vin rosé
178
Si

Si par le champ du coq le matin réveillé
Vous n’osez plus sortir en peignoir respirer
La rose Damascena de l’Orient parfumée,
Si vous ne voyez plus fleurir narcisses, pensées
Et n’êtes pas tenté d’aller s’en emparer,
Réunir en bouquet pour votre bien-aimée,
Si vous n’entendez plus l’alouette tirelirer,
La nuit le rossignol, le rouge gorge triller
Si un sein dévoilé, des jambes décroisées
Un regard, un sourire, une invite à aimer
Ne sont plus à même le désir générer
Si vous avez perdu le goût d’aller mener
Au bras de votre aimée, au hasard des sentiers
Si vous ne savez plus ses petits plats aimer
Si dans la main tendue du clochard rencontré
N’avez jamais laissé une pièce tomber
179
Vous devez vous trouver bien seul, abandonné.
Alors il vous faut prendre la poudre d’escampette
Et quitter cette terre sans tambour ni trompette.
180
Souvenir

Purpura d’autrefois
Mes premiers émois
Tu fus celle
Qui m’aima
Et cruelle
Me quitta
Je n’ai jamais compris
Ni pardonné non plus
Le mal que tu me fis
Pourquoi je t’ai déplu
Je garde au fond de moi
Comme une meurtrissure
Le souvenir de toi
Mais quand vient le soir
Une voix me susurre
Qu’il faut garder l’espoir
De te revoir un jour
Purpura mon amour
181
Souvenirs d’enfance

Des souvenirs de la tendre enfance
Il émerge le sourire de la mère
Qui de sa vie n’a eu la plaisance
Des souvenirs de la tendre enfance
Quelle douceur dans cette souvenance
Elle est partie mais vous fut si chère
Des souvenirs de la tendre enfance
Il émerge le sourire de la mère
182
Sur la plage

La soie de la robe
Qui ton corps enrobe
Invite aux caresses
Mais rien ne presse
J’aimerais saisir
Pour te retenir
Ta chevelure en tresse
Aux reflets d’or
Mais il faut d’abord
A tes côtés marcher
Jusqu’à la plage ensablée
Où nous pourrons enfin nous allonger
Pour la liesse des baisers
Qui toujours m’affolent
Oh ma Carole
183
Sur le sable allongé

Au bord de l’océan sur le sable allongé
Il faut fermer les yeux et rêver à l’amour
Au trésor de baisers dont vous serez comblé
Au bord de la mer sur le sable allongé
Car la belle endormie qui dort à vos côtés
Saura vous éveiller aux plaisirs de l’amour
Au bord de l’océan sur le sable allongé
Il faut fermer les yeux et rêver à l’amour
184
Terroriste

Il s’est levé soudain
Sans trop savoir pourquoi
C’était le jour enfin
De se mettre hors la loi
Le jour tant attendu
Où il allait verser
Le sang des innocents
Pour se venger
De ce qu’il avait vécu
Orphelin de naissance
Enfance de souffrances
Adolescence
D’errance
Vie d’adulte
Sans but
Transformée
Par la possibilité
D’être ce héros
Dont parlent les journaux
185
De rejoindre au paradis
Ces vierges qui n’attendaient que lui
Pardonnez-lui
186
Timidité

Il était toujours farfelu
Ouvrait vraiment souvent la bouche
On trouvait ses propos si louches
Qu’on eut préféré qu’il se tut
Prenant toujours le contre-point
Des pensées de tout un chacun
Etait-ce pour faire le malin
On eut pu croire qu’il eut un grain
Jusqu’à ce qu’on comprit enfin
Qu’il n’avait pas sur son chemin
Rencontré l’âme féminine
Pour rendre son trouble minime
Car c’était la timidité
D’exprimer ses propres pensées
Qui l’amenait à contrarier
Mais quand il se trouva marié
Il put enfin dialoguer
Sur un même pied d’égalité
187
Toujours plus.

Plus vite, plus vite, mais il ne voulait pas accélérer.
Plus loin, plus loin, mais il ne voulait plus avancer.
Plus près, plus près, mais il ne voulait pas s’approcher.
Plus haut, plus haut, mais il ne voulait plus monter.
Plus bas, plus bas, mais il ne voulait pas descendre.
Plus fort, plus fort, mais il ne voulait plus crier.
Mais qu’est-ce qu’il voulait, alors ?
Qu’on lui foute la paix.
188
Toussaint

Qui se souvient encore des hauts faits de grand-père
Qu’enfants émerveillés le soir à la veillée
Assis auprès du feu de la grande cheminée
Nous écoutions narrer les souvenirs de guerre
Qui se souvient encore des tricots de grand-mère
Châle sur les épaules robe noire démodée
De ses doigts décharnés sachant exécuter
Une maille à l’endroit une maille à l’envers
En cette soirée d’automne une feuille frissonne
Dans les allées désertes on ne peut voir personne
Personne n’a voulu leur déposer des fleurs
Il y a si longtemps leur temps est bien fini
Côtes à côtes allongés dans leur dernière demeure
Sommeillent au fond des tombes les tombés dans l’oubli
189
Trop tard

Si vous venez en Normandie
A vous attendre me trouverez
De vous revoir serais ravie
Si vous venez en Normandie
Vous me verrez bien alanguie
Mais ferais tout ce que voudrez
Si vous venez en Normandie
A vous attendre me trouverez
Vous êtes venu en Normandie
Mais il était déjà trop tard
Pour espérer voir Félicie
Vous êtes venu en Normandie
Car elle avait perdu la vie
En se tuant par le curare
Vous êtes venu en Normandie
Mais il était déjà trop tard
190
Un matin sur le trottoir

Agrippée à son ambulatoire
La vieille au dos courbé
Vestige du passé
Avance à petits pas sur le trottoir.
Un passant trop pressé
Manque de la bousculer.
Une fillette blondinette
La dépasse en trottinette.
Une cocotte
Un rien boulotte
Reluque des sous-vêtements
Alléchants.
La ménagère fait ses emplettes,
C’est bientôt l’heure du déjeuner ;
Pas le temps de flâner,
Son homme va bientôt rentrer.
Un aveugle à la poursuite de son chien
Peine à se trouver un chemin.
Un mendiant accroupi devant la boulangerie
191
OEil torve, bouche tordue, sourit,
Guettant la chute dans son gobelet plastique
D’une obole symbolique.
Les amants du jour
Lui délivrent un bonjour.
D’autres, dans leurs bulles,
Sans le voir, déambulent.
Un couple âgé, bien sapé,
Passe à côté,
Drapé dans sa dignité.
Midi, au clocher, a sonné.
192
Un moment si charmant

Ton regard sur moi Elise
Aussitôt en moi provoque
Le désir sans équivoque
De te voir un jour conquise
De te prendre par la taille
Et marcher tout simplement
Sur les sentiers du village
En regardant ton visage
Tes cheveux mus par le vent
Les mots doux viendront plus tard
Tels des fleurs sous le soleil
Qui en s’ouvrant vers le ciel
Nous proposent leur nectar
Ton parfum si envoutant
Ton sourire épanoui
Seront souvenirs à vie
De ce moment si charmant
193
La grenouille

Ouille, ouille, ouille
J’ai la trouille
Fit la grenouille
Drôle de bouille
Ce mâle qui passe
Je coasse
Il m’enlace
Il va m’engrosser
Triste destinée
Plutôt que le sexe
J’aimerais mieux servir la science
Qu’on teste mes réflexes
Qu’on me dissèque
Bien au sec
Ou mieux encore
Qu’on me dévore
Bien aillée
C’est la meilleure façon de m’aimer
194
Une marquise

Une marquise
Exquise
Et bien mise
A Venise.
Un manant
Passant
La reluquant
Effrontément.
Belle colombe
Veux-tu que nous menions
Avant que jour ne tombe ?
Passe ton chemin
Vilain
Mon mari n’est pas loin.
195
Vaches, moutons

Dans les alpages les vaches grasses
Qui paissent en toute sérénité
Ne craignent pas que quelqu’un passe
Pour troubler leur félicité
Il est parfois bien difficile
Dans le fin fond de l’oeil bovin
Comme dans celui de l’oeil ovin
De voir percer un air subtil
Mais les vaches plaisent pour leur lait
C’est le bonheur des nourrissons
Quant à la laine des moutons
Bénie soit la chaleur qu’elle fait
Remercions vaches et moutons
Grâce à qui ces quelques vers sont
196
Uniformité

Quel est ce brouhaha quel est donc ce tumulte
Qui grossit ici-bas parmi la foule inculte
Aidé de ses gros bras voici venir l’idole
Qui monte sur l’estrade voyez son auréole
Des dernières nouveautés du monde connecté
Que dans son entreprise il vous a concocté
Il montre les prouesses il va vous mettre en liesse
Vous allez acheter alors que rien ne presse
Cette nouvelle tablette encore plus performante
Qui vous rendra du Net encore plus dépendante
Saura dans vos achats beaucoup mieux vous guider
N’aura aucun scrupule de mieux vous aliéner
Serez-vous choquées un jour de constater
Que vous êtes des milliers à porter identiques
Ce corsage, ce collier, cette robe magnifique
Que ce rouge carmin qui vous a fait rêver
Ira sur tant de lèvres la couleur déposer
Pour permettre un baiser que la publicité
Saura rendre le même dans toute la cité
197
Et que cet escarpin qui vous maintient le pied
Pour le menu fretin sera celui qui sied
Femmes d’aujourd’hui il faut vous ressaisir
Si vous voulez vraiment que pour vous on soupire
198
Velu

Ce fut par un jour de cafard
Un jour où Jules broyait du noir
Après avoir fait le fêtard
Au petit bal du sam’di soir
C’est vraiment dur d’être éconduit
La môme Julie n’avait voulu
De ses bras elle s’était enfuie
Car elle le trouvait trop velu
S’était réfugié au p’tit bar
Lui jetant des regards bien noirs
Avait sifflé force Ricards
Etait bien proche du désespoir
199
Parti chez lui en titubant
Jules avait perdu la mémoire
S’était allongé sur un banc
Le voilà dormant comme un loir
Un clochard qui passait par là
Doucement près de lui s’approche
S’arme de son grand coutelas
S’apprête à lui faire les poches
Pour une raison mal connue
Jules soudain se réveilla
Vit cette figure inconnue
Et passa de vie à trépas
C’est vraiment triste d’être velu
200
Vents

J’ai rêvé du Zéphir
Sous ses douces caresses
Rien ne presse
Il fait si bon dormir.
J’ai rêvé de l’Eissaure,
Il ne sait souffler fort.
Quand la Bise se lève
Dans ma belle Lorraine
Sans attendre la trêve
Il faut mettre sa laine.
Quant au Mistral
De vent violent
Rafraichissant
Il nous régale
Mais son rival
La Tramontane
C’est infernal
Fermez vite vos lucarnes.
201
Yeux bleus

Dans la palette des couleurs
Sans hésiter celle de tes yeux
Me fera préférer le bleu
Que je contemple en son ardeur
Son ouverture sur l’horizon
Lors que je quitte le rivage
Fera de moi un compagnon
Pour le reste de mon voyage
Et quand je serai de retour
Je souhaite voir sous le ciel bleu
Au bout du quai mon amoureux
Qui saura me combler d’amour

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Christian Satgé
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25 septembre 2018 17 h 20 min

De quoi faire plus de 200 chansons. Joli tour de force…