Le bon laboureur – Christian Satgé

 

                   Petite fable affable

Un homme du village, fort peu patelin,
Simple fermier, mais hautain autant que lointain,
Posait un lourd regard froid et un œil sévère,
Toujours, sur tout et sur tous, derrière ses verres.
Au hameau, il passait pour un vieil homme obtus
– Ça, j’ai connu des cailloux bien moins têtus ! –
Car il hantait un champ jà réputé inculte
Au temps des rois à qui d’aucuns vouaient un culte.

 

On s’interrogeait. Jamais il ne répliquait.
Même les braves qui se piquaient de piquer
Et picanier ou se plaisaient à déplaire
Évitaient ce taiseux qui savait trop y faire
Quand eux, marnaient, suaient, sans réussir jamais
L’exploit que fructifient autant terres damées
Et moins hostiles. L’homme a-t-il scellé pacte
Avec Satan ? Est-il sorcier ? Dieu, que l’on jacte…

Car, de mots avare et plus ménager encor’
De ses deniers, il s’usait l’âme et le corps
À travailler cette lande qu’aucune chèvre
N’aurait regardée, même une minute brève.
Pourtant il en naissait, à force de labeur,
Chaque année, un paradis de fruits et de fleurs
Qui faisait jaser ses pairs si prompts au médire
Et poussait le curé à quasi le maudire !

On l’inquisita sans ménagement un jour
Que l’exaspération était de retour.
Il ne comprit pas le pourquoi des reproches,
Ni qu’on suspectât là quelque anguille sous roche.
Il répondit, pour tous à mauvais escient :
« Le champ est fort grand mais mes bœufs sont patients ! »

.

© Christian Satgé – mai 2018

 

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Philippe X
Membre
28 février 2019 0 h 21 min

J’ai le sentiment que la fin de ce joli tableau soit venue et que le seul bon paysan soit un paysan mort pour nos dirigeants européens (voir ce que disait John WAYNE au sujet de indiens)

Daniel Marcellin-Gros
Membre
4 septembre 2018 14 h 51 min

Très joli poème bravo