
C’est pourtant bien confortable
Lorsqu’on est nouveau venu
Avec fauteuils, chaises et tables
On nous souhaite la bienvenue
*
Les résidents nous ignorent
Le regard éteint ou mort
Ils semblent posés au hasard
Echoués sur leur chaise roulante
*
En plein milieu du bazar
Des employées ambulantes
Plus haut dans tous les étages
Les portes entrebâillent d’ennui
*
Sur la misère du grand âge
Certains en chemise de nuit
Sont allongés dans le noir
Ressassant le temps passé
*
Qui a filé dans l’entonnoir
Des clepsydres d’une vie pressée
D’autres esquissent un pas de danse
Sur le disque d’un vieux chanteur
*
Roucoulant une romance
Avec beaucoup de lenteur
Certains errent dans les couloirs
Répétant des mots sans cesse
*
Naufragés de la mémoire
D’une très lointaine jeunesse
Ils nous semblent bien étrangers
Dans ce paisible mouroir
*
Que nous redoutons autant
Mais ils ne sont qu’un miroir
Du futur qui nous attend
Et où nous sommes engagés