Cloaque – Dominique Capo

Il n’y a nul lieu en ce monde où je suis plus chez moi que ces souterrains putrides et infâmes au cœur desquels je me réfugie à chaque fois que la lumière du jour parait. Il n’y a d’autre asile ici bas qui me convienne mieux que ces corridors aux murs constellés de fissures, aux parois recouvertes de moisissures multicolores. Et c’est à la source de ces bouges nauséabonds arpentés de long en large par ces créatures de la nuit qui nichent jusque dans mon lit qui ne peuvent partager avec moi les mille souffrances que m’ont infligé ceux de ma propre Race.

Car, né de l’Obscurité la plus noire, je ne suis que l’Enfant du désespoir. Et mes propres Frères et Sœurs qui me traquent depuis l’Aube des Ages, ont chassé de moi toute étincelle irisante. Car, après avoir arraché de mon âme toute espérance, ils en ont effacé cette gloire irradiante. Après vidé mon corps de sa substance, ils l’ont remplacé par de vils poisons acquis de mort lente. Empêchant ainsi quiconque de reconnaître en moi ; celui qui pourrait, un jour qui sait, offrir aux mal aimés ; cette Voie languissante sur laquelle chemine de manière incessante ; le murmure décourageant de fantômes abrutissants ; terrorisant continuellement Frères et Sœurs qui s’abandonnent avec acharnement ; aux colères et aux tourments des Souverains d’antan.

C’est pourquoi d’hier à demain, je le comprends, de toute Éternité, ils alimentent ; ces angoisses permanentes en m’assiégeant. Condamné à n’être qu’un fou aux allures de mendiant, je me dissimule en ces lieux pour pleurer ces temps ; où pluie et vent, où terre et feu, brillaient en chacun de ceux qui avaient foi en ces songes triomphants.

Et tant pis si toi, pendant ce temps, oublieuse de nos amours d’adolescents, tu as choisi une autre itinérance. Parce que, j’en suis conscient, nul ne te demande ; de me suivre au tréfonds de cette béance ; purulente et sanglante qui, telle une cicatrice écorchant ; le cadavre malade de ce monde étonnant ; m’emporte avec elle loin de ce que je ressens. M’obligeant à fuir constamment, parcourant à l’infini et en tous sens ; ce cloaque turgescent ; patrie dégénérée de ces Géants de jadis auxquels ont a ôté toute croyance…

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