A l’ombre de mes sentiments – Nicolas Ben Mustapha

Elle était là,
accolée au comptoir de ce vieux bistrot,
dans ce café universitaire où se mêlait
une foule dense et criarde,
ce dans une ambiance bon enfant.

Du coin de l’œil,
je l’avais remarqué,
ce regard froid et distant,
qu’incarnait ces grands yeux bleus azur,
aux contours félins.

Ses longs cheveux blonds,
s’écoulant comme l’or soyeux,
pareils à une cascade d’or,
le long de son dos,
droit et noble.

Et je cherchais timidement, naïvement,
le chassé-croisé de nos regards respectifs,
rêvant le temps d’un instant,
qui me semblait une éternité pesante,
la voire me glisser un sourire amical,
à défaut d’être affectif.

Je rêvais de voir,
dans une absolue détresse,
l’éclat flamboyant du rouge vermeil
de ses lèvres colorées,
frapper mes iris.

J’espérais voir se dessiner
sur ce joli minois angélique,
un large sourire
qui me serais destiné.
Mais il n’en fut rien.

J’avais le cœur serré,
comme dans un étau invisible.
Chacun de ses éclats de voix,
chacun de ses sourires,
me blessait profondément, intérieurement,
comme nombre de plaies déjà ouvertes,
et dont l’impossible cicatrisation
accentuait les malheurs qui finiraient
par causer ma perte.

J’étais en proie à une affreuse colère,
sachant qu’il ne m’était pas permis
de partager ses moments de joie.

À ce moment précis,
comme depuis de longs mois,
je me sentais terriblement misérable.
C’est à cet instant là
que j’ai fait le choix pitoyable
de trahir mes sentiments,
et de la haïr pour mieux pouvoir
exister à ses yeux.

Comment peut-on aimer
si passionnément et véritablement,
tout en travestissant
ce qu’il y a de plus Beau en nous ?
Car malgré tout, j’ai Aimé,
et j’Aime toujours,
aussi défendu que soit le fruit du verger.

Oui, je m’attache à cet amour interdit
que d’aucuns jugent impossible.
Et j’Aime fièrement.

Aussi ombragé soit le récit,
je la désignait elle
et nulle autre,
et je crois être certains,
à ce jour,
de préférer cette impitoyable solitude
que nourrit son indifférence,
davantage que le tourment
de me résoudre à l’oubli de sa personne.

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