Ville-Lumière – Horizon – Distance – Lumière et ombres – Alain Minod

colonnes philippe augustePARIS Place de la Nation

Au Dalou Av. du Trône

Dialogues fictifs entre deux citadins

Interpellés ensuite par

Un poète

VILLE –
LUMIÈRE – HORIZON – DISTANCE – LUMIÈRE ET OMBRES

Interlocuteur 1 :

« Je te montre l’air du Printemps à son enseigne blanche et cristalline

Avec le drapeau multicolore, chiffonné, follement agité par le vent

Tournant en tempête, tout près de tes colonnes blêmes, voraces, bandées

Sur l’avenue … »

Interlocuteur 2

« Je te réponds dans tes lampes de couleur mercure, moutonnières qui barbouillent

De crème la pierre de taille forte pour laquelle tu n’as pas d’yeux ! »

Int. 1

« Je l’embroche de mes feux fixes et de ceux mobiles qui coulent sur la rivière

Marbrée de tes rêves . Tu n’aimes pas qu’on jette de la lumière sur tes

Monumentales et blafardes imitations de temple où la ville se vit au

Passé le plus sombre . Tes ombres sont monstrueuses : elles mordent

Comme des vampires ce qui ne se tient en toute lumière . Et qui donc

Voit ce Printemps où l’on sait se vêtir contre le froid insistant et contre

La pluie et les coups de brise brutaux qui transpercent . »

Int.2

« Oui…Mais que vois-tu si ce n’est l’éclat du paraître ? Mon horizon ?

Je le connais et n’ai nul besoin de conscience moutonnière .

Le printemps vibre le jour dans les ombres des acacias et les platanes !… »

Int.1

« Oui.. Réfugie-toi dans tes nids-casemates ! Tu ne rencontres pas

Le monde qui brille de mille feux mouvants ! »

Int.2

« Et toi , tu te moques tellement de la tempête ! Du moment que tu gardes

à l’abri : le clinquant, le pimpant et le brillant !… »

Survient un poète quelque peu impertinent…Il avait suivi à distance ce dialogue..

Le poète :

« D’où vient la lumière et qu’est-elle sans ombres ? »

Les 2 protagonistes interlocuteurs répondent, d’un seul élan :

« A quoi cela peut bien nous servir de le savoir ? D’où sortez-vous ? »

Le poète insiste :

« Alors que savez-vous de l’horizon ? »

D’un même chœur encore, ceux-ci répondent :

« C’est ce qui mène la vue jusqu’aux portes de la ville !… »

Mais, tout de suite, le tenant des feux dans la ville , affirme :

« Les yeux des grands axes sont ces étoiles à leurs bouts et…

Quand ils bougent, c’est tellement beau ! »

Le second qui se moque du clinquant dans la ville rétorque :

« L’horizon est immobile, qu’il soit gris ou lumineux, si on le

Sait le jour, on le sait la nuit »

Nouvelle question du poète :

« Et la distance, est-elle immobile ou mobile ? »

Réponse unanime des deux comparses :

« On se moque de la distance . On la franchit…C’est tout ! »

Le poète se fait insistant :

« Vous pouvez voir cela, la nuit comme le jour ? »

« Pas besoin d’effort pour franchir la distance… » répondent-ils ensemble

Le poète se fait décidément penseur et il rétorque :

« La distance recule toujours . La lumière comme l’ombre ne cachent pas

Ce phénomène… Mais que pensez-vous de l’aurore et du crépuscule ? »

Les 2 veilleurs ne s’en soucient pas et ils le font savoir .

Alors notre poète leur assène une conclusion apparemment péremptoire :

« Vous n’avez aucun horizon ! Or les deux colonnes l’ouvrent, que ce soit

De jour ou de nuit ! »

Et nos deux interlocuteurs semblent se fâcher ! Chacun pour soi contre

Le fauteur de troubles ….

Le partisan de l’ombre :

« L’horizon : c’est fictif ! »

Le partisan de la lumière :

«  L’horizon est toujours barré ! »

Ce à quoi le poète répond aussitôt :

«C’est ce que je pensais ; vous êtes tous les deux enfermés dans la ville !

Vous ignorez la source de l’horizon qui est la distance mouvante à la lumière . »

Il ajoute fermement :

«  Si vous sortez de votre cadre urbain, à grande vitesse ou par vos yeux,

Vous savez bien que le lointain recule d’autant plus que vous cherchez à

Attraper sa lumière… Mais l’aurore comme le crépuscule peuvent vous

Faire toucher la distance, que celle-ci brille ou ne brille pas ! Avec l’avancée ou

Le recul de la lumière, peu importe, sa source reste immobile, c’est la terre qui tourne et…

Elle tournera toujours ! La terre de la ville est sans arrêt prise par ce mouvement qui a

Comme source , non pas votre vitesse mais la distance à la lumière .

Soyez donc pour l’avènement des aurores et vous verrez combien le royaume

Des ombres, sans-cesse, dépend de la lumière ; à moins que la terre meurt !

Soyez pour l’aurore et veillez, au crépuscule… Vous aurez le printemps

En vos cœurs en toutes saisons ! »

Désappointés nos deux comparses s’en vont répétant, comme s’ils se souvenaient :

« E = MC2 , E=MC2, E=MC2 !!!! »

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