Vie de marché vide – Jean-Marie Audrain

*

Avant je me croyais comme celui

Qui sans cesse passe et ne s’arrête pas

Devant ce fauteuil que l’église a mis

A la disposition de tout passant.

*

C’est sûr je n’ai jamais aimé le vide

L’univers en a peur nous dit Pascal

Vivre entre deux chaises serait intrépide

Et l’entre deux vies deviendrait bancal.

*

Mais ma vie devint marché vide

Les clients morts

Ou invisibles

Ou translucides

Ou disparus

Ou c’est moi qui ne les vois plus.

*

Une légende tournait autour de moi

Que m’inviter c’était en inviter quinze

Quand j’étais jeune et heureux comme un roi

Nombre plein d’impairs quand c’est pour faire guinze.

*

Les bons élèves, les voisins j’invitais

Musiques et filles servies à volonté

De toutes les couleurs on en voyait

Et tous mes meilleurs amis se servaient.

*

Mais ma vie devint marché vide

Les clients morts

Ou invisibles

Ou translucides

Ou disparus

Ou c’est moi qui ne les vois plus.

*

Je n’ai toujours voulu que le meilleur

Me méfiant des trop nombreux à peu près

Je ne visais rien que de cœur à cœur

Entre conditionnel et imparfait.

*

J’ai collectionné toutes les paroles

Tous les serments et toutes les promesses

Oser s’engager devint cas d’école

Mais de tels paris valent-ils une messe ?

*

Mais ma vie devint marché vide

Les clients morts

Ou invisibles

Ou translucides

Ou disparus

Ou c’est moi qui ne les vois plus.

*

Je me suis réfugié dans le service

Jouer de la musique pour les autres

Resserrer la misère d’un tour de vis

Mais chacun de nous est déjà apôtre.

*

On m’a dit que comme pour tout artiste

La solitude est le lot à payer

Le rideau tiré, les regards sont tristes

On découvre qu’on n’a pas existé.

*

Mais ma vie sera marché vide

Les clients morts

Ou invisibles

Ou translucides

Ou disparus

C’est moi qui ne les verrai plus.

*    

Mais ma vie sera marché vide

Les clients morts

Ou invisibles

Ou translucides

Ou disparus

C’est moi qui ne les verrai plus.

*

A écouter ici en chanson :

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (1)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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17 Commentaires
Lucienne Maville-Anku
6 juin 2026 18 h 12 min

Un artiste …en pleine réflexion…
fait un “bilan”…

Rien n’est fini.
Tout comnence en l’ici.

LMA.

Picot marylise
Invité
5 juin 2026 21 h 09 min

TRISTE TON POÈME,LE VIDE AUTOUR DE TOI ,QUAND TU DANSAIT AVEC UNE JOLIE DAME ,ET UN MARIAGE,ET D’UN COUP SEUL PLUS REIN PLUS D’ÉTALES DE MAGAZIN , CELA FAIT QUAND MÊME UN BEAU POÈME ET JOLIE CHANSON , NE SOIS PAS PRESSÉ DE PARTIR AU PARADIS DES ANGES BISOUS JEAN-MARIE. A 😍

parseghian viviane
Invité
parseghian viviane
5 juin 2026 17 h 17 min

Très beau, triste aussi mais la poésie est là !

Olivier Jacob de Cordemoy
Membre
5 juin 2026 13 h 22 min

Très reggae, avec un soupçon de “la isla bonita” de Madonna dans le solo guitare !

Jasmine Jasminea
Invité
Jasmine Jasminea
5 juin 2026 11 h 34 min

Waouh ! Trop triste mais si beau
Le comble pour certains d’une vérité déchirante.

Gérard Lepoutre
5 juin 2026 11 h 13 min

Bonjour Jean-Marie,

Tu évoques la Solitude de l’Artiste,
Une fois, le rideau descendu.

Le Vide,
Après des Instants d’euphorie.

La sensation d’être bien peu,
Lorsque toutes les Lumières s’éteignent,

Lorsqu’un régisseur lance :
Le spectacle est terminé ; Monsieur
Rentrez chez vous !

Il vous faut partir :
Moi, je ferme le théâtre,
Revenez aux heures officielles d’ouverture !

Au revoir, Monsieur,
Enfin ! Suivez-moi,
Je fais relâche !

Cordialement.
G.L.

Clo Lauvergne
Membre
5 juin 2026 9 h 24 min

Poignant, sublime écrit, merci…

Soucachet Bruno
Invité
5 juin 2026 7 h 09 min

Les artistes qui ont réussi,
même les plus doués,
c’est souvent “post mortem” !
La relation aux non artistes
n’est guère facile, en vérité,
Et entre artistes non plus !
Tout cela nous pousse,
nous les non artistes,
à la bienveillance et au respect !
Un peu de tendresse siouplaît
avant de juger inepte voire indigne
de notre civilisation prétentieuse !