Mes années Mussy – Tome VIII – Jean-Marie Audrain

Mes années Mussy – Tome VIII

Quand on allait en vacances à Mussy, chez mes grand parents maternels, le défilé des voisins, des amis et des membres de la famille commençait avant que l’on n’ait eu le temps de sortir tous nos bagages une fois la 404 garée dans la remise qui menait à la cour intérieure.

En ouvrant la remise de la maison de la Rue du sac, le temps que mon papa y rentre sa 404 avec son porte bagage recouvert d’une araignée de tendeurs, on disait bonjour au Dil et aux Damance. Le Dil était le voisin italien d’à côté. Je le confondais avec le Gualdi qui habitait deux maisons plus loin, mais qui venait d’un autre pays. Les Damance (le père et la mère Damance, comme on les appelait) étaient le couple en salopette bleue (tout le village travaillait à l’usine de Mussy, de jour ou de nuit) assis sur les marches de la porte de leur maison de la Rue du sac juste en face de celle que mon grand-père avait construite de ses mains. Dans la rue du sac, on reconnaissait tout de suite la maison de mes grands parents car c’était la seule à être aussi grande, aussi solide et à posséder aussi une remise avec la moto Peugeot de mon oncle Raymond, le papa de ma cousine Babeth dont je vous ai déjà parlé. Celle qui,selon lui, devrait toujours rouler même s’il n‘y a pas remis d’essence depuis la guerre. Je parle de la moto, pas de ma cousine.

Le temps que mes parents montent tous les bagages dans les chambres du premier étage, je goûtais les Reines-Claude du prunier qui ne quittait jamais du milieu de la cour. Du pied de ce prunier, on apercevait le soupirail de la cave à vins qui se trouvait sous la pièce qui servait de cuisine et de séjour. Juste derrière, on avait les grands vantaux métalliques protégeant l’escalier de la cave à champagne et à vins de garde. Car mon grand-père et son frère Raymond son beau frère Louis possédaient des vignes. Quand on les y accompagnait, mon papa les prenait en photo. Ils avaient de vraies têtes de bourguignons disait-il en plaisantant à peine. Vous allez bientôt lire pourquoi.

Il faut dire que Mussy sur Seine portait bien son nom car cette ville de l’Aube était vraiment traversée par la Seine, en plein centre ville, mais depuis qu’on l’a recouverte, ce sont surtout les bouteilles qui font parler de Mussy. A la frontière de la Champagne et de la Bourgogne, côté Champagne, sur les collines alentour, on y élevait des raisins qui pouvaient devenir du champagne ou du vin. Mais aussi des alcools qui donnent une face bien rouge comme de l’eau de vie ou du Marc de Bourgogne.

J’aimais bien entendre la clochette du rémouleur qui passait sur son vélo avec sa petite carriole. En s’arrêtant il criait « couteaux et ciseaux à affûter » et aussitôt la mère Damance lui en apportait toute une poignée. Il faut dire qu’elle aimait autant parler que le rémouleur qui avait une sacré casquette vissée sur ses sourcils touffus. Parfois on rendait visite au père Saliège qui, lui, savait tout réparer, des sabots de cheval aux machines à coudre. Je crois même que son portrait a fait gagner un concours à mon papa qui était un photographe déjà connu. Il signait ses photos du prénom de ma maman « Marie-Louise Audrain » (nom de ma maman) car il avait un contrat d’exclusivité avec Air France. Sauf quand ma photo figurait sur l’immense calendrier Air-France (photos de 70 cm de côté), car là il signait Maurice Audrain (nom de mon papa) tant il était fier de son fiston modèle.

A Mussy, avec Tata Popo et ma maman (sa sœur), on passait des samedis et des dimanches entiers en compagnie de familles que l’on considérait comme « de la famille », mais qui étaient en fait les maris et les enfants des copines de Tata Popo ou les anciens patrons et collègues de ma grand-mère.

Elle était nounou, dentellière, couturière et même bonne à tout faire au château des De Bantel, juste derrière la place de l’église. Didier et Geneviève Maurice, le couple de gardiens du domaine, constituaient une extension de la famille. Il y avait aussi de la vraie famille relativement éloignée, par alliance comme on disait. Mes cousins et cousines n’étaient en fait réellement ni l’un ni l’autre, mais « issus de germain » comme on dit. : ma cousine Babeth était la fille du plus jeune frère de mon grand-père et mon cousin Jean-Luc (frère d’Odile et de Bernard) était le petit fils de la sœur de mon grand-père. C’est aux enterrements que l’on se sentait vraiment tous comme une grande Famille de coeur.

Le dimanche, bien évidemment, presque tout le village se retrouvait à l’église. Je connaissais tous les chants et toutes les prières par coeur sans en comprendre un traître mot, mais comme dirait mon ami Michel, cela ajouter de la magie à la chose. En sus, cela m’amusait de devoir me lever et m’asseoir sans arrêt en même temps que tout le monde. Au début il y avait un monsieur déguisé en Suisse qui donnait de grand coup de bâton par terre comme au théâtre de guignol. Par contre je m’ennuyais en voyant le curé nous tourner le dos dans le fond de la chapelle derrière l’autel aussitôt après la quête. Il marmonnait en latin dans sa barbe comme s’il n’était pas content de ce qu’il avait reçu dans les corbeilles de la quête. « Seulement des billets pour que le bruit des pièce ne dérange pas la prière » disait-il. Mais presque tout le monde y jetait précautionneusement des pièces et mêmes d’anciennes pièces toute trouées.

Où que l’on aille, on avait une tendre pensée pour ma petite sœur Anne-Marie, ce petit ange envolé à juste quatre ans avant ma naissance, et l’on allait se recueillir sur sa tombe immaculée en pierre blanche recouverte de graviers blancs et de fleurs toutes blanches.

A Mussy, j’aimais accompagner ma grand-mère Marguerite (mémé Périnet) dans son jardin situé à l’extérieur du village, entre le cimetière et la gare. Ma grand-mère m’apprenait le nom de ses légumes et me laissait parfois en cueillir avec elle, pour peu que je ne mette pas mes mains à la bouches car certains étaient recouvert d’une pellicule blanchâtre. C’est pour cela que je n’avais pas le droit de l’y accompagner quand elle allait au jardin avec sa sulfateuse. Dommage car moi cela m’amusait de voir les bestioles qui s’enfuyaient de ses feuilles de BF 15, de Bintges ou autres Violas, tant elle avait de variétés de pommes de terres pour nourrir les doryphores qu’on préférait appeler « gendarmes. »

Bref, je garderai toujours comme souvenir de Mussy les parties de rigolades avec Babeth, Jean Luc et…les gendarmes !

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Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (330)

Né d'un père musicien et d'une mère poètesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique. D’ailleurs, il reçut de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France) un grand diplôme d’honneur en ces deux catégories.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Lors de la naissance du net, il se prit à aimer relever les défis avec le site Fulgures : il s’agissait de créer et publier au quotidien un texte sur un thème imposé, extrêmement limité en nombre de caractères. Par la suite il participa à quelques concours, souvent internationaux, et fut élu Grand Auteur par les plumes du site WorldWordWoo ! .
Il aime également tous les partenariats, composant des musiques sur des textes d’amis ou des paroles sur des musiques orphelines. Ses œuvres se déclinent sur une douzaine de blogs répartis par thème : poésie, philosophie, humour, spiritualité…sans oublier les Ebulitions de Jeanmarime (son nom de plume). Un autre pseudo donna le nom à son blog de poésies illustrées : http://jm-petit-prince.over-blog.com/
Pendant longtemps il a refusé de graver des CD et d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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Grant Marielle
Invité
12 novembre 2020 22 h 43 min

Quels moments heureux de ta vie Jean-Marie ! Quel entourage chaleureux et plein de vie! Je me suis bien amusée mariellegrant466@gmail.commaà la lecture du paragraphe sur la messe du dimanche!