L’Épouvantail… Un corbeau sur l’épaule – Célédonio Villar Garcia

 

L’exuvie de l’instant

J’entre dans ma mère récolter les semences

De cet homme, mon père, et sa femme et le vent

Et la pluie et la neige en ces hivers immenses

Qu’il me faut traverser jusqu’au premier levant.

Pour l’instant je ne suis, dans les encres futures,

Qu’une tache de vin sur un buvard épais

Qui m’absorbe avec elle à daigner la roulure

Qui me fera d’un cri, dire : oui, je suis prêt.

Je ne suis que l’instant, le premier de sa race,

Cimentant ma seconde à ce frère siamois

Dont je vole un soulier pour retrouver la trace

Semblable aux deux moitiés ne ressemblant qu’à moi.

Je ne suis avant tout qu’une mine de houilles,

Ni mineur, ni majeur, un bâtard de lutin

Et je fonce droit vers une paire de couilles

Où je tourne de l’œil dans le lit des putains.

Je ne suis après tout qu’un pilotis de glace

Dans la fonte accrochée aux rivières de feu.

Dans la couche je suis comme une chaude place.

Près d’elle, auprès de lui, ruisselants des aveux

Dans la chambre nuptiale, à des dieux se confessent.

Le repenti sincère au mouchoir du remords

Je suis, sans vergogne, entre une paire de fesses,

Pas encore vivant mais plus tout à fait mort.

Je suis un peu d’amour, juste un peu, je l’espère !

Ou de haine, nourri… Que m’importe après coup !

De ma mère j’aurai l’exuvie de mon père.

Sans la mue de l’instant je ne suis rien du tout.

Un bruit dans la poitrine… Est-ce toi qui me hantes ?

Toi le tambour battant comme une infirmité ?

Et je rampe dans un ventre aux aurores lentes…

Des nerfs me poussent hors de mon éternité.

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Colette Guinard
Membre
12 mars 2021 12 h 08 min

Devenir soi et oublier par qui nous sommes nés parfois.
l’avenir s’ouvre à celui qui pardonne et oublie , vers cette éternité rechercher comme un soleil! c’est difficile mais on y arrive! bonne journée ! Colette