Le poème traverse l’instant – Alain Minod

WaterfallLE POÈME TRAVERSE L’INSTANT (N0 2)

Sous la rigueur de l’instant

Ne meurt pas le souvenir

Toujours rejaillissant

Dans la fontaine

Des mots

Et – ne pas avoir à répéter

En est le signe

Occulte

Un temps dans le vide

Comme dans la fournaise …

Et se lance une voix

Comme une soudaine respiration

De l’impossible réel …

Battue en corps

Elle lui soutire le possible

En le chevillant à la vitesse d’une fulguration

Que l’on veut capter

Comme éclair

Illuminant un quartier plongé

Dans l’obscur

C’est incessamment

Que l’amour monte à sa renverse

En ordonnant le délié

D’un sens

Aux sons prolixes de la pensée

Faite langue

Et le souvenir se plie au proche

Il le féconde à partir

Du lointain

Puis … :

Ce que l’on a toujours vu :

Il se raye et s’enraye

Sous la plume

Vorace de

Nouveautés

La musique alors s’empare du hasard

Dirait-on qu’elle lui tord le cou ?

Non ! Elle chemine comme

La pensée dans

Les mains d’un poème …

Et c’est assez prendre l’imprévu

Assez mordu au réel

Qui dit : « Non !  Je ne l’ai pas vécu

Cet instant où le « Je pense »

S’enflamme sous

Le court-circuit

De l’instant »

Qui le dit peut voir – écouter –

Dans la fontaine des mots

Danser les feux follets

Du Verbe …

D’où l’on tire un flux qui déroule

La soif d’un sens orienté

Vers un horizon

Affranchi

Des lignes épaisses

Où insisterait la courbe non-délimitée

Du déjà vu – du paraître plein

D’habitudes insignifiantes

Car c’est à chaque fois que se lance un poème

Que se relance l’horizon à chaque fois

Nouveau

Foin de l’idée qui s’use dans l’instant

Foin de l’oubli qui meurt

A l’instant

On aura toujours pensé le lointain

Au fil déroulé de l’infini réel

D’une mathématique bleue

Pour toucher

L’autre bout de la courbe

Celui de l’asymptote

Où tout toujours

Évolue

On s’en va si loin dans l’écriture

Quand la voix s’arme

Du phrasé d’un sens…

Jamais plus on ne tranchera

Au creux de la chair

De l’âme

On lui dit : « Viens !

Modèle mon désir

Module-le

En chant »

Alors l’horizon s’éclaircit

On touche à l’aurore

Et on la remue dans sa main …

Chaleureuse intensité

De qui vient

Et s’abstrait

De la morne répétition…

Des voix multiples qui se donnent

Rendez-vous en concert

On tire le silence

Du quant-à-soi

Et puise

Plus allègrement à la fontaine des mots

Vous voulez vous saisir de la clef

De cet impossible devenu

Possible réel ?

Armez-vous plutôt

De la présence

Au monde !

Sortez de la survie où vous convie

Tout destin de Pouvoir !

Réinventez le monde

A partir de ce monde

Et démultipliez les figures dansantes

Du désir demeuré désir !

Cela aura été ce manque à être

Qui vous aura donné

L’être-même de

La Lettre

Et vous aurez vous aussi

Dansé avec les ailes

De l’éternité

Faite chair et corps de l’instant

La beauté alors en mille fleurs

Viendra s’épanouir sur

Votre chemin

Même s’il est entravé

Par votre misère

Même s’il semble borné

Par votre solitude

Voilà donc que l’on peut boire à la source du temps

Et sortir en même temps de toute promesse

Passée – présente ou à venir

Comme si l’on pouvait

Arracher l’horizon

D’un poème

A la porte

Des songes

Comme s’il avait toujours été question

De l’ouvrir en s’exposant

Aux courants d’air

Avec cette fenêtre du cœur

Elle aussi ouverte

Oui ! Sait-on bien cibler l’errance

Sur les vagues insistantes

De la parole faite

Voix ?

C’est peut-être en se séparant

Du règne de l’habitude

Même si elle insiste

A convoquer

La libre évolution de la pensée

Même si elle semble

Porter sa sécurité

Son aisance !

Tout le temps cependant

Y meurt à l’instant

Vague après vague les mots courent

Et peuvent vous blesser

Avec l’intensité

De leurs galops

Blesser la chair de l’âme

Et vous faire rentrer

Dans l’oubli

De l’oubli …

Lentement pourtant : vous passez ce risque

En réamorçant la musique

Du partage

Car on n’écrit pas sans elle

On pense aussi loin

Que l’on donne

Sa voix

A tout anonyme qui la prendra au vol

Et la recréera pour son concert

Personnel

Ainsi sans perdre le mouvement qui l’anime

On donne à sentir ce pas

Dans la fulgurance

D’un éclair

Initial

0 0 votes
NOTER LE TEXTE

Nombre de Vues:

9 vues
S'abonner
Me notifier pour :
guest
4 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
Brahim Boumedien
Membre
13 mars 2016 14 h 47 min

Merci, Alain, pour ce généreux partage !

Plume de Poète
Administrateur
13 mars 2016 7 h 37 min

Merci pour ce beau partage poétique Alain.
J’ai fait la correction mais sachez que vous pouvez corriger vos textes en passant par le menu “Publications” sous la bannière et en cliquant sur “Tableau de Bord” où vous retrouverez toutes vos publications avec un lien à droite du tire qui permet d’ouvrir l’édition du texte et de corriger si besoin.
Mes amitiés,
Alain