Le Peilharôt – Marie Combernoux

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LE PEILLHAROT

Il y a fort longtemps, vers l’âge de cinq ans, j’ai connu le dernier « peillharôt », le chiffonnier. C’était un homme qui récoltait les « peilles ». Il prenait aussi les peaux de lapins que ma grand-mère gardait pour lui , et qu’il lui achetait en lui donnant quelques sous. Oh , pas des billets, non, quelques sous sonnants et trébuchants.

Il avait un cheval qui tirait une carriole où il mettait toutes ces peilles. Une fois par semaine, on l’entendait arriver de loin, car le cheval avait des clochettes et le bruit attirait les gens. Le peillharôt criait devant chaque maison : « Peillharôt ! Peillharôt ! « 

Alors ma grand-mère se précipitait pour lui ramener les fameuses peaux de lapins, qui avaient été passés à la casserole , et partagés au cours du repas familial.

C’était en quelque sorte la première forme de reçyclage des déchets. Ces peaux devaient être transformés en quelque vêtement et les chiffons recyclés en fibres ou en fils, et ainsi réutilisés.

Quand aux autres déchets, emballages, boîtes, ou plastiques, nous n’en avions pas beaucoup, car les marchandises était emballées la plupart du temps dans du papier, ce qui ne nécessitait pas trop de recyclage. Toutes ou presque, les bouteilles étaient en verre consigné et donc, pas de plastique non dégradable. Et quand on ouvrait une boîte de conserve, ce qui était rare, car nous faisions venir nos légumes et volailles nous-mêmes, la boîte servait pour mettre quelques bricoles : des clous, des vis ou autres objets, qui atterrissaient dans le petit atelier où mon grand-père « bricolait ».

Mais à cette époque, il se pratiquait encore le ramassage des peilles. Le seul et dernier peillharôt que j’ai connu était assez effrayant, il portait un chapeau genre cow-boy et il avait un fouet pour faire avancer le cheval. Je crois qu’il cultivait ce personnage de « père fouettard » et la plupart des enfants en avait peur.

Quand je n’étais pas sage , on me disait parfois : « on va te donner au peillharôt » je n’étais pas trop rassurée quand il passait , je le regardais parce que c’était curieux à voir, mais je me tenais à distance.

Et puis, un jour , Belloc (c’était son nom) son cheval et sa carriole ne sont plus passés. Le modernisme l’avait remplacé par des camions « poubelles ».

Encore une image d’Epinal qui s’en était allée avec le temps. Le métier de peillharôt avait disparu !

 

©Marie Combernoux

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Marie Combernoux

Marie Combernoux (46)

je ne suis plus une jeunette, je suis née le 3 Avril 195....et quelque, j'ai été élevé jusqu'à mes 12 ans à Caussade (82) par mes grands parents , qui étaient agriculteurs et négociants en fourrage, j'ai été élevé entouré de nature, d'animaux de basse-cour, d'un jardin, et j'ai aussi appris l'occitan car entre eux mes grands parents le parlaient. Après 12 ans de bonheur , je suis allée vivre àToulouse, avec ma mère et son mari. A partir de là, ce fut une autre histoire.... je viens d'écrire un libre de nouvelles, réelles et fictives, et de poésies, j'attend sa sortie. Voilà un peu de moi, mais vous ne savez qu'une partie de ma vie riche et cahotique à la fois Bien cordialement.

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