Le freux et les corneilles – Christian Satgé

Petite fable affable

Un de ces corbeaux bien plantureux
De l’espèce que l’on nomme « freux »
Et de la sorte qui soliloque,
Jouait les grincheux et les affreux.
Voilà qu’on l’invite à un colloque,
Un débat oiseux et soporeux,
Chez dames corneilles ses voisines,
Pas du genre à lui crier famine
Pas plus qu’à soigner leur cuisine.

Ce corbac-là est un bilieux :
Le marécage fort périlleux
De la jeunesse était bien derrière
Lui ; et le désert si ennuyeux,
Car dévasté, de ce blanc suaire
Qu’est la vieillesse devant, au mieux.
Ces oiselles lassaient ses oreilles ;
Notre ami bayait aux corneilles
Malgré une voix sans pareille.

Le choucas n’est point patient. Ô,
Ce serait là son moindre défaut !
À l’heure où le jour dort comme enclume,
Où près de la grand’ mare aux roseaux
La grue taille au héron une plume
Qui, vu son âge, n’en a pas trop,
On discute jusqu’à la faillite :
Le corbeau parle et bée puis s’irrite
Qu’on n’entende point ses mérites.

Nulle ne l’écoute. Ouïes rabattues,
De guerre lasse, il dit, impromptu :
« Bye-bye, une fois n’est pas coutume
Je pars le premier, courbatu,
Plutôt que tout casser car j’écume
Quand les discussions sont têtues,
L’esprit fétu : je suis colère
Qu’ainsi m’ignorent vos lanlères,
Remueuses de maxillaires.

Car je pardonne à ceux qui m’ennuient
Plus volontiers qu’à ceux que j’ennuie ! »

© Christian Satgé – juillet 2015

 

0 0 votes
NOTER LE TEXTE

Nombre de Vues:

15 vues
Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

S'abonner
Me notifier pour :
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires