Le berger – Kamel usbek

j’ai tout le temps rêvé d’être un grand poète,

Tel un berger poussant mes mots vers les alpages,

Au sommet d’une montagne ou d’une belle crête,

Où l’herbe est bien grasse, vaste pâturage.

 

Je me repose à l’ombre d’une arête,

De ma voûte ornée de fines images,

Laissant l’imagination faire conquêtes,

Sur ces vastes terres de lettres et mirages;

Chevauchant ma mule “Plume” dodue, imparfaite,

Évitant les mages et leurs mauvais présages,

Empruntant les routes les plus secrètes,

Lieux où poussent les herbes, les plus sauvages.

 

Béliers et brebis parés de leur clochette,

Gais, galopant sur ces sentiers et ma page.

Les plus jeunes font même des galipettes,

Se déplacent sous leur toison tels des nuages.

Je sors mon festin, de ma modeste musette,

Le canif de mes aïeux et mon fromage,

Que j’accompagne de ma tendre galette,

Sur ma table faite de roc et dallage.

 

Au bord d’un ru psalmodiant sa chansonnette,

Déferlant les pentes, serpentant avec rage.

Les pierres, fiers maquis et d’autres tigettes,

Emportant tout ce qui n’a point d’ancrage.

J’étanche ma soif de son eau pure qui se jette,

Au fond de mon outre condamnant les orages.

Admirant ces petits agneaux accroupis qui tètent,

Les mamelles généreuses, à fleur de l’âge.

 

Heureux, tout là haut seul, au milieu de mes bêtes,

Sous l’œil de mon maître, le grand savant et sage.

Quand le soleil se couche derrière ma tête; 

Je rassemble mes mots, autour de mon couchage

J’allume un feu, bien au centre de mes bêtes;

Du bois mort, naissent les flammes d’un éclairage,

Qui me tient compagnie jusqu’à son dernier acte,

De la noirceur de ses cendres, j’imprime ma page.

 

Que c’est beau d’être un berger, sans aucun doute!

Avançant sur les rudes chemins avec courage. 

Éclaireur, bien averti sur les pentes abruptes,

Suivi de mon chien Hercule au fier pelage.

Le nez rampant, la queue en l’air comme d’usage;

En quête d’odeur coquette ou d’amusette,

L’excitant à l’insu de son maître et son âge,

Émerveillé devant son cheptel qui broute,

Le long de mes vers, aux rimes des alpages.

Admirez comme mes bêtes courent et sautent,

Joyeuses d’avoir pour maître, un berger un poète. 

 

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Christian Satgé
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25 janvier 2019 21 h 15 min

Une belle réussite encore. Bravo et merci pour ce partage…