Asile poétique – Christian Satgé

Puisque mon pays devient hermétique,
Insensible aux douleurs et au malheur
J’offre, humblement, l’asile poétique
À ceux qu’il feint d’ignorer et aux leurs :
Ceux qui fuient dictatures ou guerre,
La misère, l’extrémisme ou la faim,
Ceux qui affrontent un climat,
La peur ou les épidémies sans fin.
Fils du Sahel ou de l’Orient en flammes,
Bambins et femmes rêvant de vivre en grand,
Devenus contre leur gré des émigrants
Pour vivre mieux, libres de corps comme d’âme :
« Sans papiers », « clandestins », « illégaux », « migrants »,…

Puisque mon pays devient pathétique
Et oublie ce qui faisait ses valeurs
J’offre, humblement, l’asile poétique
À ceux qu’il rejette ou traque et aux leurs :
Aux sauteurs de Ceuta qui s’entorsent
Et aux indésirables de Calais,
Aux roms que l’on déménage de force,
Aux rameurs de Gibraltar refoulés
Ou à ceux des Canaries, anonymes,
Enfants morts dans les plus tendres des bras
Comme aux repêchés de Lampedusa
Et aux naufragés des Pouilles, victimes
D’un monde abandonné aux piranhas.

Puisque mon pays devient hiératique,
Figé dans un égoïsme à trois couleurs,
J’offre, humblement, l’asile poétique
À ceux qu’il méprise sans honte et aux leurs :
Chrétiens de là que d’aucuns persécutent,
Musulmans d’ailleurs qu’on juge en excédent,
Êtres que pour quelques mots on exécute,…
Erythréens, Somalis, fils du Soudan,
Syriens, Maghrébins, Maliens, Tchétchènes,
Karens, Chinois, Kurdes, Éthiopiens,…
Fils d’exode sans fin, nombreux au combien,
Ces peuples contre qui des fous se déchaînent :
Nigerians, Ukrainiens, Lybiens,…

© Christian Satgé – juin 2015

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Invité
19 décembre 2018 12 h 54 min

Merci Christian, je partage vos idées, et je partage aussi mes textes sur facebook avec des poètes du Moyen Orient, Tunisie etc, et je découvre que le merveilleux de la poésie est un échappatoire à bien des souffrances, mais en publiant une photo d’un ami israélien, en publiant Tibèriade, je m’aperçois que l’antisémitisme n’est pas mort et que certains de nos frères musulmans ont encore bien à apprendre sur la Shoah et sur le judaïsme, l’affaire d’Ilan Halimi est une exemple de cette cruauté barbare . Bisous

Anne Cailloux
Membre
18 décembre 2018 19 h 10 min

On a de commun avec tout ceux que vous avez cités,
Ont est sur la même planète et nous reposerons sous la même terre
une main devant et une main derrière.
L’égoïsme domine le monde à tout niveau.
Moi, ras le bol de lutter à contre courant et d’avoir l’impression d’être seule.
Magnifique ce texte oui, on appellera cela le paradis
Anne

Simone Gibert
Membre
18 décembre 2018 12 h 39 min

Bonjour Christian, votre texte est magnifique et plein d’humanité ! Bravo !