Y-a-t-il besoin de tant de technique – Arnaud Mattei

 

Le poète au matin, se désespère,               

Noirceur à la clarté des lumières,                

Plus de notes, de croches, un blanc            

Sur la toile livide de ses tourments.             

Il tangue tel un bateau à la dérive,               

La houle livide d’émotions, le prive !            

                       

Hélas il ne sait écrire en alexandrin,            

Pour dire les bonheurs, les chagrins,          

Utiliser la synérèse et autres césures,                    

Pour chanter les amours, les fêlures ,          

Jouer de l’anaphore et de l’épiphore,                       

Pour admirer le jour sourire à l’aurore.                    

                       

Le poète, au soir pensif est si triste,            

La page à l’immaculé flétrie lui résiste.        

Plus aucun refrain, plus un seul son.                       

Sur le chevalet de ses inspirations,             

Il a délaissé ses pinceaux de plume,

Raidis par l’encre séchée de l’écume.                     

                       

Où êtes-vous sextines, lais et balades ?                 

Envolés, évaporés, partis en escapade !                 

A écrire des vers sans sens, il s’escrime,               

Ses acrostiches se vident de ses rimes.                 

Pauvres, riches, imparfaites ou brisées,                  

Elles se désolent de son âme désespérée. 

                       

Un jour pourtant, il saura le rondeau ,          

Dire en dizain, la complainte du beau,                     

Voguer d’octosyllabes en phonèmes ,          

Simplement pour dessiner un poème,                     

Il gravira les sommets des montagnes,                   

Touchera-t-il enfin son pays de cocagne ?  

                       

Il ira d’assonances en allitérations,              

Trouver le calligramme des passions.                     

Y-a-t-il besoin de tant de techniques ?         

De strophes carrées ou isométriques,                     

Un distique, un quatrain pour des mots,                  

Dans les ultimes chimériques du beau !                               .                      

                       

Arnaud Mattei, le 30 Septembre 2021

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Les poèmes sont cent, ils sont mille, ils sont uniques. Ils sont de toutes les cultures, de toutes les civilisations. Ils sont odes, ils sont sonnets, ils sont ballades. Ils sont vers, ils sont rimes, ils sont proses. Ils sont le moi, ils sont l’émoi. Ils chantent l’amour, ils disent nos peines, ils décrivent nos joies. Ils ont la force de nos certitudes, ils accompagnent nos doutes. Ils sont ceux de l’enfance, ils traversent le temps, car ils sont le temps. Ils ont la pudeur de la plume, la force d’un battement d’ailes. Ils sont ceux qui restent, ils prennent la couleur de l’encre sur le papier, sombres clairs, multicolores.
Alors ces quelques mots pour la souffrance de les écrire, pour le bonheur de les dire, pour la joie de les partager.
Des quelques poésies de mon adolescence retrouvées dans un cahier aux pages jaunies, d’un diplôme jadis gagné à un concours à mes presque soixante ans, il se sera passé un long moment de silence, une absence que le vide du temps ne saurait combler. Je crois avoir fait de ma vie, une vie simple et belle avec ceux que j’aime. Pendant ces quelques décennies, les mots sont restés au plus profond de moi.
Aurai-je la force de les dire, saurai-je être persévérant pour les écrire ? Et vous, les écouterez-vous ? Peut-être aujourd’hui, peut-être demain, peut-être maintenant, qui sait….

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19 Commentaires
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Philippe DUTAILLY
Membre
21 novembre 2022 9 h 13 min

Chapeau bas! Grand moment de lecture. Bravo

Lucienne Maville-Anku
Membre
20 novembre 2022 19 h 17 min

Magnifique. Et recherché. Bravo Arnaud. Je les partage, ces sentiments et émotions. 🌈

Et alors la réponse à la question du titre qui se veut rhétorique…

🪶La poésie ne se suffit-elle à elle-même ?
Elle fait sauter nos barrages.
Libre se veut-elle.
Libre de nos cages
Elle qui nous définit
🪶ELLE. La poésie de l’être.

Merci Arnaud. 🌈

Fabrice Ruffin
Membre
20 novembre 2022 16 h 18 min

Bonjour, il faut croire que même si vous êtes un formidable technicien des mots, vous vous en battez les ailes de la technique. J’ en voudrais pour preuve cette absence de point d’ interrogations au titre de votre oeuvre qui n’ est selon pour moi pas un oubli involontaire. Bien à vous et merci. Fabrice

Martyne Dubau
Membre
8 octobre 2021 10 h 56 min

bonjour Arnaud
un poème qui joue avec la métrique et les formes poétiques avec une joie cachée sous une fausse tristesse .
Pour un l’alexandrin je peux vous conseiller, sourire

Sa place est réservée au tendre de mon cœur,
En chacun de mes vers prône ton harmonie,
Orchestre magistral, ses syllabes en chœur,
Marquent tous mes écrits d’un tempo symphonie !

Colette Guinard
Membre
1 octobre 2021 9 h 59 min

Une envolée lyrique magnifique où les émotions nous transportent merci du partage Arnaud vous êtes un héros de la poésie!

Alain Salvador
Membre
1 octobre 2021 8 h 42 min

Très beau poème Arnaud
. Une poétesse dont j’ai fait la connaissance, une personne qui a reçu des prix , m’a dit ceci… Oui il y a la technique, oui il y a des règles, mais pour la beauté d’un poème, on peut s’en éloigner un peu… Seul le résultat compte…

Nabil Khennous
Membre
1 octobre 2021 7 h 26 min

Très belle et expressive déclaration, j’ai souri de joie sans réserve en la lisant. Merci Arnaud!

Lucienne Maville-Anku
Membre
30 septembre 2021 23 h 32 min

“Y-a-t-il besoin de tant de technique”
Que répondre à cette interpellation ?
De cet esprit créatif dans l’originalité et de de ce sens d’originalité dans la créativité qui font font partie de vous est né ce magnifique texte littéraire poétique si riche qui franchement me plaît et m’instruit.
🪶 Merci, Arnaud, pour ce don généreux. Lucienne 🌈