Ventre-à-Terre & Raplapla – Christian Satgé

Petite fable affable
Peut-on, toujours et pour tout, rire à pleine gorge ?
 
S’il est plus d’un âne qui s’appelle Martin
Celui-ci, allez savoir pourquoi, c’était Georges.
Goinfre à toute heure, même entre soir et matin,
Dans l’enclos on l’avait surnommé “Ventre-à-terre”,
Sa célérité n’étayant ce commentaire.
 
Il avait pour seul comparse un très vieux rat,
Malingre et, las, souple comme un verre de lampe,
S’aplatissant devant tous et chacun, à ras
De terre : on l’appelait “Raplapla”. Ça vous campe
Le duo de notre bluette, croyant au Bien, 
Ignorant le Mal, prenant le jour comme il vient.
 
Alors qu’il lutinait, en sauterie, des salades
Sous l’œil avide de son ami qui faisait
Maigre en le regardant se rendre prou malade
À par trop bâfrer, Ventre-à-terre disait :
 
« Tu as la couenne triste, chétive créature !
 
– C’est que cela fait deux jours que je n’ai mangé…
 
– Faut se forcer sinon offenser la Nature
De la sorte peut te mettre en mortel danger ! »
Fit l’autre en lichant un bref instant à l’auge.
Il reprit sa repue avec des bruits de bauge.
 
«  Je n’ai nulle envie de couiquer, mon ami…
Et si nous partagions un peu ton repas. En frères. »
Ajouta le rongeur les yeux fermés à demi.
L’âne qui pour bouffer et s’empiffrer n’erre guère,
Lui qui va, pour toute autre chose, à un train
Si lent que celui d’un sénateur passe pour de l’entrain,
Le toise un instant : « Faire maigrir les gros, Bête,
N’a jamais fait grossir, ma foi, les gringalets :
J’ai aussi faim que toi mais moi, ayant bonne tête,
Je m’emplis bedon et panse. Alors imite moi
Ou tu auras péri avant la fin du mois !
 
– Mais tu as trop !
 
– Qu’en sais-tu donc en ta béate 
Bohème ? Si ta cervelle te le dit,
Ma bedaine prétend le contraire et même à hâte
Que s’arrêtent ici ces discours. La palinodie
N’est pas dans mes habitudes. 
 
                            – C’est fort Dommage ! 
Veux-tu un conseil, Aliboron ?
 
– Ah, pour sûr !
 
– À engraisser ainsi, tu n’auras jamais mon âge !
 
– Tant mieux : si c’est pour mourir de faim. Trop dur ! »
Il retourna à sa pitance étant de ces gens
Qui ne demandent d’avis, et ne les suivent,
Que s’ils les confortent en tous points, intransigeants,
Dans leur idée première, engeance poussive.
 © Christian SATGÉ – avril 2021
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Christian Satgé

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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