Juillet a séché en brûlant de son souffle,
Tout ce que la dent peut et trancher et mâcher,
Mais dans l’air étouffant où nos pas s’essoufflent,
Dance trouve toujours plaisir à pâturer.
L’après midi passé, les ombres s’allongent,
C’est le moment enfin pour aller marauder.
Une main légère au bout de la longe,
Vers le fond du vallon nous descendons roder.
Le chemin de terre s’étend, soudain vire,
Laissant le coteau s’ébrouer à main gauche.
Le grand bâtiment du manège s’étire,
Où la colline meurt. Un bois s’y s’accroche.
Vieux chênes pubescents aux branches décharnées,
Noircies et se tordant, comme pour mieux griffer,
Un ciel tranquille et clair où leur lutte acharnée,
Nous dis : « Du temps qui passe voyez les effets ! »
Ici, le terrain se clôt d’un mur régulier,
De ronces imbriquées, de cistes et de lauriers.
Un chien qu’on ne voit pas, chaque fois qu’il nous voit,
Fait tonner sa colère et fait gronder sa voix.
Cris qui sonnent, cris qui résonnent, sans répit,
Qui nous sermonnent, qui nous chassent, maudits cris !
Dance s’en étonne et parfois réagit,
Redresse l’encolure, son œil s’arrondit.
Elle lève les antérieurs, bat le terrain,
« Doucement ! Doucement ! » Restons calmes, sereins,
Ou tendant sa longe trotte autour de moi,
Sans jamais de fureur, en écoutant ma voix.
Il nous faut progresser sous le concert canin,
La dent bien affairée, cherchant dans ce lopin,
La pousse oubliée que l’on saisit enfin,
Que l’on mâche, remâche sans réelle faim.
Je ne saurai vraiment pas vous dire pourquoi,
Un manque d’attention ? Soudain du bout des doigts,
La longe se libère et sur le sol s’abat,
Dance surprise, déstabilisée, s’ébat.
Relevant ses reins, baissant son encolure,
Les pas de Dance font swinguer son allure,
La longe la poursuit battant la mesure,
J’ai pour la retenir les mots qui rassurent :
« Doucement ! Doucement » et elle s’arrête,
Se retourne vers moi, quelques pas hésitant,
Semble bien réfléchir en me considérant,
Plonge ses naseaux dans une flaque verte !
« Broute ! Broute ! Les liserons sous tes dents.
Vertes vaguelettes où flottent tes sabots.
Broute ! Broute ! Bien sagement en attendant,
Qu’enfin je repose la main sur ton garrot ! »