Question remise – Jean-Marie Audrain

S’il existe une question qui rebondit immédiatement en son écho est bien celle de la remise en question. En effet, si vous suggérez à quelqu’un de se remettre en question, sa réaction immédiate sera : Me remettre en question ?

Et la boucle semble définitivement bouclée. L’ego aura fait écho.

De fait, ce sont les autres qui nous invitent à aller dans cette direction, celle de la remise en question, de l’introspection. Souvent parce que nous montrons des signes de tension, de malaise, d’émotions intérieures « négatives ». Notre entourage sait bien alors nous le faire remarquer

La remise en question, c’est admettre qu’à un moment au moins, nous nous sommes trompés, égarés. Que nous avons fait une « erreur », que nous aurions pu faire « mieux ». Que nous avons manqué notre cible.

Parallèlement, en entendant cette invitation, c’est tout au fond de nous que nous sentons que quelque chose ne va pas. Une forme de malaise en sourdine, en toile de fond, que nous pouvons éprouver pendant des années. Cette impression de passer à côté de notre vie…

Nul n’est mon intention de vous livrer ici un tutorial sur  ce sujet ; je veux juste essayer de cerner avec vous pourquoi cette relecture est si difficile pour chacune et chacun de nous. Appuyons-nous sur un exemple

Si quelqu’un me fait remarquer que je me crois généreux en donnant de mon superflu aux pauvres de mon quartier, et ajouter que la générosité c’est donner de mon nécessaire, il m’invite à me remettre en question. Dans un premier temps on rejette la question en se disant « Mais de quoi se mêle t-il ? ». Puis nous vient le sentiment d’être jugé alors que notre intention nous semblait pure, voire parfaite. D’ailleurs c’est toujours ainsi que nous avons fait, en toute bonne conscience. Se remettre en question ne serait pas seulement renoncer à renvoyer l’invitation à l’introspection comme un boomerang, mais à reconnaître que nous nous sommes abusés nous-même durant des années. Cela équivaudrait à renier les valeurs et les habitudes de penser et de faire de notre passé. Avec ce fil sur lequel autrui commence à tirer, c’est tout le pull over qui se détricote et nous nous retrouvons tout nu.

De ce refus de mise à nu, de mise à plat, de mise à vrai provient de cette question est trop souvent remise au placard, remisée à la cave avec d’autre encombrants.

 

Mis à nu avez-vous lu ? Par bonheur, nous ne sommes pas en hiver, mais en automne, et c’est la bonne saison pour élaguer aussi en nous et de brûler nos feuilles mortes. Cependant, bien souvent, nous préférons faire appel à des élagueurs professionnels car nous nous attachons à ces branches surdimensionnées, à l’image de notre ego allergique à l’introspection. Finalement, se remettre en question, ne serait-ce pas, comme le conclut le Candide de Voltaire, se lancer dans l’entretien de son jardin intérieur ?

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (792)

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poètesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique. D’ailleurs, il reçut de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France) un grand diplôme d’honneur en ces deux catégories.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Lors de la naissance du net, il se prit à aimer relever les défis avec le site Fulgures : il s’agissait de créer et publier au quotidien un texte sur un thème imposé, extrêmement limité en nombre de caractères. Par la suite il participa à quelques concours, souvent internationaux, et fut élu Grand Auteur par les plumes du site WorldWordWoo ! .
Il aime également tous les partenariats, composant des musiques sur des textes d’amis ou des paroles sur des musiques orphelines. Ses œuvres se déclinent sur une douzaine de blogs répartis par thème : poésie, philosophie, humour, spiritualité…sans oublier les Ebulitions de Jeanmarime (son nom de plume). Un autre pseudo donna le nom à son blog de poésies illustrées : https://jm-petit-prince.over-blog.com/
Pendant longtemps il a refusé de graver des CD et d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial. Malgré tout il vient d'autoéditer le florilège de toute en vie et dans tous les syles : https://www.amazon.fr/Petit-Prince-Mots-dit/dp/B0BFVZGNYM et d'écrire des chansons pour 3 CD d'Ophélie Morival (puis pour d'autres voix amies) : https://www.youtube.com/watch?v=Q0bvWkljrlw.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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Martyne Dubau
9 novembre 2021 15 h 06 min

se remettre en question , pourquoi attendre toujours cela des autres et pas de soi .?
c’est pourtant une bonne chose si chacun le fait de son côté §

Colette Guinard
9 novembre 2021 11 h 07 min

Oui Jean -Marie très difficile de se remettre en question,reconnaître nos torts de l’orgueil et une fierté mal placés dont on devrait demander pardon!merci pour ce partage salutaire ! Bon mardi à vous! Colette

Invité
9 novembre 2021 10 h 55 min

Se remettre en question est parfois difficile, vous avez raison, cela ne s’applique qu’aux redresseurs de tort qui nous jugent, quand il s’agit de leur égo.