Les baleines quand la coupe est pleine – Christian Satgé

Petite fable affable
Dames baleines qui ne se marraient pas,
Toujours en quête d’un coin à bon repas,
Reines, chacune, en leur part d’océan causent
En leur patois de leur rôle et fonction,
Se lamentant comme veaux marins because,
Au risque d’une vraie relégation,
Il faut toujours rappeler qui est le maître
À tous ces poissons qui s’obstinent à naître
Sans mémoire ni cervelle. « Se frotter
À ce fretin, hélas, fait l’une, me lasse,
Me harasse bien plus qu’emmailloter
Ma marmaille agitée. Ah la populace !
Avec les mammifères et crustacés,
L’amie, on en a tout aussi vite assez !
Dit l’autre. Alors il faut cogner dans la masse
Après avoir, de but en blanc, convoqué
Le banc et l’arrière-banc qui grimace
De ces condamnés à la nasse et aux quais
Où traînent ces longs filets qui les piègent !
– C’est bien fait pour ces maillotiniers
Pour qui je dois toujours en faire tonnes :
Grouillante engeance née de parents niais,
Elle me contraint, même si ça l’étonne,
 Moi, à jaillir hors de l’eau pour écraser
Sa révolte de tout mon poids, araser
Les têtes qui dépassent, et enfin calmer 
Les queues qui, ici ou là, par trop frétillent.
C’est épuisant !… Car même les palmés
S’excitent. Et moi qui suis si gentille !
– Pourquoi frapper tout ton monde et au hasard,
C’est inutile et digne d’un balbuzard !
Fais comme moi et châtie comme tu aimes :
Pour limiter le nombre de mécontents
Tape donc encore, et toujours, sur les mêmes…
Tu seras tranquille bien plus longtemps ! »
© Christian Satgé – février 2020
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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Simone Gibert
Membre
8 mars 2020 11 h 08 min

Merci Christian d’avoir eu l’idée de faire s’exprimer ces cétacés et d’en arriver à cette morale que nous connaissons si bien !

Brahim Boumedien
Membre
7 mars 2020 17 h 37 min

Merci, Christian, pour le partage de cette fable sur les baleines qui appliquent si bien le “qui aime bien châtie bien” !