Le vieux et l’escargot – Christian Satgé

Petite affable affable

Entre chien et loup, un paysan
Sans âge, se hâte vers la ville
Qui bientôt, le jour agonisant,
Va clore ses portes aux serviles,
Chemineaux aux mœurs inciviles
Et colporteurs, routiers déplaisants.

Le vieil homme, faillit occire
Pressant trop le pas, tout à son souci,
Un escargot, traînant comme un Sire,
Qu’avait fait saillir l’air adoucit
Du bas-côté que l’été roussit
Dans le parfum sucré des poncires.

N’ayant pas le cœur à la piétine,
Piété ou pitié, il se saisit
De la bête à corne qui en gélatine,
Et la dépose à sa fantaisie
Sur l’autre berge – Allez, allez-y ! –
De la sente où la nuit serpentine.

Faire bien ne met pas en sueur !
Ayant fait, le vilain va reprendre,
Seul, sa route quand une lueur
Jaillit. Cela a de quoi surprendre
À l’heure où la nuit tend à s’étendre
Et où le vent se fait remueur.

Une fée apparaît à ce rustre.
« Ton geste ne fut pas vain, Ami !
Ce mouvement spontané illustre
La bonté d’un cœur sans infamie.
Je t’en paierai, et pas à demi :
Quel voeux veux-tu faire, Don Palustre ?

Je voudrais finir ma vie, Ma Dame,
Moi qui ne suis que douleurs et coryza,
Dans l’intimité de cette femme
Que notre châtelain épousa
Cet été, venue du Marquisat.
Sa chaleur doit réconforter l’âme !

– Ainsi soit-il ! » fit-elle en transformant
Notre homme… en un tampon périodique !

Par Dieu, gardons-nous, à tout moment
De nos souhaits secrets, fous, modiques,
Et de qui pense pouvoir, druidique,
Les exaucer… sans dire comment !

© Christian Satgé – janvier 2013

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Hubert-Tadéo Félizé
Membre
26 octobre 2018 12 h 43 min

J’ai l’éclate du rire dans mon cerveau, la chute est d’une finesse sans équivoque, pourvu qu’on ne se transforme pas en se charmant tampon du temps passe et se voir un jour jeter ainsi par une main délicate et fine d’une Nana (et la fraîcheur en plus).

Simone Gibert
Membre
26 octobre 2018 12 h 35 min

Comme toujours, très bien écrit et chute drôle en plus ! Merci Christian Satgé.

Invité
26 octobre 2018 10 h 59 min

La transformation est dure !!! On ne sait jamais sur qui on tombe pour exaucer nos secrets, parfois le diable s’habille de rêve. Merci Christian, magnifique écriture.