Le loir & le miroir – Christian Satgé

Petite fable affable

Un petit loir qui nichait en grenier
À brigander n’était pas le dernier.
Il festinait ainsi toujours à son aise
Car il était fort loin d’être bête niaise.
Un jour en quête de miettes ou d’un quignon
Il trouva quelque éclat de miroir. Guignon ?
Nenni !… Il le serra vite en son asile
Et en fit son trésor , l’emportant habile
En pérégrination pour échapper
À ces murivores qui aiment attraper
En traître, comme aux roués gallinophages
Qu’on voit quand on quitte de calmes parages :
On les éblouit d’un éclat de soleil
Qui sauve mieux que les meilleurs conseils.

Un matin, Loir tint à peu près ce langage
Au bout de glace, quoiqu’ayant passé l’âge :
« Mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau,
Toi qui m’es talisman et n’es point clabaud ?

– Ne sachant mentir que pourrais-je te dire
Que demain ne viendrait, las, contredire ?

– Dis-moi la Vérité, seulement, l’Ami,
Et pas de celles que l’on cache à demi.

– Si je le faisais, sans fard ni art, en brisures
Je finirai car, en ta triste masure,
Tant que t’agréera, cher loir, mon franc parler
Tu m’aimeras. Mes mots viennent à s’ourler
De ce qui te déplaît ou que tu redoutes
D’entendre, je serai mis à vaudéroute.
Or, je tiens trop à toi : sans ton amour
Je me perds et me meurs sans l’amitié
Qui pourrait nous rester après nos beaux jours.
Crains Vérités que tu cherches en rentier
Et plus encor’ qui les sert en entier. »

© Christian SATGÉ – avril 2021

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Philippe DUTAILLY
Membre
13 avril 2021 18 h 36 min

toujours aussi agréable à lire.

Pascale Jarmuzynski
Membre
13 avril 2021 18 h 18 min

un vrai bonheur à lire … cette petite fable affable, Merci à vous et douce soirée.