Le chien boiteux – Christian Satgé

Petite fable affable

Un chien errant, handicapé, claudiquait
Par nos rues rurales et sa maigreur indiquait
À chacun qu’il n’était l’animal de personne.
C’était une invite à l’aumône et cette donne
On la lui faisait, je l’avoue, volontiers.
Mais cela ne lui calait pas le dentier.

Les petites bêtes, las, moquaient sa blessure,
La voulant faiblesse, la croyant flétrissure
Surtout qu’il était flanqué de parasites ailés
Que mouches à merde nous avons, nous, appelés*,
« C’est le plus beau de mon bien cette plaie sans sève :
Grâce à elle, sots, de malefaim je ne crève ! »
Tous de penser qu’elle mettait un point d’honneur
Hélas, la pauvre bête, à n’avoir… point d’honneur !

En fait, en attendant une obole prochaine,
Notre estropié valant plus que fils de chêne
Ne laissait jamais à demain le sage soin
De faire qu’aujourd’hui soit hier… Témoin,
J’en fus !… Il se trouvait quelque petite bête
Toujours pour arrondir le fruit de sa quête.

Il y avait quelque hérisson ou gros pigeon
Sur sa route pour se gausser comme un goujon
De son infirmité. Et pour lui complaire,
Contrefaisant sa démarche patibulaire,
Il accentuait ses faux pas, son clochement
Jusqu’à faire rire l’autre comme un dément.
Quand celui-ci se roulait par terre, hilare,
Tout lui faisant ventre, il croquait lors ce gnare.

Moi je mens pour distraire, non pour vous tromper,
Mais gare à qui amuse pour vous attraper.

 

© Christian Satgé – juillet 2020

Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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4 Commentaires
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Anne Cailloux
18 juillet 2020 15 h 15 min

Magnifique fable qui est tellement vrai !!
je vais peut-être quitter ce site, je te retrouverai ailleurs,
il va de soit et par message également. enfin je viendrais commenter tes fables
Bises douces petit renard

Brahim Boumedien
17 juillet 2020 15 h 03 min

merci, Christian, pour ce partage intéressant et utile !