La raison du plus faux – Jean-Marie Audrain

Le premier vers de la fable de La Fontaine “Le loup et l’agneau” nous dit que « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Dans l’esprit du fabuliste, cela signifie que, lors d’un débat ou d’un conflit, le vainqueur est toujours celui qui, par nature, est le plus fort : quel que soit le bien-fondé des arguments de son adversaire, il aura raison de lui et arrivera à ses fins. Ce proverbe sous-entend une loi « naturelle » avec laquelle la justice n’a que peu à voir. Son utilisation, le plus souvent pleine d’ironie, peut atteindre le cynisme. Dans les sociétés modernes, il faut maintenant comprendre le sens de “plus fort” par “plus compétent”, “plus riche” ou “plus influent”. On s’éloigne alors de la notion de force physique. Demeure alors la question suivante :

« A quoi cela sert-il d’avoir raison ? »

Sur les réseaux sociaux et dans les médias – souvenons-nous que nous sommes en « médiacratie » -c’est l’influence qui fait la force. Ces réseaux d’influence ont abouti à l’essaimage de tous les complotismes. Complotismes d’ordre médical, politique, idéologique ou même religieux.

Le moins visible me semble être ce dernier. Prenons par exemple le cas des apparitions mariales dans le monde. Un réseau concerté de 3 tours opérateurs, dont l’un fondé par un voyant ayant avoué sa supercherie, organise des « pèlerinages » vers tous les lieux d’apparition mises en scène par les hommes, souvent des hommes d’argent. Les pèlerins abusés en reviennent gonfler à bloc et alimentent le complot, prétendant qu’eux seuls ont raison contre le reste du monde, contre les scientifiques, contre les historiens et bien sûr contre la commission d’experts du Vatican.

Se chamailler, batailler avec ces personnes serait pure perte de temps et d’énergie.

J’avoue à percevoir à quel point il est vain de chercher à prouver que l’on a raison. La force du « on dit », du complot, de la désinformation, n’est pas du domaine de la justesse, ni de la justice. J’en viens à conclure qu’il faut répondre en chanson à ces personnes ayant tort en toute bonne foi. Pour ma part je me chante ‘Si elles veulent s’appeler Venise, prenez-les donc bien au sérieux, n’essayez pas de trouver mieux ».

 

Faute d’être entendu, il me restera à revisionner le film de Raymond Devos :

« La raison du plus fou ».

 

 

 

Jean-Marie Audrain

Jean-Marie Audrain (960)

A propos du bonhomme

Né d'un père photographe et musicien et d'une mère poétesse, Jean-Marie Audrain s'est mis à écrire des poèmes et des chansons dès qu'il sut aligner 3 mots sur un buvard puis trois accords sur un instrument (piano ou guitare). À 8 ans, il rentre au Conservatoire pour étoffer sa formation musicale.
Après un bac littéraire, Jean-Marie suit un double cursus de musicologie et de philosophie à la Sorbonne.
Il se met à écrire, dès cette époque, des textes qui lui valurent la réputation d’un homme doublement spirituel passant allègrement d’un genre humoristique à un genre mystique.
Dans ses sources d’inspiration, on pourrait citer La Fontaine, Brassens et Devos.
Pendant longtemps il a refusé d’imprimer ses œuvres sur papier, étant un adepte du principe d’impermanence et méfiant envers tout ce qui est commercial.
Si vous ne retenez qu’une chose de lui, c’est que c’est une âme partageuse et disponible.

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1 Commentaire
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Invité
25 mars 2022 19 h 13 min

David et Goliath démentent ces affirmations l’Ukraine bientôt le démontrera et si pour une fois La Fontaine avait tort?