Dans un domaine abandonné où fleurissent des œuvres antiques, un Apollon est fissuré profondément de part en part. Comment cette statue peut-elle tenir debout?
Au cours du XIXème siècle, la Comtesse de Saint Aurisse séjournait quelques mois par an dans ce domaine enchanteur. Elle y vivait seule avec ses animaux de compagnie et ses domestiques. Distinguée dans ses manières, soigneusement apprêtée, sa beauté sans âge semblait plus entretenue que naturelle. Et pourtant, un aura mystérieux accompagnait sa personne d’un réel pouvoir de séduction.
Elle adorait son jardin où elle y passait le plus clair de son temps. Elle déambulait dans les allées, admirant et appréciant le charme de chaque sculpture. Au cours de ses promenades, elle en choisissait une qui deviendrait son fantasme nocturne. Après les dîners de la belle saison, elle repartait en déshabillé sous les frondaisons, en quête de son élu. Alors, une atmosphère onirique enveloppait le parc et la statue se mettait en mouvement pour suivre la maîtresse des lieux. Celle-ci se pâmait dans de drôles de nuits amoureuses où les corps somptueux de pierre froide parvenaient à réchauffer les sens de la Comtesse.
Elle affectionnait particulièrement l’Apollon du saule pleureur qui symbolisait pour elle le canon de la beauté masculine. Les autres effigies le jalousaient de loin, sans pouvoir égaler ses talents de courtisan.
Mais la maîtresse était en proie à un désir inextinguible. Elle usa et abusa tant des loyaux services de son esclave, qu’un soir, épuisée, la statue se fendit et s’écroula dans le lit à baldaquins, brisée de s’être trop donnée. En réalité, cet Apollon-là n’avait pas un cœur de pierre. La gente dame prit conscience trop tard de ses excès et regretta vivement son manque d’humanité envers son serviteur. Elle apprit à ses dépens que les statues n’étaient pas forcément de roc.
Comment la Comtesse sortira de sa rupture amoureuse ?
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