« Hier, soupire l’un. Demain, soupire l’autre. Mais il faut avoir atteint la vieillesse pour comprendre le sens éclatant, absolu, irrécusable, irremplaçable, de ce mot : “Aujourd’hui” », écrit Paul Claudel dans son journal.
Cette minute m’a été inspirée par la lecture du récent livre Les Fossoyeurs de Victor Castanet. En le lisant, on pense aux mots du pape François datant de 2014 :
« Combien de fois on jette les personnes âgées dans un abandon qui n’est ni plus ni moins qu’une euthanasie cachée ! C’est l’effet de la culture du déchet qui fait tant de mal à notre monde ». Pour répondre au défi du grand âge et de la dépendance, il est donc urgent que notre société marquée par le jeunisme change son regard sur la vieillesse.
C’est, hélas, ce regard négatif que la société et nous-mêmes portons sur la vieillesse – et sur nos aînés – qu’il faut interroger… Nous pensons la vie comme quelque chose que nous aurions reçu une fois pour toutes et qui s’écoulerait, comme le sable dans le sablier, jusqu’à l’épuisement.
Vieillir n’est pas une maladie ou un malheur. La vieillesse est une nouvelle période de la vie. Elle peut certes être marquée par un déclin des forces et divers désagréments liés à l’âge, mais cela n’enlève rien à la dignité des personnes et au respect qui leur est dû. « Les maisons de retraite devraient être les “poumons” de l’humanité dans un pays, un quartier, une paroisse. Elles devraient être des “sanctuaires”
d’humanité, où la personne qui est âgée et faible est soignée comme un frère ou une sœur aînée », déclarait encore François. Une manière de dire que le soin des personnes âgées n’est pas qu’une affaire de professionnels. Chacun devrait donc se sentir concerné par le bien-être des aînés. Ne serait-ce qu’en leur rendant régulièrement visite, pour leur signifier que nous ne les avons pas abandonnés et qu’ils continuent de compter à nos yeux.
La tradition chrétienne propose une autre vision que celle de la société et des médias : la vie est un don permanent qui nous est proposé à chaque instant de notre existence, et la vieillesse en fait partie. Jeunes ou vieux, nous sommes pleinement des vivants, même si chacun doit adapter ses manières de vivre en fonction de son âge et de ses capacités.
Accompagner les personnes vieillissantes et dépendantes, c’est leur donner – et ce verbe est choisi à dessein – de se sentir vivantes, de leur permettre de naître à nouveau pour vivre à plein une nouvelle phase de leur existence. Et elles se sentiront d’autant plus vivantes que nous saurons recueillir auprès d’elles leurs leçons de sagesse et de vie, pour mieux saisir la densité du présent, comme l’aurait dit Claudel.
Il nous faut réhabiliter la vieillesse comme une étape de notre vie. Comme une étape qui peut être joyeuse et qui fait partie de notre itinéraire vers Dieu.
Je conclurai avec les mots du mois du pape François : Les anciens doivent être soignés comme un trésor de l’humanité.
Merci pour ce partage plein de bon sens diffusant un bonheur immense !