
Je ne suis pas dyslexique. Je suis seulement née en 1960 et comme tous les enfants nés à cette époque, j’ai appris à écrire avec un porte-plumes et de l’encre.
Cela n’était pas triste pour moi et combien de fois j’ai eu de mauvaises notes à cause de ces fameux pâtés causés par la plume qui retenait trop l’encre ou quand j’appuyais trop fort.
Et si cela n’avait été que ça ! Dans cette matière appelée “écriture”, contrairement aux autres filles qui partageaient avec moi cette expérience, j’étais la seule de la classe à être gauchère.
Dans ma vie personnelle, cela ne me dérangeait aucunement, pas plus que ma famille. Les choses ont donc changé quand il a fallu que j’apprenne à écrire oui, mais de la main droite !
Mes parents ont tout de suite compris que cela allait me causer un léger handicap. Car apprendre à écrire, c’est une chose MAIS apprendre à écrire de la main qui n’a pas l’habitude d’être utilisée, c’est autre chose.
Du moins, c’est mon avis.
Au début, j’espérais que je me servirai de ma main habituelle et que cela irait. Même mes parents l’ont pensé quand ils sont allés voir la maîtresse afin de la dissuader.
Ils n’ont pas réussi malgré l’insistance de Papa. Je suis donc devenue ce que l’on appelle une “gauchère contrariée” et parfois, je me demande si cela n’a pas eu d’influences dans mes études, dans ma vie personnelle.
J’entends par là si cela n’a pas joué dans ma façon d’être ce que je suis aujourd’hui et cela depuis longtemps : confuse, illogique parfois, désordonnée aussi.
Avec les années, je me suis habituée à cette main droite bien que je ne l’utilise pas beaucoup. A part tenir un couteau pour couper la viande quand je suis à table, taper sur le clavier de l’ordinateur et enfin écrire, ce sont seulement ces trois activités que je fais avec elle.
Autant mon écriture est fluide quand je me sers de ma main gauche, avec en plus de belles majuscules, autant je n’aime pas mon écriture avec la main droite. Je suis crispée et cela se voit ou se devine quand on la lit.
J’ai deux grands garçons dont l’un est gaucher à 100 %. A l’opposé de sa mère, on ne l’a pas obligé à se servir de la main droite. D’ailleurs avec mon mari, on
n’aurait pas voulu.
J’ai aussi un ami d’enfance qui est né en 1963. Comme Anthony, comme moi, il est gaucher. Mais lui comme mon fils n’a jamais été contrarié.
Je n’ai pas eu cette chance… Ma vie aurait-elle changé pour autant ? Je ne sais pas.
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