Mes aventures avec Ceunie – Marvens JEANTY

Extrait de *Mes aventures avec Ceunie.*

Elle se pointa dans ma vie aux ultimes jours d’un été infernal.
C’était une de ces périodes où la Cité de l’indépendance d’HAÏTI se décontracte, condensée et sereine, comme éreintée par le chaud. Une période où le soleil déteint sur le pays, reflétant d’ici et d’ailleurs d’énormes rayons apparemment jaunâtres, identiques à de vielles brides de braises échappées d’une lampe *tèt gridap* comme celle de ma grand-mère datant, je ne sais plus combien de malheureuses années.
Elle se pointa, du moment où les tôles déjà trouées, commencent à ne plus pouvoir se tenir, quand elles craquent sous l’emprise de la moindre misérable brise, quand, humblement, elles laissent place à la pluie. L’été chez moi garde toujours cette tournure. Le destin le dessine qu’en intempéries. Depuis quelques temps, il ne m’est plus qu’une réminiscence hantée et encore une vague promesse de misère enjolivée.

Ce jour-là, je n’avais pas envie d’abandonner de très tôt mes haillons qui me servaient de lit. Me recroquevillai sous un drap mince et poussiéreux, le regard fixé sur l’unique fenêtre dépourvue de rideaux de la maisonnette, encadrant un ciel argenté, j’oyais, pénétré d’une immense exténuation, la doléance des murs bâtis en terres battues, et rigoureusement abattus par le temps meurtrier.

Soudainement, j’entendis une voix féminine , perçu un tintement physique , des craquements de pas qui s’empresserent, les grincements de la porte en bois polis. C’était Ceunie. La fille de la voisine d’à côté. Celle qui conte sans arrêt que la vie n’est que nuance ,et qu’il faut follement en profiter du mieux que l’on puisse. Vaguement, Elle me salua de sa voix enivrante. Me demanda si j’avais bien dormi, et ce fut de nouveau le silence dans la maison, et j’augurai qu’elle scrutait maintenant la porte fermée de la chambre, que dis-je? De la maisonnette puisqu’elle ne comptait qu’une chambrette, en se demandant, stupéfaite, comment est-ce possible que ce jeune homme apparemment bien *djanm* ait encore ses fesses clouées sur ses haillons à une heure pareille! Le soleil reigne sur ce vide bleu d’azur, il y a déjà une éternité!
Oh le bon-Dieu , qu’elle ne me prenne pas pour l’indolent jeune homme que j’ exhibe, me dis-je!. Je veux vivre, moi! C’est la vie qui semble ne pas vouloir que je la vis. Qu’elle me comprenne, putain!
Cette fille, aux caractères étrangers, une deviante hors paire, une anticonformiste de la manière de Meursault, le personnage principal du texte *l’Étranger* d’Albert Camus, je crois ne plus la haïr. Telle un fantôme, Elle habite mes pensées. Elle demeure l’incipit du livre de ma vie de galère Mais , comment le lui dire? Comment le lui faire comprendre? Comment Diable, briser tous ces murs d’enfer qui me séparent d’elle? Comment bannir nos différences sociales, psychologiques et morales? Enfin comment atteindre la rive de son coeur? Comment l’aimer? Tout un tas d’interrogations dont leurs réponses m’exhibent leur impossibilité de plus en plus.

La nuit dernière , je lui caressais les cheveux. Des cheveux crépus, épais, assez longs qu’ils descendaient jusqu’à ses épaules. Je m’enivrais dans l’élixir de ses lèvres charnues, et me fondre comme de la glace entre ses seins toujours en surrections. Je lui ai dit en murmurant que sa peau etait de la pure soie et qu’lle avait la couleur du chocolat, identique à celui que ma grand-mère me servait les matinées jadis. La pauvre! Qu’elle repose en paix. Le temps en rogne souhaite tout bouffer! Mon tour m’emboîte certainement le pas, je le sais. Coeur vaillant, Je l’attends. Un accueil chaleureux lui est réservé.
Pouf!!! Je me trouvai submerger! Ma mère me réveilla de sa méthode habituelle. De l’eau dans un gobelet émaillé… et me voilà tremper comme de la soupe. Je n’approuvai vraiment pas cette méthode, mais je n’en pouvais rien! C’était ma mère . Comme toujours elle me baigne. Puis, en Haïti, généralement, on ne saurait oser ne pas exaucer les vœux d’une mère, sans quoi un seul nom te conviendrait, *délinquant* ou *enfant desobeissant*, avec pour récompense l’abandon, le mépris, voire l’exclusion sociale.
Bref, revenons à nos moutons. C’était du fantasme! Moi, le passionné , je fantasmais. Comme toutes les secondes de ma vie d’ailleurs. Dieu merci que ma mère ait pu intervenir, contrairement ça aurait fini en *Dieu seul me voit*. Ma sainte délivrance quand l’envie me séquestre. L’Alleluai et l’Amen de mes prières charnelles. Que la grâce soit rendue à mes deux modestes mains!
Fantasmer! J’adore bien fantasmer. C’est la situation la plus sûre où l’on a la ferme conviction que tout, absolument tout, nous est exposé et qu’on peut s’en servir jusqu’à nous en souiller l’âme […]

À suivre…
Marvens JEANTY.

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