Le chien de Maria- Pierrette – Marie Combernoux

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LE CHIEN DE MARIA-PIERRETTE

CAUSSADE – 1963

Cette année-là, l’été est arrivé brutalement après les dernières gelées du Printemps. La chaleur s’est installée très vite dans les villages et les maisons qui ont fini par garder leurs volets mi-clos.

Les femmes ont sorti des armoires leurs robes légères et colorées qui laissaient voir leurs bras gracieux, privés de soleil. Les hommes ont ouvert leur chemise sur leur gorge virile et retroussé les manches.

C’était un autre temps , une autre saison qui commençait, le temps des vacances pour les écoliers.

Ma cousine Dominique et moi, vivions sous le même toit et partagions les joies de la liberté retrouvée ; fini pour un long moment : lecture, dictée, problèmes de robinets qui fuient ou de maudits trains qui ne partent pas à l’heure.

La liberté, « ma liberté » c’était de retrouver les champs et les prés, les horizons de maïs et de blé où mon grand-père nous amenait.

Il y avait un endroit que j’aimais, un coin perdu près de Caussade, dont je ne me souviens plus le nom, où vivait une petite vieille appelée Maria-Pierrette. Là, s’étendaient des champs et des prairies à perte de vue où ma cousine et moi bondissions comme des cabris, à la découverte de tous les trésors que la nature nous donnait sur notre passage.

Ici, je recevais le bleu du ciel plein les yeux, là, la paille de la grange plein mes tresses, là encore, les mûres écrasées sur ma bouche. Le temps s’était arrêté un moment dans ce décor familier.

Maria-Pierrette, cette veuve de noir vêtue, avait un chien pour seul compagnon. Ce jeune animal nous suivait, aussi excité que nous, dans nos ballades champêtres. Mais elle voyait ces promenades d’un mauvais œil, craignant que son fidèle ami ne tombe dans un puits à ciel ouvert, à fleur de terre et sans protection, qui existait non loin de sa ferme .

Elle avait peur ,à juste titre, pour notre malheur.

Car en effet, un jour, ce qui devait arriver, arriva : en un éclair, ce chien fou courut tout droit vers le puits et y tomba  Catastrophe ! Nous étions atterrées..Que faire ? Vers qui se tourner ? Pas vers la veuve qui nous aurait incendié. Mon sang ne fit qu’un tour : je dévalais en trombe le champ où mon grand-père travaillait et je lui criais : Pépé ! Viens vite le chien de Maria est tombé dans le puits !

Il lâcha sa bêche, cracha dans ses mains pour en nettoyer la terre et rouge de colère me lança en patois :

« mille Dieu de mille Dieu ! mais qu’est ce que vous avez fait ?  macarel  de macarel ! »

« C’est pas notre faute » dis-je « il y est allé tout seul » et je me mis à pleurer en pensant au chien qui allait se noyer.

Nous partîmes vers le lieu du drame, mon grand-père ayant pris un râteau et un seau pour essayer de repêcher l’animal. Il s’allongea par terre, en bordure du puits, et entreprit de le sortir de là. A partir de ce moment, j’eu peur que mon grand-père y tombât à son tour, alors je le retenais par sa ceinture, avec mes petites mains d’enfant et le tirai de toutes mes forces pour faire contrepoids.

Nous formions un tableau qui, s’il n’y avait pas eu la vie d’un chien en jeu, la colère de mon grand-père et mes pleurs, aurait été plutôt comique.

Ma cousine aussi s’était mise à pleurer, en entendant le chien gémir et se débattre. Les tentatives de secours furent très nombreuses et vaines. Mon grand-père maudissait le ciel et la terre. Enfin, au bout d’un moment qui nous paru interminable, le râteau ramena le chien .

Je ne vous dirai pas quel sermon nous reçûmes de la part de mon grand-père et de Maria-Pierrette qui était accourue en entendant les cris de son ami que nous tentions de sauver des eaux !

Enfin, l’été suivant, l’affaire était oubliée, le puits avait été colmaté, et nous reprîmes les mêmes chemins, les mêmes jeux. Seul le chien de Maria-Pierrette fut assigné à résidence lors de nos visites.

©Marie Combernoux

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Marie Combernoux

Marie Combernoux (46)

je ne suis plus une jeunette, je suis née le 3 Avril 195....et quelque, j'ai été élevé jusqu'à mes 12 ans à Caussade (82) par mes grands parents , qui étaient agriculteurs et négociants en fourrage, j'ai été élevé entouré de nature, d'animaux de basse-cour, d'un jardin, et j'ai aussi appris l'occitan car entre eux mes grands parents le parlaient. Après 12 ans de bonheur , je suis allée vivre àToulouse, avec ma mère et son mari. A partir de là, ce fut une autre histoire.... je viens d'écrire un libre de nouvelles, réelles et fictives, et de poésies, j'attend sa sortie. Voilà un peu de moi, mais vous ne savez qu'une partie de ma vie riche et cahotique à la fois Bien cordialement.

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Christian Satgé
Membre
12 mai 2018 7 h 13 min

Un bien joli texte à la poétique prose. Merci pour cet instant retrouvé aux accents du Sud.
Amicalement
Christian