La souris et le serpent – Christian Satgé

Petite fable affable

 

Un clair ruisseau sinue sous un ciel de saules.
Un serpent s’insinue, venu jouer son rôle.
Glissant en silence au sein d’un nid de souris
Des moissons, il tue la nichée sauf la petite
Dernière, statufiée. Ce cénobite
La regarde avec insistance, avec rouerie,…
Sifflant, soufflant, dans le silence, il susurre :
« Sauf à me servir, Ma Soyeuse Soierie,
Ma morsure te vaudra une mort sûre !
Mène-moi à tes cousines et autres parents,
Tu auras vie sauve ; je ne suis pas varan !

 

– À titre gracieux, je devrais donc survivre

Pour trahir les miens sans aucun savoir-vivre ?


– Mais si tu es tentée par les séductions
De la sédition, tu finis dans mon ventre
Avant que tu n’aies su trouver, pour toi, d’autre antre,
Comme les autres… Et sans négociation.
Transformer une crotte de souricière
En servile obligée telle est ma passion :
Ainsi, un peu partout, je pends la crémaillère,
Déjeunant, dînant et soupant fort goulument
Des hôtes qu’elles me trouvent diligemment.

 

– Et d’aucuns rongeurs se font de la sorte engeance

Exerçant leur coupable industrie sans vengeance ?


– Tous ! sourit le sournois qui la boit du regard.

– Seigneur Serpent, si j’acceptais céans votre offre
Pour ne pas finir dans ce longiligne coffre,
J’insulterais mes pairs. Même si c’est ringard,
Je ne suis pas disposée, et quoi qu’il m’en coûte
De m’en laisser conter ». L’ovipare est hagard :
« Comment ? fit-il surpris et soudain à l’écoute.

– Je préfère mourir aujourd’hui dans l’honneur
Que vivre demain d’infamies, Empoisonneur ! »

 

© Christian Satgé – juillet 2016

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Béatrice Montagnac
Membre
20 février 2019 13 h 39 min

Que du plaisir à lire vos fables si bien contée douce journée amicalement bises !