la bugada ( la lessive) – Marie Combernoux

PREFACE :

Cette histoire, très coquine, est tirée d’une blague en occitan , que j’ai entendue il y a longtemps et dont je ne peux me rappeler ni les termes exacts , ni l’auteur, mais que j’ai essayé de vous retranscrire en français, ce qui lui fait perdre beaucoup de sa saveur. Je dois aussi avouer que je l’ai édulcorée et fait une suite.

Je vais essayer dans la mesure où je trouverai un calé en occitan, de la traduire en occitan et de la mettre côte à côte avec mon histoire en français.

Ce n’est pas Catinou et Jacouti, c’est Sidonie et Amédée :

Alors, c’est l’histoire du jour de la BUGADA : LA LESSIVE

Bien avant la guerre de 14 et bien après, la machine à laver était inconnue dans nos campagnes occitanes, on faisait la lessive des draps, et linge de maison, quelques quatre à cinq fois pas an , en plusieurs étapes, au lavoir , ensuite à la maison, et cela prenait plusieurs jours.

Aujourd’hui, c’était jour de bugade chez Sidonie. Dans le jardin, Sidonie se servait d’ une grande planche en bois , appelée en occitan banca (planche à laver) et en français approximatif « la banque« Elle servait à savonner les grosses pièces à laver, inclinée pour plus d’accessibilité et pour faciliter l’écoulement de l’eau, et fixée sur quatre pieds.

Travail très pénible réservée aux femmes, Sidonie avait fait bouillir le gros linge, « le blanc » on disait , dans des marmites réservées à cet effet, et elle prenait le linge un à un, le posait sur la « banque » et frottait, frottait les tâches rebelles avec un savon de Marseille.

Sidonie, jolie fille pas très sage, avait un amoureux qui « faisait le » facteur et il passait certains jours de bugade, en poussant la chansonnette : «  Nau ! Nau que lavan la bugada Nau la lavan, nau la fretan nau l’estenguen sus l’erbèta, bèra Marion a nèm à l’ombrèta…(1) » pour rendre ses hommages à cette fille de la campagne solide et pas farouche.

(1) »Neuf ! Neuf qui lavent la lessive Neuf la lavent, neuf la battent neuf l’étendent sur l’herbette, Belle Marion, allons à “l’ombrette”…

Ce jour là, attiré par l’odeur de savon que dégageait la lessive dans tout le quartier, il entra sans frapper et fut subjugué par l’attitude de la jeune femme courbée sur son ouvrage, reins cambrés , le derrière relevé et concentrée sur l’enlèvement des tâches. Il se fit tout petit, et avança sans bruit vers son amoureuse.

 Il lui cacha les yeux de sa main et lui cria « Adiou ! «  Sidonie tout à son labeur, sursauta et cria ! « Mé ques acco ! Que fasès ? Que mé voulès ? » N’aie pas peur Sidonie, c’est moi Amédée, le facteur , je viens te présenter mes hommages, ma belle. Ah ! Amédée, dit elle , rassurée, « M’en doutabi, fator !  M’en doutabi que éros tu ! » 

(Le c…) énorme de Sidonie fouetta le sang d’Amédée, il lui remonta sa robe et sa série de jupons et lui fit son affaire sans plus tarder, car sous sa sacoche de facteur, il avait du sentiment à revendre. Sidonie se laissa faire, car c’était une petite coquine ! Et elle appréciait son coquin de fiancé-facteur !

Malheureusement, au plus fort de leurs ébats, ils s’allongèrent sur la « banque » qui était, par définition « bancale » et déjà bien savonnée et bien glissante . Ils partirent tous les deux sur la planche , qui sous leur poids, bascula dans un déluge de bulles de savons, les jupes de Sidonie et les pantalons d’Amédée retroussés sur leurs jambes, dévoilant la partie la plus intime de leur anatomie.

Ils se retrouvèrent dans l’herbe du jardin, arrosés et un peu dégrisés. Là, ce fut la débandade , au sens propre comme au figuré. Boun Dioùs! Amédée, relève moi et rajustons nous vite, mon père va arriver !

Amédée et Sidonie se rajustèrent très vite, s’essuyèrent sommairement et reprirent vite leurs occupations., comme de petits anges bien sages !

Mouillés jusqu’aux os, et les cheveux en bataille, leur aventure ne leur attira pourtant aucun commentaire, et sur un « Adieusiatz Sidonie ! » Amédée enfourcha -cette fois-ci- son vélo , et reprit sa tournée, en se promettant de ne pas attendre la prochaine bugade pour revenir rendre ses hommages à sa coquine de bugadièra, Sidonie !

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©Marie Combernoux

 

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Marie Combernoux

Marie Combernoux (46)

je ne suis plus une jeunette, je suis née le 3 Avril 195....et quelque, j'ai été élevé jusqu'à mes 12 ans à Caussade (82) par mes grands parents , qui étaient agriculteurs et négociants en fourrage, j'ai été élevé entouré de nature, d'animaux de basse-cour, d'un jardin, et j'ai aussi appris l'occitan car entre eux mes grands parents le parlaient. Après 12 ans de bonheur , je suis allée vivre àToulouse, avec ma mère et son mari. A partir de là, ce fut une autre histoire.... je viens d'écrire un libre de nouvelles, réelles et fictives, et de poésies, j'attend sa sortie. Voilà un peu de moi, mais vous ne savez qu'une partie de ma vie riche et cahotique à la fois Bien cordialement.

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Christian Satgé
Membre
19 novembre 2018 17 h 38 min

Vous me permettez là, M crie de retrouver le saveur ed histoires de fin de repas quand mon grand-père te ses sœurs nous en contaient de belles mais dans un patois pudique qui faisait s’esclaffer la tablée et laissait béat les gaffes que nous étions et qui restaient gros Jean comme devant n’ayant pas compris la chute, et par la langue et par de sous-entendus « estiant pas de noustre atge ! ». Merci et bravo Marie, cette poésie là, populaire à souhait et perdue, me manque tant…