Filles de peine, filles de joie – Véronique Monsigny

On les appelle les filles de joie

Je n’ai jamais compris pourquoi

File la laine, file la soie

Pour protéger ces sans-voix

 

Ces femmes que l’on martyrise

Autant de vies que l’on maitrise

De souffrances que l’on autorise

De crimes que l’on banalise

 

Un métier vieux comme le monde

Depuis que la bête immonde

Choisit la brune choisit la blonde

Pour en jouir quelques secondes

 

Plaisir des hommes mépris des femmes

Qu’ils consomment en croque-madame

D’une étincelle allument la flamme

Sur le bucher du macadam

 

Véronique Monsigny,

Novembre 2023

La_Goulue_1885.jpg

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Véronique Monsigny

Véronique Monsigny (204)

J'ai commencé à écrire des poèmes à l'âge de 60 ans. Ce n'est pas moi qui les ai cherchés, ils se sont imposés à moi comme une bouffée d'air pur au moment de la retraite. Enfin laisser parler les mots qui dorment en moi !
J'ai lu Victor Hugo et Lamartine à l'adolescence, puis Aragon et Baudelaire un peu plus tard. Brassens a bercé mon enfance. Ils m'ont appris à rimer en alexandrins.
Le virus était en moi. Il y a sommeillé le temps de travailler, d'élever mes enfants, de taire mes maux pour mieux m'occuper de ceux des autres.
Et voilà le flot de mes rimes sur lesquels je navigue aujourd'hui, au gré des jours bons ou moins bons. Ils me bercent, ils m'apaisent... je vous en offre l'écume du jour.

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Anne Cailloux
Membre
10 novembre 2023 18 h 20 min

En écho avec vous…
Sous un éden artificiel, la divine se déhanchait

belle comme le jour quelle ne voyait jamais

ses bas coutures ensorcelaient même la lune.

Elle traînait son spleen sur le bitume

le dissimulant sous un air de bonheur

promettant d’offrir bien plus que cela

illusion tangible ”poudre aux yeux”

”foudre au pieux”

aussi réelle que ”fille de joie”

que ses hommes acceptaient l’espace d’un instant.

Février faisait frissonner sa peau, ses maux.

Le vent décoiffait ses espoirs et son capital

s’engouffrant dans son porte jarretelle

lui offrant la chair de poule…

Pas un chat, le moins quinze et le cinq heures de mat

avaient refroidi toutes les envies.

Mais ses envies à elle

n’étaient pas les mêmes que les siennes à ” LUI ”

elle n’avait pas le même tarif, la même compté.

Les mots soufflés entre deux raclées

lui insufflaient le courage qu’elle n’avait plus.

Elle ne devait pas partir

une main devant, une main derrière

comme disait son julot.

Les bleus du corps se cachaient

dans la pénombre de la nuit

les bleus de l’âme se réfugiaient

derrière son sourire.

Écorchée vive, elle donnait gratuitement

sa tendresse à tous ses clients

ça c’était cadeau et c’était du vrai…

Au loin la brigade des mœurs

venait chambrer un peu les filles

des rires, un respect mutuel sans équivoque.

La divine passera plus de temps ici à leurs côtés

qu’avec ” LUI ”.. grâce à Dieu.

Anne Cailloux
Membre
10 novembre 2023 16 h 29 min

J’aime beaucoup, pour avoir souvent écrit sur ses dames je comprends votre Filles de joies. Elles sont censés apporté de la joie. J’ai habité 15 ans à l’angle de la rue Saint-Denis dont j’aime vos mots… merci pour elles.

Brahim Boumedien
Membre
10 novembre 2023 11 h 44 min

Magnifique poème, Véro ! Il relate une triste vérité : “Plaisir des hommes, mépris des femmes”. Tu le dis tellement bien ! Dans l’un de mes poèmes, intitulé “un Ange au milieu des loups“, j’en parle, mais pas aussi bien que toi ! Merci, chère amie !

Jean-Marie Audrain
Modérateur
9 novembre 2023 19 h 18 min

Te voilà sur la même longueur d’onde que Georges Brassens !
Et si j’en faisais une autre chanson?