Le temps des révoltes
Une mer en banlieue, poésie de l’argot
Au petit matin gris, dans les sombres ruelles
Entonne la java des misères cruelles
La chanson du loubard, celle du matelot.
Foulard rouge de sang, derrière son mégot
Une voix éraillée aux rimes éternelles
Ose la gouaille des révoltes rebelles .
Mythe ou réalité ? Laisse béton Pierrot
La misère rôde du Nord à la Courneuve
Des corons à Pantin survivre est une épreuve,
A la grève d’Anzin se dresse un drapeau noir.
Le monde a-t-il changé, c’est le prolo qui trime
Et dans les beaux quartiers, c’est le bobo qui frime
Joue nous encor Renaud le Lantier du grand soir
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Le temps des aminches
Mets ton uniforme, ta casquette Poulbot
Pour partir en virée au quartier d’la Sorbonne,
On va chez Germaine dans sa chambre de bonne,
Y’aura sa frangine dans sa robe abricot
Dans la tire à Dédé un pigeon idiot
Déboule à deux cent vingt, la mort arrive à l’heure.
Elle aura dix-sept ans cette fille qui pleure
Pas besoin de surin, pas de chance frérot
Putain de camion t’as plié sa bécane,
Perte de ton ami, il te reste Morgane.
La route d’Opio… L’envol de l’albatros.
Cabossé par la vie, sur les chemins falaises
Le regard emporté par les voiles de braises
Entonne encor Renaud le tango des potos.
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Le temps des fureurs
Un soir boucan d’enfer, cinq minutes billot
Les charognards sont là pour faucher mes vinyles.
S’enfuit ma jeunesse, s’envolent mes idylles
Ça me fout les glandes, mon beauf est du complot !
Sous le mistral gagnant emporté par le flot,
Les clous de mon blouson se fardent de tendresse ,
La vie pique mes yeux, elle est couleur tristesse,
Oublie ses épines, vois son meilleur marmot.
Chiales pas Manu, laisse-là tes colères,
Pour respirer l’air pur t’as besoin de chimères,
D’équipées sauvages aux senteurs de la nuit.
Les Gérard les curés ils peuvent bien attendre,
Le jardin du Bon Dieu, il saura bien comprendre,
Reviens encor Renaud, t’es pas un fils maudit.
Arnaud Mattei, le 02 Août 2023
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Un trio de poèmes bien documenté et qui chante juste !
Hommage bien tourné et sincère pour ce vieux Renaud qui cherche des réponses dans des verres d’alcool comme faisait Gainsbarre. Ces grands sensibles, si forts et si démunis.