Chante l’accordéon
Chante l’accordéon le temps qui fuit
Les seigneurs d’un soir, les dames la nuit.
Chante l’accordéon l’argot gouaille
Les poètes du pavé, la canaille.
Cheveux gominés, pompes en croco,
Rue de Lappe, un mensonge maléfice
Sur l’instrument du diable, au son délice
Entonne la java du gigolo.
Chante l’accordéon elle est si triste
Son homme l’a quittée, plus rien n’existe.
Regard de braise, cœur de Roméo,
Il était son roi, elle fut sa reine.
Son Apache parti, reste sa peine
La boite à chagrin l’emporte en solo.
Chante l’accordéon les bals musettes,
L’ode des amours, la joie des guinguettes.
Tendrement dans les bras d’un Hidalgo
Elles s’oublient et s’envolent les belles,
Valse, valse piano à bretelles
Conte l’Amérique au pas du tango.
Chante l’accordéon, dis-nous tes mondes
Tes différences, tes terres fécondes.
Chante l’accordéon sur l’autre rive,
Les moussaillons, les marins en dérive.
De ports en ports, de Paris à Rio,
Au café charbon près du bar d’écume,
La boite à frissons est corne de brume,
Elle embrase l’océan indigo.
Chante l’accordéon la mer d’Irlande
Le froid et la misère de la lande
Ose les départs seul ou en duo.
La boite à soufflet entonne la vie,
Ressens cette musique symphonie,
Va vagabond vers ton Eldorado.
Chante l’accordéon les feux tziganes,
La liberté des musiques gitanes,
Tu te moques des chaines du gadjo.
Boutons de nacre, cravate de soie
Piano du pauvre, touches de joie,
Tu accompagnes le swing de Django
Chante l’accordéon tu es lumière
Chante l’accordéon, tu es prière
Arnaud Mattei, le 28 Novembre 2023
©2023 tous droits réservés
L’accordéon nous entraîne dans une ronde endiablée et les rencontres se succèdent avec leurs personnages et leurs lieux. Superbe !
C’est un très beau poème qui me touche au coeur au moment où “l’avenir, pour moi, s’appelle le passé”. J’ai connu des “bars d’écume” dans des ports et ailleurs. J’ai connu des bals (“Le Tourbillon”, le “Balajo”, le “Petit jardin”, “La Java”, etc.) où régnait l’accordéon qui, comme le dit Carco”, “tant est tendre/ et rauque inexorablement”.