Treize et trois – Christian Satgé

Quand je veux fuir le murmure de la multitude
Le néant sous le néon, le bêta du béton
Et le marais médiocre des médias, beaufitude
De cette basse terre où je suis piètre piéton,
Je vais où le duvet fou des pissenlits s’envole,
Goûter au sommeil de l’herbe, écouter ses bestioles,
Le rire des eaux claires et des feuilles le chant,
Dans la solitude infinie de l’air et des champs.
Je m’étends et j’attends là où se masse la mousse,
Là où se mussent les souvenirs las qui s’émoussent
Alors qu’autour de moi bourdonne la chaleur
Que tu viennes à moi Mon Aimée, ô Ma Tendre et Douce,
Pour profiter d’un temps immobile et sans douleur…

Oublié des hautes sphères, des pensées profondes
Et des modes superficielles, ici point de fiel :
Un ru fouillant l’ombre des fougères de son onde
Et un acacia qui neige ses parfums de miel
Rappellent que le sol craquelé brûle la corde
Des espadrilles, non loin de ce lieu de concorde
Où mon âme s’apaise et, mieux, mon cœur refleurit
D’être l’homme lige de ton Auguste Seigneurie
Qui va cueillant, de peur qu’il ne fanent, sur tes lèvres
Ces baisers jamais flétris, à la saveur de fièvre :
Mes pensées les plus âcres sombrent dans la boue du bois,
Mes humeurs chavirent ou s’écorchent, devenues mièvres,
En brins ou en lambeaux aux bouts de buis aux abois.

Laissant les fats admirer leur destin, leur étoile,
Et les cuistres se gourer dans leurs amphigouris,
Dans ce coin perdu où nous avons mis les voiles
L’ombre nous happe et le vent doux lape tes soieries.
Alors qu’au loin un vieux chien jappe au bout sa chaîne
Afin que la nuit se lève plus tôt sur la plaine,
Le soir tache de son encre l’or du contre-jour
Et notre solitude s’accroît avec le jour
Qui descend pour embrasser la terre, sa pâture…
La nuit pour ciel de lit, l’ombrage pour couverture,
On s’abandonne à des plaisirs bien moins innocents
Que de jouir de l’instant : on laisse parler la nature
Et ici ce n’est, Dieu, ni choquant ni indécent !

 

© Christian Satgé – juillet 2015

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Christian Satgé

Christian Satgé (834)

Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Philippe X
Membre
30 décembre 2018 7 h 15 min

Treize et trois font bien : ASCÈSE c’ est un moyen instinctif de créer en soi le vide indispensable à la création artistique ou intellectuelle.
Votre vide ressemble à la vie d’un ” étroit mousquetaire” qui du matin au soir “rimaille” et fait feu de tout bois (celui dont vous faites des flutes et des zut ) ne laissant aucun répit à la pauvreté de l’esprit de s’installer.
Au pied du sapin il y avait un cadeau…ce texte.

Invité
29 décembre 2018 17 h 36 min

j’attends là où se masse la mousse,
Là où se mussent les souvenirs las qui s’émoussent
Rien que pour ça, je ne regrette pas d’être venu. Qu’elle est belle cette déclaration ! Pendant toute ma lecture, je pensais à Anne et je me disais qu’elle allait trouver matière à exacerber son esprit taquin ! Et qu’est-ce que je vois ? Elle était passée par là et avait encensé, comme quoi les créateurs se retrouvent !!!

Anne Cailloux
Membre
29 décembre 2018 13 h 41 min

Votre verve est magnifique.. Ainsi que votre nature.
Quelle imagination féconde.. Je vais même relire, mince!
Anne

Laurent Vasicek
Membre
29 décembre 2018 5 h 51 min

Un bien beau texte, Christian, merci beaucoup et bonne fin d’année